Payer en liquide risque de coûter plus cher

Politique monétaireDu fait de taux d’intérêt négatifs peu efficaces, le Fonds monétaire international évoque des prix plus élevés en cash.

À l’avenir, il vaudra peut-être mieux payer son café avec une monnaie plastique.

À l’avenir, il vaudra peut-être mieux payer son café avec une monnaie plastique. Image: MARTIN RUETSCHI/Keystone

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Nous risquons de devoir bientôt payer plus cher en liquide qu’avec une carte de crédit ou de débit, du fait de taux d’intérêt de plus en plus négatifs imposés par les banques centrales. Un jean pourrait ainsi se payer 100 francs avec de la monnaie plastique et 105, voire 110 en cash. Absurde? Pas tant que ça.

Cette perspective, évoquée par une étude du Fonds monétaire international (FMI) et reprise par un économiste d’UBS, le Biennois Philippe G. Müller, résulte d’un combat acharné, mais sans succès, mené depuis près de cinq ans par plusieurs autorités monétaires. Conséquence, parmi d’autres, de cet échec: la Suisse, l’Allemagne et les États-Unis sont menacés d’une récession.

Rappel du contexte. «La Banque centrale européenne (BCE) pourrait annoncer jeudi un paquet de mesures, comprenant une baisse de son taux directeur, prévoit Michael Schubert, économiste chez Commerzbank. Le but est de diffuser un signal fort.» Cet objectif ne manquerait pas d’être atteint.

Ruée sur les bancomats

La BCE applique en effet déjà sur les dépôts des banques un taux directeur de -0,4% depuis 2014. Analyste de l’établissement zougois Bantleon, Jörg Angelé s’attend pour sa part à une diminution progressive du taux négatif de la BCE, commençant à -0,5% ou -0,6%. Une telle mesure pèserait sans aucun doute sur le cours de l’euro par rapport au franc.

La Banque nationale suisse (BNS) se trouverait probablement obligée d’alourdir son -0,75%, pratiqué sur les comptes de virement de banques et de caisses de pension depuis janvier 2015. «Mais si la BNS abaisse encore son taux directeur, les banques suisses seront tôt ou tard contraintes de répercuter ces intérêts négatifs. Non seulement sur les avoirs de plusieurs millions de francs, mais aussi sur l’ensemble des comptes d’épargne. Et à ce moment-là, le risque d’une ruée sur les billets de banque, aux bancomats et aux guichets, augmentera», prévient Philippe G. Müller.

Le président de la direction de la BNS, Thomas Jordan, a déjà averti au printemps 2015 qu’un tel scénario constituerait un danger pour l’économie suisse. Un constat s’impose néanmoins: les taux d’intérêt négatifs de la BCE et de la BNS ne suscitent de loin pas la relance tant attendue de la demande de crédit, de l’investissement et de la consommation. Les menaces de récession s’aggravent, l’inflation reste inférieure à 2% en Suisse et dans la zone euro.

La BNS doit donc renforcer son arsenal. À ce sujet, Philippe G. Müller relaie une idée du FMI, portant sur une offensive en deux axes: un taux d’intérêt négatif à -5%, décourageant toute forme d’épargne passive, et une pénalisation de l’utilisation d’argent liquide.

Deux prix pour un article

Exemple concret: lors de son arrivée sur le marché, un pantalon est vendu 100 francs par la majorité des distributeurs. «Au cours de la première année de vente, le consommateur paie 100 francs l’article. Qu’il le paie en espèces, avec une carte de crédit ou de débit. Le même achat coûterait en revanche 105 francs en liquide un an plus tard et 110 francs deux ans plus tard. Tandis que le prix se maintiendrait à 100 francs si le pantalon était payé avec une carte, autrement dit de l’argent électronique», précise l’économiste d’UBS.

Les commerçants devraient donc afficher deux prix: 100 francs pour le paiement par carte et 105, puis 110 en cas de règlement en liquide. «L’argent physique serait continuellement dévalué à hauteur des intérêts négatifs et les ménages ne pourraient plus échapper aux pénalités en conservant des espèces chez eux», relève Philippe G. Müller.

Deux devises au lieu d’une

Ces réflexions ne sont pas le fait d’un économiste romand isolé. Celui-ci se réfère à des recherches d’experts du FMI examinant, eux aussi, les difficultés persistantes de Thomas Jordan et de Mario Draghi, président de la BCE. Les spécialistes du FMI suggérant parfois des solutions aussi innovantes que non conventionnelles.

«Une proposition, destinée aux banques centrales, consiste à rendre la détention d’espèces aussi onéreuse que celle de dépôts bancaires assortis de taux d’intérêt négatifs. À cette fin, les instituts d’émission diviseraient donc leur base monétaire respective en deux monnaies locales distinctes», indiquent Signe Krogstrup et Ruchir Agarwal, tous deux chercheurs au FMI.

L’argent liquide et la monnaie électronique constitueraient les deux nouvelles devises locales. La seconde ne serait émise qu’électroniquement et serait rémunérée au taux directeur (c’est-à-dire «taxée» à -X%), tandis qu’il y aurait un taux de change, ou taux de conversion, entre le cash et la monnaie plastique. Un tel dispositif permettrait à une banque centrale de laisser se déprécier le taux de change des espèces par rapport à la monnaie électronique, au même rythme que le taux d’intérêt négatif frappant les dépôts bancaires.

L’éventuelle mise en œuvre de telles dispositions dépend en grande partie des décisions de Mario Draghi, confirmées ou non ce jeudi. Nombre d’experts ont exprimé des avis contradictoires sur les baisses de taux directeurs à prévoir. Un relatif consensus s’est toutefois manifesté sur les intentions de la BCE en matière de lourds investissements obligataires (titres de créances).

Quoi qu’il en soit, au moins trois banques suisses (Raiffeisen, J. Safra Sarasin et UBS) ont déjà anticipé le mois dernier une baisse des taux directeur de la BNS en septembre: de -0,75% à -1%. Cela servirait, entre autres, d’ajustement contre la valorisation du franc par rapport à l’euro.

Créé: 11.09.2019, 20h40

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