Rien ne va plus, faites vos jeux pour les «licornes» californiennes

Entrées en BourseL’accueil glacial réservé, l’an dernier, aux géants de la «tech» accumulant les pertes sonne comme un avertissement pour 2020.

2019 aura été l’annus horribilis des entrées en Bourse, comme pour Slack ou Uber. De nombreux investisseurs croient néanmoins en leurs chances cette année

2019 aura été l’annus horribilis des entrées en Bourse, comme pour Slack ou Uber. De nombreux investisseurs croient néanmoins en leurs chances cette année Image: DR

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Le 9 mai 2019, Wall Street était en ébullition. Ce jour marquait l’arrivée sur les marchés d’Uber, la société la plus en vue de la Silicon Valley. «J’ai attendu toute ma carrière pour négocier une action comme ça et vivre une entrée en Bourse comme celle d’Uber», témoignait alors un trader dans le «Financial Times».

En quelques heures, l’enthousiasme a vite laissé la place à ce qui restera comme l’une des plus grandes désillusions boursières de l’histoire puisque le titre terminait sa première journée de cotation sur une perte de 8%. Quelques mois plus tard, suivant la même route que celle de son principal rival Lyft, l’action d’Uber navigue toujours loin de son prix d’introduction en Bourse.

La chute

Sans le savoir, l’échec historique de cette entrée en Bourse ouvrait la voie à l’une des pires années pour les licornes californiennes, ces fameuses sociétés privées dont la valeur dépasse le milliard de dollars. Parmi les titres les plus connus, prenez le cas de Slack, le service de messageries en plein essor: un investissement de 10?000?dollars dans l’entreprise réalisé au mois de juin ne valait plus que 5676?dollars à Noël, soit 43% de moins.

Avec Chewy, le site spécialisé aux États-Unis dans la vente en ligne pour produits animaliers, les amis des animaux ont vite compris à quel point ce secteur est dominé par Amazon au vu de la chute de 25% du titre depuis son arrivée à Wall Street il y a quelques mois. Quant à ceux qui ont mis quelques deniers dans le télédentiste SmileDirectClub, ils ont perdu le sourire avec un titre passé de d’un peu plus de 20?dollars au moment d’arriver en Bourse à 8?dollars ces derniers jours. Même Beyond Meat, le roi américain de la fausse viande, a vécu des premiers mois tumultueux sur les marchés. Après un envol du titre de 25 à 250?dollars en quelques semaines, l’action a rapidement perdu du poil de la bête, louvoyant actuellement autour des 75 dollars.

À cela s’ajoutent encore les nombreux reports de sociétés, à l’instar du médiatique WeWork. Valorisé jusqu’à 40 milliards de dollars, le spécialiste du coworking, empêtré notamment dans des problèmes de management (son fondateur et CEO Adam Neumann était débarqué le 24?septembre par son conseil d’administration), a tellement senti le vent tourné à son égard qu’il a préféré repousser sa confrontation avec Wall Street et cela quitte à risquer la faillite faute de fonds suffisants pour poursuivre ses activités.

Des marchés «aveuglés»

Au cours des derniers mois, pour autant qu’ils aient fini par oser passer le cap, une bonne partie des petits nouveaux a donc enchaîné les contre-performances sur les marchés, coûtant cher à ceux qui y ont investi leurs économies. Une situation qui laisse planer un doute sur l’ère des licornes de la Silicon Valley. Leur temps est-il révolu? Alors, cette époque où ces dernières faisaient miroiter des étoiles dans les yeux des investisseurs est-elle définitivement terminée? Pas forcément, à en croire certains experts.

Si 2019 aura été l’annus horribilis des entrées en Bourse, avec un cinquième de nouvelles inscriptions en moins qu’en 2018, nombreux portent leur espoir en cette première année de la nouvelle décennie. «Il y a une bonne réserve d’entreprises technologiques privées qui sont susceptibles de séduire les marchés en 2020. Plusieurs d’entre elles devraient transformer leur marché, s’y octroyer des parts non négligeables et offrir des possibilités intéressantes d’investissement», explique au «Financial Times» Greg Chamberlain, analyste chez JP Morgan. «Mais il sera important que les premières IPOs de l’année se passent bien afin de rassurer les marchés», précise dans le magazine Swissquote Philippe Espinasse, patron de P&C Ventures.

Que Wall Street retrouve ou non de l’appétit pour les jeunes pousses, la seule certitude est qu’elle ne devrait plus le faire à n’importe quel prix. La leçon tirée des mauvaises performances de 2019 annonce en effet une discipline plus accrue des investisseurs. «Les marchés se laissent désormais moins aveugler et analysent de près les modèles d’affaires ainsi que la concurrence», analysait dans nos pages l’analyste financier de Prime Partners Jérôme Schupp.

Le temps des sociétés perdant des montants faramineux tout en levant des milliards sans l’assurance même d’aboutir un jour à une société pérenne financièrement (à l’instar d’Uber) serait révolu selon les experts. Mais le conditionnel reste de mise en cette époque où les marchés ont tellement envie de croire que les licornes existent pour de vrai.

Créé: 05.01.2020, 20h28

Les cotations qui vont défrayer la chronique

Parmi les sociétés dont l’arrivée sur les marchés est attendue dans les mois ou années à venir, certaines font encore briller les yeux des investisseurs. En voici trois particulièrement prometteuses.

Airbnb. Faut-il encore la présenter? Comme Uber, Airbnb fait partie de ces sociétés qui ont contribué à refaçonner le monde. Dans ce cas précis, c’est le secteur de l’hôtellerie qui se retrouve bouleversé par le géant californien qui vaudrait 35?milliards de dollars. Contrairement au concurrent des taxis, Airbnb a l’atout d’être financièrement rentable depuis deux ans. Du moins, c’est ce que l’entreprise affirme, même si elle ne fournit aucun chiffre précis. Celle qui fêtait son cinq cent millionième client en 2019 est certainement la société la plus attendue à Wall Street, et cela malgré les nombreux défis qui l’attendent. À commencer par la multiplication des régulations et taxes locales servant à réduire son attractivité face à l’hôtellerie traditionnelle.

Endeavor. Avec WeWork, ce géant mondial du divertissement fait partie des déceptions de 2019, ayant fini par renoncer à entrer en Bourse. Le propriétaire de la compétition Miss Univers ou du championnat de MMA Ultimate Fighting a dû adapter à la baisse et à plusieurs reprises le prix de ses futures actions, au vu du scepticisme de Wall Street en ce qui concerne les entreprises déficitaires. Selon les experts consultés par le magazine de Swissquote, une fenêtre d’opportunité pourrait s’ouvrir en 2020. Du côté de l’entreprise, on se contente d’évoquer une évaluation continue des conditions de marché.

Palantir
. Pour les fans du «Seigneur des anneaux», ce nom est familier. Dans l’univers de Tolkien, il représente cette pierre qui permet de voir des lieux lointains. Voilà la source d’inspiration des deux fondateurs de Palantir, devenu depuis sa création en 2003 un géant du «big data» dont les logiciels auraient notamment permis à la CIA de retrouver la trace d’Oussama ben Laden. Collaborant avec les services secrets et les entreprises du monde entier, la société californienne a vu la valeur qui lui est attribuée exploser au cours des quatre dernières années, passant de 20 à 41?milliards de dollars. Son patron et cofondateur, Alex Karp, assurait récemment ne... pas avoir besoin d’argent. Ce qui laisse penser que Palantir risque encore de faire patienter les marchés avant de faire son entrée en Bourse.

O.W.

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