Les nouveaux horlogers veulent briller au SIHH

Salon professionnelLe 26e Salon international de la haute horlogerie ouvre ses portes aujourd’hui à Palexpo. Neuf indépendants côtoient les grandes maisons de luxe. Le secteur sort d’une année agitée

Amoureux des belles mécaniques, l’ancien coureur des 24 Heures du Mans Laurent Ferrier s’est lancé dans l’aventure d’une marque horlogère en 2010.

Amoureux des belles mécaniques, l’ancien coureur des 24 Heures du Mans Laurent Ferrier s’est lancé dans l’aventure d’une marque horlogère en 2010. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Pour sa 26e année, le Salon international de la haute horlogerie (SIHH) s’offre un lifting. Un décor tout neuf est dévoilé cette semaine dans la halle Palexpo, avec matériaux nobles – bois laqués et cuirs sombres – et un éclairage tamisé afin de mettre encore plus en valeur les garde-temps et la haute joaillerie. Un décor rajeuni, mais aussi neuf nouveaux visages de l’horlogerie haut de gamme.

Consécration des artisans

Face aux maisons de prestige habituées du salon, ces artisans vivent cette entrée dans le palais du luxe du SIHH comme une consécration. A l’image de Laurent Ferrier, Genevois pure souche, qui a suivi une route singulière puisqu’il a partagé ses amours entre la tradition horlogère – héritée de son grand-père et de son père horloger – et la course automobile qu’il a pratiquée au plus haut niveau dans les années 70. Une même passion pour les belles mécaniques. L’horloger, qui a fait carrière trente-sept ans chez Patek Philippe, a couru sept fois aux 24 Heures du Mans. Il a remporté une 1re place en 1977 dans la catégorie 2 litres prototype et la 3e au général deux ans après, sur une Porsche.

Ce parcours n’est pas qu’une anecdote dans la vie du pilote-entrepreneur, puisque c’est son coéquipier de course qui le propulse dans son aventure horlogère. François Servanin, un industriel français, le convainc en 2008, à trois ans de la retraite, de développer ses propres calibres, en indépendant.

La marque Laurent Ferrier naît en 2010 avec une montre tourbillon très classique inspirée de la haute horlogerie. Elle s’adressait à ceux qui n’avaient pas accès aux pièces rares de Patek. «L’idée, au départ, n’était pas de créer une marque, dit-il. Mais de faire une belle montre que les gens ont envie de porter et qui reste discrète.» Le mouvement à une complication est visible au dos de la montre. Sa conception technique inédite d’un double spiral opposé – «qui permet des réglages extrêmement pointus» – vaut à Laurent Ferrier et à son fils Christian une reconnaissance immédiate. Travaillant ensemble à la création des montres, ils remportent le Grand Prix de l’horlogerie de Genève avec leur premier modèle.

Née en pleine crise, la maison genevoise attire l’intérêt des professionnels et des connaisseurs au salon de Bâle – Baselworld – où elle s’expose loin des grands noms. Grâce à un marchand de Singapour, la société fait ses premières ventes en Asie avec cette pièce vendue 180 000 francs.

Après cinq ans d’existence, la petite entreprise, installée dans une demeure au cœur de Plan-les-Ouates, a développé déjà quatre mouvements. Elle profite de la longue expérience de son fondateur dans la conception, la recherche technique et l’habillage horloger. «Pour l’heure, nous sommes connus principalement des collectionneurs. Nous avons l’image d’une marque qui existe depuis longtemps», remarque Laurent Ferrier, qui aime à faire partager le toucher, «doux avec un côté sensuel», de ses montres.

Hors des modes et du temps

Les Ferrier père et fils créent les calibres et dessinent tous les composants. «Nous concevons la pièce de A à Z et nous allons chez les meilleurs artisans du Jura, entre Genève et La Chaux-de-Fonds. Sans nous battre sur le prix. Mais nous voulons le top de la qualité», remarque Laurent Ferrier. Les prix de ses modèles vont de 35 000 francs (hors taxes) à 260 000 francs. Aujourd’hui, les principaux clients sont en Suisse, en France, en Angleterre et aux Etats-Unis, où «il n’y a pas que des cow-boys, mais beaucoup de gens distingués qui veulent des pièces très classiques».

A l’écart des modes, la maison qui emploie 14 personnes, dont cinq à la production, vit un peu hors du temps. Son patron dit être peu touché par les aléas de la conjoncture, en raison du faible volume de ventes, même si «l’euro ne nous aide pas». En 2015, la société a vendu 120 pièces en tout, chacune nécessitant entre six et huit mois de fabrication. Et elle espère en vendre 130 cette année. Laurent Ferrier préfère avancer pas à pas «en restant raisonnable. Si nous ciblons bien, nous sommes tranquilles.»

L’horloger de tradition ne se sent pas plus menacé par les montres connectées. «Je trouve que c’est super, mais on est plus près de la téléphonie que de l’horlogerie. Est-ce qu’il y a des collectionneurs de vieux téléphones?»


Un climat morose dans l’industrie du luxe

A la veille de l’ouverture des portes du salon SIHH, les grandes maisons de luxe restent muettes sur la marche de leurs affaires et la conjoncture dans ce secteur. Elles préfèrent se consacrer à leurs produits et aux derniers préparatifs d’une manifestation qui devrait accueillir près de 15 000 visiteurs professionnels et journalistes. Mais derrière les décors de rêve des stands qui s’étalent sur près de 40 000 m2, c’est un climat morose qui anime l’horlogerie et la joaillerie.

L’an dernier, l’annonce par la Banque nationale suisse de la fin du taux plancher de l’euro face au franc était tombée quelques jours avant l’ouverture, laissant sous le choc des dirigeants de marques encore incapables de mesurer ce qui les attendait. Un an après, on ne peut certes pas parler d’un secteur sinistré. Si certaines entreprises ont pris des mesures qui ont touché l’emploi, il n’y a pas eu une vague de restructurations. Jusqu’à présent, afin de limiter la baisse des marges, les entreprises ont le plus souvent adapté leurs prix, renégocié les charges des fournisseurs ou reporté des projets marketing.

Au niveau des exportations horlogères suisses, l’année 2015 s’affichera – selon les statistiques qui vont bientôt tomber – en baisse, comme nous le confirmait récemment Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse. Le recul devrait être de 3% à 4%. Toutefois, rappelait-il, on reste très proche des années records.

Aux premiers jours de 2016, plus que le franc fort, c’est la conjoncture mondiale, en particulier dans les pays émergents, qui renforce le climat morose du secteur. La Chine, où la croissance a fortement ralenti, suscite les plus grandes incertitudes. Rappelons que l’Asie représente plus de la moitié du chiffre d’affaires des horlogers suisses et les touristes chinois sont les plus dépensiers en produits de luxe lors de leurs voyages à Hongkong, Paris ou Lucerne.

Les chiffres des ventes publiés la semaine dernière par le groupe Richemont – qui détient la majorité des grandes marques présentes au SIHH – le montrent. Les marchés d’Asie-Pacifique ont beaucoup souffert dans la période clé d’avant Noël. Ceci alors que l’Europe, qui était en reprise, a été frappée par la baisse du tourisme consécutive aux attentats à Paris.

Ces prochains mois, les fabricants de montres et bijoux installés en Suisse vont continuer à suivre attentivement les cours de change du franc suisse. Mais, c’est sûr, c’est du côté de Pékin que tous les yeux seront tournés afin de mesurer la capacité des autorités chinoises à relancer la seconde locomotive mondiale… Permettant l’enrichissement de toute une frange de la population amatrice des joyaux Swiss made.

J-M. C.

(TDG)

Créé: 17.01.2016, 20h58

24 exposants à Palexpo

Le départ du SIHH de la marque Ralph Lauren laisse la place cette année pour accueillir neuf ateliers indépendants, des artisans qui représentent la nouvelle horlogerie, selon la direction du salon. Mais également des trajectoires d’horlogers, des styles et des produits très éclectiques.
Dans un espace appelé «Carré des Horlogers», le SIHH réunit Christophe Claret, De Bethune, H. Moser & Cie, Hautlence, HYT, Kari Voutilainen, et les genevois Urwerk (à moitié zurichois), MB & F et Laurent Ferrier.

Le nombre d’exposants passe ainsi
à 24 avec les maisons traditionnelles
du SIHH, telles que A. Lange & Söhne, Audemars Piguet, Baume & Mercier, Cartier, Jaeger-LeCoultre, Montblanc, Parmigiani, Piaget, Richard Mille, Roger Dubuis, Van Cleef Arpels, Vacheron Constantin. La majorité de ces marques appartient au groupe de luxe Richemont basé à Genève. Le salon, réservé aux professionnels, est ouvert jusqu’à vendredi 22 janvier.

J-M. C.

































































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