Les banques suisses ont trouvé la feinte

Accès au marché européenFaute d’un accord avec Bruxelles, des filiales ont été ouvertes dans l’UE. C’est bien pour les banques; pas pour l’emploi en Suisse.

La place financière suisse a retrouvé toutes ses couleurs d’avant 2008, mais les créations d’emplois se font de plus en plus à l’étranger, faute d’un accord avec Bruxelles.

La place financière suisse a retrouvé toutes ses couleurs d’avant 2008, mais les créations d’emplois se font de plus en plus à l’étranger, faute d’un accord avec Bruxelles. Image: Olivier Vogelsang

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L’accès au marché européen. Ces trois dernières années, les banques suisses se focalisaient sur cet objectif. Depuis tout ce temps et aujourd’hui encore, la place financière suisse attendait ce fameux accord-cadre – ou d’amitié, comme a tenté de le décrire le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker – qui leur octroierait la permission «d’un suivi actif des clients étrangers existants et la prospection active de nouveaux clients à l’étranger à partir de la Suisse», selon la définition de l’Association suisse des banquiers (ASB).

À l’heure où UBS affronte un procès à milliards pour avoir, notamment, fait de la prospection active de clients en France, les banques suisses se languissaient d’une telle autorisation de l’Union européenne, comme en profitent les produits industriels made in Switzerland. Or, tout a changé aujourd’hui. Comme l’explique Edouard Cuendet, directeur de la Fondation Genève Place financière, «que les réponses, obtenues dans notre étude conjoncturelle réalisée depuis 2002 auprès des 104 banques présentes à Genève, montrent une évolution par rapport à l’année dernière». En clair, que cet accès facilité aux marchés européens a, d’une année sur l’autre, perdu considérablement en importance. Qu’on en juge. L’an dernier encore, les établissements bancaires de plus de 200 salariés sis à Genève – UBS, Credit Suisse, Pictet, Lombard Odier ou BNP Paribas (Suisse) par exemple – estimaient, pour plus de 90% d’entre eux, que cette liberté d’œuvrer en Europe tout en n’ayant des bureaux qu’en Suisse leur était vitale. Or, les banques genevoises ne sont plus que 50% à estimer que si la Suisse n’obtenait pas cet accès facilité aux marchés européens, elles devraient modifier de façon significative leur modèle d’affaires.

En gros, grandes comme petites banques privées ont trouvé la parade à ce problème. «Ne voyant pas d’avancée marquante sur un accord-cadre entre la Suisse et l’UE, les banques ont renforcé leur présence sur place, en Europe», explique Edouard Cuendet.

En clair, il a suffi d’ouvrir des filiales à Paris, Lyon, Turin, Rome, Düsseldorf, Berlin ou au Luxembourg pour devenir une banque de droit européen et avoir l’autorisation de traiter avec une clientèle européenne, sans encourir des poursuites similaires à celles engagées contre UBS en France. Depuis 2012 au moins, c’est ce qu’ont fait nombre d’établissements bancaires suisses, actifs surtout dans la gestion de fortune privée. Du coup, il se trouve que le secteur financier helvétique a créé, ces dernières années, presque autant d’emplois à l’étranger qu’en Suisse, comme le prouvent les derniers chiffres de l’ASB.

Risque de délocalisation

Ainsi, à l’heure actuelle, quelque 107 000 personnes travaillent pour des banques suisses hors de nos frontières, contre 105 000 à l’intérieur du territoire helvétique. Pour Edouard Cuendet, point de doute: «L’incertitude réelle autour de l’accès au marché européen rend donc le risque de délocalisation et de pertes d’emplois en Suisse bien réel.» Cela pose la question «de savoir si nous voulons des banques suisses, qui peuvent déployer leurs activités où bon leur semble, ou des banques en Suisse, qui maintiennent et créent des emplois dans notre pays».

L’étude conjoncturelle 2018-2019, publiée mardi par la Fondation Genève Place financière (FGPF), est certes en rupture totale avec celle de 2016, où Yves Mirabaud, associé gérant senior de la banque privée éponyme et président de la FGPF, en appelait à «un électrochoc» pour que Genève conserve son rang dans le hit-parade des places financières mondiales, après que le secret bancaire pour les clients étrangers a disparu et que les régulations internationales en matière de fraude fiscale ont imposé à la Suisse de revoir entièrement son modèle d’affaires. «Aujourd’hui, affirme Yves Mirabaud, le climat avec les pouvoirs publics s’est heureusement apaisé», les élus politiques, jusqu’au Conseil fédéral, ayant, selon lui, compris l’importance du secteur bancaire dans le PIB national (environ 10% en Suisse et 12% à Genève).

Tous les signaux émis par les établissements bancaires genevois sont à nouveau au vert foncé, dix ans à peine après la mégacrise financière de 2008. Mieux: la majorité des banques s’apprête à renforcer leurs effectifs. La seule question est donc de savoir où elles vont s’agrandir. La Suisse n’étant pas un membre comme un autre de l’Union européenne, elles le feront en Suisse, un peu, mais surtout à l’étranger.

(TDG)

Créé: 09.10.2018, 22h21

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