Les SMS du XXIe siècle se développent à Genève

InnovationLa start-up de Plan-Les-Ouates Inzair conçoit des «ZMS», des messages ciblés dans le temps et l’espace. Le potentiel est formidable

Une start-up de Plan-Les-Ouates entend révolutionner les SMS.

Une start-up de Plan-Les-Ouates entend révolutionner les SMS. Image: Francesca Palazzi

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Révolutionner le concept du SMS. Voilà ce que propose la start-up de Plan-Les-Ouates Inzair. Son application, ladite ZMS, permet de transmettre des messages multimédias géolocalisés et dans le temps. «Nous pouvons désormais envoyer à nos invités le numéro de code de notre immeuble et faire en sorte qu’ils l’obtiennent une fois devant notre porte. Nous pouvons aussi souhaiter en avance une bonne année à nos proches mais faire en sorte qu’ils ne reçoivent pas nos meilleurs vœux avant le 31 décembre à minuit», se réjouit Nourredine Rouibah, directeur d’Inzair (lisez «In Ze Air»).

Cette révolution n’a rien d’un gadget: le service peut également servir pour les rendez-vous, les affaires, les achats. Les usages sont multiples. Une fonction permet même d’émettre des annonces géolocalisées publiques, essentielles par exemple en cas d’accident en montagne ou pour la publicité. Les enjeux sont colossaux: le marché mondial du SMS a généré en 2011, selon les analystes d'Informa Telecoms & Media, 114,9 milliards de dollars, un chiffre qui devrait monter à 135,6 en 2016.

La jeune pousse de Plan-Les-Ouates s’est fait un nom en décembre dernier lors du salon de référence technologique, LeWeb, à Paris, puis lors de la récente conférence Lift, à Genève. Les participants en ont fait leur start-up romande préférée. Elle a aussi été finaliste de la conférence de Sierre TechnoArk en janvier dernier. Tout est allé très vite. La société est officiellement lancée en janvier 2011, et constituée en société anonyme. Dotée d’un capital de 100000 francs, elle peine à trouver des investisseurs. Mais finit par dénicher 100000 francs en octobre dernier puis 500000 ce mois-ci. Elle bénéficie également du soutien d’associations et des autorités genevoises. L’application, hébergée sur les serveurs ultra-compétitifs de Google, vient d’être brevetée.

Pour l’instant, les sept collaborateurs d’Inzair ne rentabilisent pas leur produit phare mais les pistes pour générer des revenus sont prometteuses. «La version gratuite de ZMS existera toujours, peut-être avec des pubs, mais on pense à un modèle payant», explique Nourredine Rouibah. Des collaborations avec des commerçants sont envisagées. Des marques émettront bientôt des messages géolocalisés sur l’espace public. «McDonald’s pourrait par exemple envoyer de la pub aux passants se rapprochant d’un fast-food qui voudront bien les recevoir.» Le directeur avertit: «Les données privées des utilisateurs ne seront jamais divulguées. Ils ne recevront aucun spam non plus. Par contre ceux qui désireront recevoir des messages de telle ou telle enseigne le pourront.»

Un service de réalité augmentée est également prévu: une caméra de l’application scrutera le paysage pour repérer d’éventuels messages flottants. Idéal pour cacher des œufs numériques à Pâques. Inzair ne communique pas sur le nombre d’utilisateurs mais assure qu’ils sont en hausse, surtout en Suisse. Disponible en six langues, ZMS commence à se faire une réputation à l’international. Quatre mois après son lancement, l’application a été téléchargée depuis 54 pays. Elle est disponible sur les supports mobiles d’Apple depuis décembre 2011. Le lancement sur Android est prévu en mai, puis cet automne sur n’importe quel ordinateur.

Selon plusieurs observateurs, le marché des messageries est très concurrentiel et les idées, de l’envoi masqué de SMS à la géolocalisation en passant par les messages groupés, foisonnent. «La nouveauté proposée par Inzair semble résider dans la combinaison de son offre», estime Pierre-Yves Revaz. Le spécialiste en emarketing estime que son essor sera difficile. «Les start-up ont tendance à négliger l’aspect marketing, pourtant essentiel. L’effet buzz apparaît pourtant rarement tout seul.» Une partie importante du budget de la start-up est consacrée à la communication. Une première campagne devrait être lancée dès le mois de mai. Michel Deriaz, chercheur à l’Université de Genève et auteur d'une thèse sur les messages spatiaux, salue également un très bon produit mais est plus sceptique sur son potentiel succès: «ZMS, géolocalisé, nécessite une densité forte d'utilisateurs pour décoller. Si je suis tout seul à l’utiliser, elle ne me sert à rien et je l’abandonne. Etre téléchargé depuis 54 pays est sans doute intéressant. Ce serait plus judicieux qu’un seuil critique soit franchi dans une zone géographique ciblée, Genève par exemple.» L’expert estime qu’Inzair aura besoin d’aide pour être relayée un maximum de fois.

Le chemin est semé d’embûches, l’équipe petite. Pourra-t-elle profiter de l’expérience de son directeur? Avant de lancer Inzair, Nourredine Rouibah a longtemps travaillé pour Sun Microsystems, groupe informatique américain actif notamment sur le marché des SMS. Ce service de messagerie, développé dans les années 1980, s’est répandu dix ans plus tard. Aujourd’hui, 200000 SMS sont envoyés chaque seconde dans le monde mais d’autres outils similaires, profitant davantage des technologies des nouveaux téléphones, les remplacent petit à petit, et se bousculent, sur ce gigantesque marché. Comme ce petit genevois qui pourrait bientôt devenir grand.

Créé: 20.04.2012, 16h54

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