Les bonus des banquiers n'ont plus la cote

RémunérationsLa Banque Migros les a totalement supprimés, UBS les a biffés pour 10 000 salariés et Crédit Suisse va les geler. Sauf pour les top managers!

Tidjane Thiam, CEO, Credit Suisse, le 1er mai 2018

Tidjane Thiam, CEO, Credit Suisse, le 1er mai 2018 Image: Reuters

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Comme viennent de le révéler le «Financial Times» et la «SonntagsZeitung», UBS va supprimer les bonus de quelque 10 000 personnes œuvrant au sein de son unité Corporate Center, qui comprend notamment les services informatiques, marketing ou administratifs. Lundi, la banque a confirmé cette information: «La part variable sera remplacée par des rémunérations fixes», a déclaré un de ses porte-parole. En compensation, les salariés concernés – soit ceux dont le salaire annuel se situe en 50 000 et 100 000 francs bruts – recevront désormais environ la moitié d’une paie mensuelle. «Ces mesures visent à améliorer la transparence en la matière et à réduire la charge administrative», explique encore UBS. Les 57 000 autres salariés dans le monde – ceux dans la gestion de fortune ou la banque d’affaires notamment – ne seront pas touchés par cette suppression. Et surtout pas le top management, car, comme l’a récemment déclaré le CEO d’UBS, Sergio Ermotti, «la part globale réservée aux bonus (soit 3,1 milliards de francs) devrait rester inchangée».

Actionnaires mécontents

Jeudi prochain, Credit Suisse va à son tour présenter ses résultats annuels. Or, toujours selon le «Financial Times», la grande banque s’apprête à geler la somme totale dédiée aux rémunérations variables au niveau affiché en 2017, à savoir 3,2 milliards de francs. Les principaux actionnaires auraient en effet fait part de leur mécontentement face au cours de l’action qui, comme celle d’UBS, a perdu plus d’un tiers de sa valeur en un an. Mais là aussi, ce sont les cadres moyens qui verront leurs primes baisser. Le CEO de Credit Suisse, Tidjane Thiam, devrait s’en sortir, lui, comme en 2017, avec une rétribution de 9,7 millions de francs. «Nous avons atteint 16 des 17 objectifs stratégiques que nous nous étions fixés», affirme-t-il.

La notion de bonus n’est donc pas morte. Mais elle perd de plus en plus de terrain. Ainsi, en novembre dernier, la Banque Migros a annoncé qu’elle allait supprimer entièrement les bonus dès 2019, y compris pour la direction générale. «Ils ne répondent plus à l’air du temps», avait alors expliqué son CEO, Harald Nedwed. Selon lui, les bonus exacerbent l’esprit individualiste, la compétition entre salariés, voire une prise de risque parfois insensée uniquement pour présenter des résultats à court terme mirifiques, comme l’ont démontré les errances de la crise financière de 2008. «Sans part variable, ajoute-t-il, le travail d’équipe est valorisé. Car, désormais, le service au client sollicite plusieurs expertises différentes.»

Pour 2018, la part globale dédiée aux bonus devrait rester inchangée par rapport à 2017

Sergio Ermotti, CEO d’UBS, lors du dernier WE

Cette année, les salariés de la Banque Migros verront donc leur salaire fixe augmenter d’un coup, suivant en cela le modèle de l’assurance La Bâloise, qui a déjà supprimé les primes individuelles. Enfin, près de 80% des entreprises suisses cotées en Bourse ont introduit le système de «clawback», c’est-à-dire le versement sous condition d’un bonus en cash et en actions qui ne surviendra, généralement au bout de cinq ans, que si, sur cette période, la marche des affaires s’est améliorée. Sinon, point de récompense.

À l’Association suisse des employés de banque (ASEB), sa directrice, Denise Chervet, se montre satisfaite de l’évolution de cette situation, notamment celle annoncée par UBS. Elle salue ainsi «le fait de ne plus verser de bonus, si la compensation totale reste inchangée et qu’il ne s’agit pas là d’une mesure d’économie déguisée». Car l’ASEB affirme depuis des années que les seules primes individuelles ne suffisent plus à la satisfaction professionnelle d’un salarié, qui privilégie une certaine sécurité de l’emploi et de bonnes conditions de travail. En 2017, l’ASEB avait ainsi mené un vaste sondage et établi que la moitié des employés de banque ne se sentaient pas récompensés de leurs efforts avec une prime annuelle moyenne de 4500 francs, alors que celle des cadres supérieurs (entre 11 000 à 30 000 francs) ne cessait d’exploser.

(TDG)

Créé: 11.02.2019, 22h34

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