Les pistes du WEF pour remplacer la viande

AlimentationDeux études plaident pour des protéines alternatives, un élevage durable, et une transition douce pour les éleveurs

La viande de boeuf est responsable à elle seule de 25% des émissions de gaz à effet de serre.

La viande de boeuf est responsable à elle seule de 25% des émissions de gaz à effet de serre. Image: gettyimages Charles McCullan

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Comment nourrir 10 milliards d’êtres humains, à l’horizon 2050, avec un apport équilibré en protéines, tout en diminuant le recours à la viande d’élevage? Le défi, formulé il y a un an au Forum de Davos, a fait l’objet d’une étude publiée hier par l’Oxford Martin School University.

Un «livre blanc» qui rappelle d’entrée que la viande de bœuf était, en 2010 déjà, responsable à elle seule de 25% des émissions de gaz à effet de serre en lien avec l’alimentation. Or agriculture et production de nourriture représentent un quart des émissions totales de méthane et de CO2, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Sans compter qu’une consommation excessive est dangereuse pour la santé: abandonner le boeuf pour d’autres sources de protéines représenterait déjà une diminution de 2,4% des morts liées à un mauvais régime alimentaire - et même de 5% pour les pays à haut revenu.

Demande de viande en hausse

Et la demande en viande est encore en phase ascendante. On estime à 80% l’augmentation de la consommation de produits dérivés de l’élevage du bétail rien qu’en Afrique entre 2010 et 2030. Soit une progression de 125% pour le bœuf, 60% pour la volaille, 46% pour le lait et 77% pour les œufs. Non pas en raison d’une surconsommation, mais à cause de l’explosion démographique.

Les volumes globaux ne reflètent en effet pas les quantités par individu: ainsi, la consommation personnelle de viande et de poissons va également continuer de croître d’ici à 2027 en Inde (+12%), en Chine (+13%), mais décroître en Afrique subsaharienne (-3%), alors que la consommation totale y connaîtra la plus forte augmentation (+28%), devant l’Inde (+25%) et la Chine (+16%).

Protéger les petits exploitants

Le fléau de la malnutrition touche 851 millions de personnes, tandis que 151 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de retards de croissance. Un paramètre capital dans ce virage technologique et économique qui représente l’un des plus grands défis du XXIe siècle. Le négocier ne doit pas se faire au détriment des petits exploitants.

Le secteur de l’élevage représente «une carte maîtresse dans l’Agenda 2030 pour le développement durable, mais il ne faut pas oublier qu’il constitue, pour les petites exploitations, avec des bas à moyen revenus, non seulement un moyen de subsistance, mais aussi la principale ressource du ménage», met en garde une autre étude, menée par de l’Institut international de recherche sur le bétail, également publiée hier en prévision du prochain Forum de Davos. Une donnée: 750 millions de petits éleveurs vivent avec un revenu de moins de 2 dollars par jour en Asie du Sud-Est, dans le Pacifique et en Afrique subsaharienne.

L’ère des foodtechs

Les progrès de la «4e révolution industrielle» permettent déjà de créer des substituts de steak haché constitué de viande synthétique, mais ce procédé est encore cher et gourmand en énergie. Il ne peut à lui seul compléter, voire remplacer partiellement la viande d’élevage. D’autant plus que de telles reconstitutions artificielles ne sont actuellement réalisées que pour la viande de bœuf, et totalement impossibles en ce qui concerne le poisson.

Mais une chose est sûre, les «foodtechs» seront les principaux acteurs de ces prochaines années. D’une façon générale, note l’étude de l’Oxford Martin School University, le secteur alimentaire n’a pas assez pris en compte les progrès technologiques. À preuve: les investissements dans les start-up actives dans le médical (medtechs) sont encore dix fois plus élevés que pour les foodtechs.

Insectes, plantes et champignons

D’autres pistes sont à l’étude en ce qui concerne les protéines alternatives à la viande. Les microprotéines par exemple, notamment dérivées des champignons. Les substituts végétaux comme les lentilles, les algues, ou le blé, qui, transformé, peut donner un respectable burger végétal.

Les insectes sont l’objet d’une attention particulière. Ils peuvent à la fois nourrir l’être humain, soit sous leur forme initiale, soit réduits en farine pour les pays dont la culture est différente, mais ils sont également précieux car engraissables grâce à de la nourriture qui ne conviendrait pas pour du bétail, ce qui évite un gaspillage certain et contribue à un cercle agricole vertueux.

Secteurs clés

Le rapport de l’Oxford Martin School University pointe plusieurs secteurs décisifs pour relever tous ces défis: l’industrie alimentaire, tenue d’investir dans la recherche de protéines alternatives à la viande, tout comme l’industrie des matières premières, l’industrie de l’élevage, qui doit trouver les moyens de soutenir les exploitations dans leur conversion vers une production plus durable, et les gouvernements, chargés d’élaborer le cadre et les réglementations pour accompagner ces mutations. (TDG)

Créé: 03.01.2019, 20h11

L’industrie déjà à l’œuvre

Des start-up aux grands groupes, ils sont de plus en plus nombreux à chercher des alternatives à la viande. Tyson Foods, Hormel Foods, China Mengniu Dairy ou Vietnam Dairy ont déjà misé sur de la viande végétale et des alternatives aux produits laitiers, rapporte le «Financial Times». Cargill teste dans des estomacs artificiels de bovins de nouveaux mélanges, moins généreux en méthanes. Marks & Spencer, Tesco, Walmart, General Mills, Nestlé et Unilever travaillent de leur côté à la diminution de l’empreinte carbone de l’élevage. Le suisse Mootral a même mis au point un complément alimentaire à base d’ail et d’extraits d’agrumes afin de diminuer ces émanations, tandis que d’autres start-up planchent sur des mixtures d’algues. Les microbes sont quant à eux pressentis pour remplacer les pesticides. I.R.

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