Les jets de PrivatAir en vol vers l’Arabie saoudite

Aviation privéeL’une des grosses sociétés d’aviation d’affaires de Cointrin se diversifie hors de Suisse avec un vol entre Ryad et Jeddah

Afin de compenser la baisse des revenus issus d’une activité qui peine à se remettre de la crise financière de 2009, son président et actionnaire Grégory Thomas (au centre) a décidé de diversifier ses sources de revenus.

Afin de compenser la baisse des revenus issus d’une activité qui peine à se remettre de la crise financière de 2009, son président et actionnaire Grégory Thomas (au centre) a décidé de diversifier ses sources de revenus. Image: Olivier Vogelsang

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C’est une histoire étonnante, qui révèle les aspects parfois méconnus du tissu économique genevois. PrivatAir, une compagnie aérienne reconnue comme l’une des principales sociétés d’aviation d’affaires de Cointrin, se lance dans un modèle économique singulier.

Afin de compenser la baisse des revenus issus d’une activité qui peine à se remettre de la crise financière de 2009, son président et actionnaire Grégory Thomas a décidé de diversifier ses sources de revenus.

Et cela avec l’aval d’Osama Alsayed, un homme d’affaires saoudien qui possède 49% du capital de la compagnie, un soutien non négligeable lorsque l’on souhaite développer des affaires dans cette région. «Dès le 1er janvier, sous réserve de l’approbation finale des autorités aériennes saoudiennes, nous allons opérer entre les deux principales villes d’Arabie saoudite, la capitale Ryad et la métropole économique de Jeddah. Douze vols par jour sont prévus. Il s’agira d’une navette première classe d’une capacité de 52 places», détaille le président.

Flegme et humour: ce Britannique fier de ses origines – les Cor nouailles – raconte pourquoi il s’est retrouvé à la tête d’une compagnie employant 380 personnes, dont 320 au sein des équipages et 60 dans les bureaux.

D’employé à employeur

Grégory Thomas est entré en 1994 au sein de la compagnie. Elle se nommait alors PetrolAir, et faisait partie de l’empire de la riche famille grecque Latsis. Le Britannique s’occupe de la commercialisation de la compagnie, peu à peu ouverte à des clients externes. Conseiller juridique puis administrateur-délégué de PrivatAir, il fait le grand saut en 2009.

«La famille Latsis souhaitait vendre sa compagnie en 2008. Mais la crise financière liée au subprime, symbolisée par la chute de Lehman Brothers, avait cassé le marché, raconte-t-il. Les acheteurs potentiels ne proposaient plus que la moitié de leur offre initiale. Avec deux autres dirigeants de la compagnie, nous avons alors proposé à la famille de racheter le groupe.»

Les futurs chefs d’entreprise achètent la totalité des actions tout en contactant des sources potentielles de financement: banques, hedge funds, investisseurs privés, sociétés de capital-risque, etc. Grégory Thomas se souvient comme si c’était hier du nombre de démarches entreprises dans une période difficile: «J’ai eu environ 90 contacts avec des investisseurs!» Parmi eux, le Saoudien Osama Alsayed, représentatif d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires du pays. Marché conclu: l’investisseur arabe est d’accord de garder 49% des actions. Les trois autres dirigeants se partagent les autres 51%.

Un marché en difficulté

Mais le secteur de l’aviation d’affaires est à la peine. «A Genève, il baisse de manière plutôt régulière depuis environ cinq ans», résume le Britannique. Qui explique sa nouvelle stratégie, imaginée au début du siècle: «Nous gérons une flotte de 10 avions appartenant à des compagnies de leasing et de 4 avions d’affaires que nous gérons pour le compte de leurs propriétaires. En 2002, nous avions déjà vite compris que nous ne pouvions pas assurer une rentabilité suffisante en achetant pour notre compte des avions qui peuvent coûter 40 millions de dollars.»

Il est en effet très difficile de dégager des liquidités en les exploitant, sachant que ces appareils sont amortis pour une période allant de sept à douze ans. «Donc, ajoute le président de PrivatAir, nous ne sommes pas propriétaires des avions. Et nous avons aussi compris que, au lieu d’attendre d’être sollicités par des clients privés, nous avions avantage à conclure des contrats avec d’autres compagnies désireuses de sous-traiter certaines activités.» Conclusion: 80% de leurs revenus proviennent aujourd’hui de la location d’appareils à des compagnies aériennes principalement européennes, et 20% de l’aviation d’affaires proprement dite.

Malgré ce virage stratégique, le secteur reste ardu. «Cette année, nous sommes handicapés par la cherté du franc, indique Grégory Thomas. La plupart de nos revenus sont en euros alors que nos principales charges sont en francs. Nous venons de délocaliser notre comptabilité et d’autres activités administratives au Portugal, où les charges salariales sont beaucoup moins importantes.»

De Roissy au Congo

Jamais à court d’idées, PrivatAir tente de se diversifier dans des directions complémentaires, dédaignées par d’autres compagnies. En assurant par exemple une liaison quotidienne entre l’aéroport de Roissy et celui de Brazzaville. Et une desserte entre cette dernière et Dubaï. Le Congo-Brazzaville est un pays qui se développe, notamment grâce au pétrole. Il vient aussi d’accueillir les 11es Jeux olympiques africains.

Mais c’est son irruption dans le marché intérieur saoudien qui va occuper PrivatAir dans les semaines et les mois à venir. Située au bord de la mer Rouge, Jeddah reste un phare pour les investisseurs. Même une entité proche de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) y a construit une antenne. «Depuis six ans, nous sommes consultants de la King Abdulaziz University, qui veut y créer une Faculté de tourisme», résume André Mack, responsable de Lausanne Hospitality Consulting. L’Université de Jeddah entend y ancrer un bachelor en tourisme. Le conseil de fondation de l’EHL pourrait prochainement délivrer une certification pour réaliser cette opération. (TDG)

Créé: 20.09.2015, 21h41

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