Le judaïsme doperait le succès au Nobel d’économie

HistoireIsaac Benguigui, professeur à l’Uni de Genève, sort un livre sur les talents de ses coreligionnaires dans la recherche scientifique.

Isaac Benguigui, professeur à l’Uni de Genève, sort son dixième livre: <i>Les Nobel juifs d’économie. Le partage du savoir au XXe siècle</i> (édité à Paris, chez L’Harmattan).

Isaac Benguigui, professeur à l’Uni de Genève, sort son dixième livre: Les Nobel juifs d’économie. Le partage du savoir au XXe siècle (édité à Paris, chez L’Harmattan). Image: DR

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Le dixième livre d’Isaac Benguigui, professeur à l’Unité d’histoire et philosophie des sciences de l’Université de Genève, physicien de formation, vient de sortir: Les Nobel juifs d’économie. Le partage du savoir au XXe siècle (édité à Paris, chez L’Harmattan). L’ouvrage porte une nouvelle fois sur une étude, mettant en évidence les prédispositions des coreligionnaires de l’auteur à la recherche scientifique. En 2003, l’accent était mis sur les Prix Nobel de physique (Editions Slatkine) et en 2010 sur les Prix Nobel de chimie (Editions Slatkine).

Quelques chiffres démontrent il est vrai la pertinence du constat. L’expert monétaire Charles Wyplosz, enseignant lui aussi à l’Université de Genève, rappelle en effet dans sa préface que seize lauréats du Prix Nobel d’économie étaient de confession juive, au cours des trente dernières années du XXe siècle. Chacun de ces lauréats dispose de son propre chapitre dans le livre d’Isaac Benguigui. De sorte que celui-ci prend la forme d’un réel panorama pédagogique sur les étapes majeures, en matière d’histoire et de sciences économiques.

Croissance et bien-être

Cet aspect se confirme en plus dans le soin que met l’auteur à déceler des contradictions entre certaines positions des seize lauréats ou dans les évolutions observées au cours du temps dans les sciences économiques. Parmi les seize Nobel présentés par Isaac Benguigui, quelques-uns portent des noms encore gravés dans beaucoup de mémoires. A l’instar de Paul Samuelson. Le Prix Nobel d’économie de 1970 était encore présenté comme «le plus grand économiste de tous les temps» par des lauréats du même trophée en 2005.

Ou encore celui de Simon Kuznets, grand pourfendeur de John Maynard Keynes. Le Prix Nobel de 1971 avait en outre marqué les esprits en faisant valoir un regard moderniste sur l’évaluation de la santé d’une économie. Un tel exercice ne pouvait à ses yeux se limiter à des observations sur l’évolution du produit intérieur brut d’un Etat. Il exigeait aussi une prise en compte du niveau de «bien-être».

Enseignement favorisant sans doute l’apparition, une année plus tard, du fameux BNB (bonheur national brut), indice institué à l’époque par le roi du Bhoutan, Jigme Singye Wangchuck. Sans oublier l’ouverture, la semaine dernière à Paris, soit quarante-cinq ans plus tard, d’un institut voué à la recherche sur les effets du bonheur dans l’économie.

Intégration et émancipation

Dans ce palmarès des Prix Nobel d’économie du XXe siècle, le lauréat de 1976, Milton Friedman, occupe évidemment une place importante. Cet enfant d’immigrants d’origine austro-hongroise, né le 31 juillet 1912 à Brooklyn, est encore présenté comme le fils spirituel d’Adam Smith et l’un des chantres décisifs du libéralisme économique, autrement dit du «moins d’Etat», première étape avant le «moins d’Etat possible». Ce courant politique avait atteint son apogée dans les années 80.

Au-delà des aspects scientifiques, le livre d’Isaac Benguigui effleure aussi, avec doigté, des histoires de vie et d’amour. Il n’élude évidemment pas la question centrale: pourquoi tant de juifs parmi les Prix Nobel?

«Il n’est pas aisé de saisir tous les facteurs qui entrent en jeu. Et encore moins de les quantifier. L’un d’entre eux demeure néanmoins une certitude dans l’histoire du peuple juif, souvent poussé à l’exil. La science se révélait autant un vecteur d’intégration que d’émancipation. L’attrait de la recherche était en outre favorisé par le Talmud, texte fondamental du judaïsme imposant une réelle gymnastique mentale. Le savoir est en outre la seule chose qu’on peut partager et qui reste entière, comme aimait à le rappeler Paul Samuelson», précise Isaac Benguigui. (TDG)

Créé: 21.11.2016, 21h33

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