Pourquoi les riches ciblent des paradis fiscaux

Exil doréMonaco, Londres et Dubaï attirent de plus en plus de Suisses ou de résidents étrangers. Le Portugal veut séduire cette population aisée. Les magistrats en charge des Finances s’alarment.

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C'est comme une lente hémorragie. Des hommes d’affaires suisses ou de riches étrangers, parfois au bénéfice du forfait fiscal, quittent la Suisse, et l’arc lémanique en particulier, pour se rendre sous des cieux fiscaux plus cléments. Dernier exemple en date? Le notaire genevois Pierre Mottu, près de vingt ans président de la Fondation Wilsdorf – propriétaire de Rolex. Il est désormais établi à Londres. Le promoteur immobilier d’origine française Claude Berda l’a précédé de peu, en choisissant la Belgique.

En forte progression

L’an dernier, c’est le banquier genevois Joseph Benhamou qui a opté pour les bords de la Tamise, comme le promoteur Gabriel Tamman deux ans auparavant. En 2013, l’industriel vaudois Maurice Amon (groupe Sicpa) a préféré de son côté les charmes de Monaco. Il a rejoint le cercle très fermé des 1140 Suisses résidant dans la Principauté. Il y a deux ans, ils étaient 1039 : la progression représente 10%.

Une hausse analogue a été enregistrée dans les pays qui ont mis en place des lois spéciales pour attirer les fortunes de la planète. A Londres, les étrangers ne paient des impôts que sur les affaires qu’ils font en Grande-Bretagne. A Monaco ou à Dubaï, on ne verse pratiquement rien. Le Portugal s’est récemment joint au festin. Les îles paradisiaques des Caraïbes offrent des avantages similaires. Aucune de ces cinq personnalités du monde économique n’a voulu détailler les raisons de son départ. Motus et bouche cousue.

La jonction idéale

L’ancien procureur général genevois Daniel Zappelli a séjourné pour sa part environ deux ans à Dubaï, avant de s’installer à nouveau à Genève, comme avocat. «Les Emirats arabes unis, et plus particulièrement Dubaï et Abu Dhabi, représentent la jonction idéale entre l’Occident, le Moyen-Orient et l’Orient, détaille-t-il. Les raisons de s’y établir sont notamment les aspects fiscaux, mais ce n’est qu’un volet. Les possibilités de créer et développer des entreprises, de gérer son business y sont énormes.»

Résidant à Dubaï depuis 2010, Omar Danial – propriétaire de la chaîne d’hôtels genevoise Manotel – y prépare l’ouverture d’une école privée, notamment à destination d’une communauté helvétique qui ne cesse d’y enfler. La raison professionnelle est invoquée par Julian Cook, fondateur de la défunte compagnie aérienne FlyBaboo, qui réside à Londres depuis août 2013. Le choix d’un départ est aussi motivé pour des raisons privées. L’épouse de ce riche industriel français, qui a songé à émigrer vers le Portugal avant de se raviser, est Portugaise. La femme de Christophe Ricard, qui a vendu sa compagnie pharmaceutique au géant bernois Galenica en 2009, est de nationalité britannique. Actif dans plusieurs domaines, il explique que «[s]a base anglaise [lui] offre tous les avantages en termes de facilité créatrice, de concrétisation de projets, de rapidité et de simplicité dans la gestion et, last but not least, également en matière de mobilité aérienne». Christophe Ricard n’élude pas pour autant les avantages fiscaux «qui ont pesé dans la balance».

Pour la passion du bridge

Quant au régisseur genevois Pierre Zimmermann, 60?ans, c’est une autre raison qui l’a poussé vers le Rocher: «Pas pour des raisons fiscales. Etant dans l’immobilier, l’essentiel de mes revenus est taxé en Suisse. Je suis un passionné de bridge et c’est depuis Monaco que je peux assouvir cette passion de la manière la plus efficace.» Le prince Albert n’est-il pas également un amateur de ce jeu?

Enfin, Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea, a quitté Epalinges pour rentrer dans sa Suède natale. «Comme les saumons qui remontent la rivière au soir de leur vie», image un fin observateur des questions fiscales.

Ces nouveaux paradis fiscaux comportent aussi un revers de la médaille. A Dubaï, il faut payer une année de loyer en avance. Au Portugal, la sécurité juridique est aléatoire. A Monaco, on s’y ennuie après avoir arpenté les salons feutrés du casino et admiré les requins du Musée océanographique. Sauf, peut-être, si on est joueur de bridge… (TDG)

Créé: 28.06.2015, 22h07

Dans l’arc lémanique, c’est l’inquiétude qui règne

Dans le domaine de l’imposition des revenus des personnes physiques, Genève et Vaud sont lanternes rouges en comparaison avec d’autres cantons. Sur le plan international, les pays de l’Est se montrent très agressifs. Le refus par la population de la suppression des forfaits fiscaux et de l’exonération des successions devrait calmer l’hémorragie. Mais les chiffres vaudois sont inquiétants: les recettes fiscales liées aux étrangers au forfait sont passées de 229 millions de francs en 2010, à 204 millions de francs (dont 53 millions pour l’IFD) en 2014. Au total, 25 millions en moins pour les caisses des communes, du Canton et de la Confédération.
Conseiller d’Etat vaudois en charge des Finances, Pascal Broulis s’en alarme: «Nous assistons à une baisse du nombre de contribuables bénéficiant d’un forfait fiscal. En additionnant ceux qui partent vers l’étranger ou d’autres cantons, les décès ou ceux qui choisissent de changer de mode d’imposition, le nombre obtenu est plus important que celui qui est lié aux nouveaux contribuables.» Où partent ces riches? «Nous ne leur posons pas la question, répond le magistrat vaudois. Mais nous savons que Londres représente le concurrent le plus sérieux. Des riches contribuables choisissent aussi de s’installer en Belgique ou au Portugal, parfois à Monaco. Ces villes ou ces pays sont réputés stables. Pour que les riches reviennent vers nos régions, il faut que la Suisse retrouve ses marques de sérénité. Il ne faut pas donner l’impression que nos lois vont changer tout le temps. La votation sur les forfaits comme celle sur les successions ont constitué un signal négatif pour ce type de contribuables. Nous devons rétablir une certaine confiance.»

«Les données dont nous disposons ne font pas apparaître de phénomène notable de départs de grands contribuables, que ce soit au forfait ou au régime ordinaire. Nous ne sommes donc pas dans une situation de crise, mais il y a en effet des signaux d’alarme», observe pour sa part Serge Dal Busco, son homologue genevois. «La charge fiscale a été allégée pour les classes moyennes mais elle reste lourde pour les contribuables les plus aisés, poursuit le magistrat genevois. Même si Genève conserve de nombreux atouts au-delà de sa fiscalité, c’est un risque pour l’avenir. Le problème se situe surtout au niveau de l’impôt sur la fortune qu’il faudra corriger dans le cadre de la réestimation de la valeur des immeubles, dont l’impact fiscal doit être neutre.»

«Si nous laissons évoluer négativement la charge qui pèse sur les plus
gros contribuables qui assurent l’essentiel de nos recettes, il y a un véritable risque de rupture, et nous ne pourrions plus perpétuer notre modèle de répartition des richesses», conclut Serge Dal Busco.
R.R.

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