Pourquoi la Suisse porte plainte contre les Etats-Unis devant l'OMC

Guerre commerciale mondialeLe ministre de l’Économie Johann Schneider-Ammann défend notre production d’acier et d’aluminium.

Pour Berne, «les droits de douane américains supplémentaires ne sont pas justifiés».

Pour Berne, «les droits de douane américains supplémentaires ne sont pas justifiés». Image: DR

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La Suisse se sera montrée patiente. Alors que l’Union européenne, la Norvège, le Canada ou la Russie avaient déposé une plainte auprès de l’Organe de règlement des différends de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en juin dernier déjà, Berne aura pratiquement attendu la mi-juillet pour suivre leurs traces, quelques jours après la Chine. Ce léger différé se justifie amplement: «La Suisse est intervenue une première fois en mars 2018 auprès des autorités américaines, affirme ainsi Fabian Maienfisch, porte-parole du Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Elle leur a soumis une demande formelle à pouvoir bénéficier d’une exemption de cette mesure de protection commerciale», la surtaxe de 10 à 25% que les États-Unis ont décrétée sur l’importation de certains produits en acier et en aluminium. N’appartenant pas à l’Union européenne, la Suisse espérait ainsi échapper aux fourches Caudines américaines.

Pas d’exception helvétique

Or «les États-Unis n’ont pas répondu, ajoute le SECO. Dans le but de protéger les intérêts de notre pays, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a par conséquent décidé d’engager une procédure de règlement des différends au sein de l’OMC.» Et pour cause: la Suisse a beau n’être qu’une minuscule productrice d’acier et d’aluminium, les droits de douane américains à l’importation, jugés totalement injustifiés, font mal aux exportations helvétiques en la matière. Comme l’expliquent Carmelo Laganà et Jan Atteslander, d’EconomieSuisse, «les entreprises suisses ont, en 2017, exporté plus de 18 000 tonnes d’acier et d’aluminium à destination des États-Unis, pour un montant de 87 millions de francs. Cela correspond à 2,7% des exportations mondiales d’aluminium et d’acier de la Suisse.»

Selon eux, les effets directs des surtaxes outre-Atlantique n’auront certes qu’un effet direct limité sur l’économie helvétique. Mais indirectement, il en ira tout autrement pour nombre d’équipementiers suisses, qui dépendent très fortement de l’industrie automobile allemande, très exposée, elle, aux sanctions protectionnistes de Donald Trump. Le professeur d’économie et spécialiste du commerce international Joseph François, de l’Université de Berne, approuve dès lors cette plainte de la Suisse devant l’OMC: «La Confédération demeure dans la légalité. Ne rien faire aurait signifié que Washington peut tout imposer.» Le plus grand risque, selon lui, aurait été que les partenaires commerciaux des États-Unis ne partent pas unis et ne se défendent pas. «Se cacher n’est pas une option.»

La Chine mène le jeu

Il est vrai. Pour s’encourager, Berne explique que George W. Bush avait déjà, en 2002, soumis les importations d’acier et d’aluminium à des telles surtaxes, invoquant, comme Donald Bush, la clause de «la sécurité nationale». Le SECO rappelle ainsi que les États plaignants avaient alors eu gain de cause à l’OMC. Mais comme le déclarait le professeur émérite à l’Université de Genève Jaime De Melo dans «Le Matin Dimanche» du 8 juillet, «le recul d’alors du président américain avait davantage trait au fait qu’il avait gagné les élections, incertaines, de mi-mandat au Congrès» et qu’il était, alors, revenu en arrière.

Les électeurs républicains avaient en effet été rassurés de la fermeté de l’administration Bush. Car, déjà, le déficit commercial des États-Unis face à l’ensemble de ses partenaires, accusés de «dumping des prix» et de «pillage technologique», était devenu un argument politique fort. Aujourd’hui comme il y a seize ans, la situation n’a fait qu’empirer, atteignant des sommes records en 2017 envers la Chine, avec un déficit des exportations états-uniennes par rapport aux importations de 336 milliards de dollars, mais aussi face à l’Union européenne (101 milliards de dollars), au Mexique (69 milliards de dollars) et au Japon (57 milliards de dollars). Et même la Suisse n’est pas en reste (36,3 milliards exportés contre 21,2 milliards de francs importés).

Surtout, l’OMC revient quelque peu au centre du jeu, toutes les grandes puissances économiques ayant aujourd’hui porté plainte devant cette organisation honnie par Donald Trump contre les hausses douanières américaines. Même si tout litige de cette ampleur prend au bas mot plusieurs mois, voire plusieurs années à être tranché, la Suisse est désormais montée dans le train, conduit désormais par l’Europe, mais surtout par la Chine, le nouveau champion du libre-échange. (TDG)

Créé: 10.07.2018, 19h04

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