La vie privée d’un magnat chinois secoue Wall Street

Commerce en ligneUne étudiante porte plainte contre le patron de JD.com, qui parle de «fausses accusations». Mais à l’ère du #MeToo, l’affaire devient un enjeu boursier.

 Richard Liu, patron du commerce en ligne chinois JD.com

Richard Liu, patron du commerce en ligne chinois JD.com Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’arrestation du patron du géant du commerce en ligne chinois JD.com vendredi soir dans le Minnesota — après qu’une jeune femme eut porté plainte contre lui pour un «comportement sexuel pénalement répréhensible» – aura fait crépiter le réseau social chinois Weibo durant tout le week-end. Mais également les sites d’info boursière américains.

Véritable Amazon chinois, la société fondée par le milliardaire Liu Qiang-Dong – plus connu sous son nom occidentalisé de Richard Liu – est en effet cotée au Nasdaq, le marché boursier américain des entreprises technologique. Et dès sa sortie de garde à vue, l’état-major de celui qui est parfois présenté comme le «Jeff Bezos chinois» a fait savoir qu’il était victime de «fausses accusations», contre lesquelles il prendrait «toutes les mesures légales nécessaires». Richard Liu rentré en Chine lundi l’épisode s’arrête là.

«Clauses Weinstein»

Ou presque. Car ce fait divers vient rappeler les enjeux financiers que représente désormais, pour les patrons venant chercher des fonds à Wall Street, leur attitude «dans le privé». Au même titre que leur parole publique, encadrée depuis des années par un maillage touffu de consignes pour parer à tout soupçon de manipulation boursière.

Un an après le scandale Weinstein, des clauses certifiant l’absence d’accusation de harcèlement visant la direction commencent à apparaître lors de rachats de sociétés aux États-Unis. De telles accusations en viennent même à remettre en cause une fusion, comme l’a montré cet été le feuilleton autour du rachat groupe de médias CBS. Ce lundi ayant été férié aux États-Unis, les milieux boursiers disposent de vingt-quatre heures supplémentaires pour digérer les explications de JD.com. Le colosse d’e-commerce chinois connu notamment pour ses ventes de produits de luxe importés – notamment de montres Swiss made – n’avait pas besoin de cela: ses actions ont perdu près du tiers de leur valeur cette année.

«Petite soeur» de la Chine

Le «buzz» provoqué par cette histoire tient tout autant à la personnalité de Richard Liu en Chine. Figure médiatique, l’homme d’affaires est marié depuis trois ans à une jeune femme présentée comme la plus jeune milliardaire du pays, Zhang Zetian. Cette ancienne gymnaste, qui court aujourd’hui les défilés de haute couture était devenue la «petite sœur» des Chinois en 2009, charmant le pays avec la diffusion virale d’une photo culte la montrant en chemisette d’étudiante, gobelet de thé à la main.

Mais que venait faire son milliardaire de mari dans le lointain Minnesota? Selon le «Star Tribune» local, Richard Liu participait à un programme de «gestion d’entreprise en Chine» organisé par la Carlons School of Management. L’une des étudiantes chinoises du cursus serait à l’origine de la plainte, selon ce journal. Un nouveau coup dur pour celui qui a longtemps tenté – en vain – que son nom n’apparaisse pas dans une autre histoire: une accusation de viol à l’issue d’une fête organisée dans son appartement de Sydney en 2015. Richard Liu n’avait rien à voir avec les faits reprochés, mais l’affaire a finalement été rendue publique cet été en Australie. Et Wall Street s’intéresse désormais de près à ce genre d’affaires. (TDG)

Créé: 03.09.2018, 19h16

Articles en relation

#MeToo pousse opéras et orchestres à réagir

Prévention Confrontés à une vague mondiale de dénonciations, les maisons lyriques et les orchestres romands ripostent aux dangers du harcèlement sexuel. Avec pragmatisme. Plus...

Drague: l'après #MeToo

FEMINA Le monde change, les codes évoluent. Draguer sans heurter est devenu un vrai défi. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Manuel Valls candidat à la mairie de Barcelone
Plus...