La spéculation sur l’or se focalise sur le vote suisse

Votations fédéralesL’enjeu du oui à «Sauvez l’or de la Suisse» est un pari à 63 milliards de francs. De quoi attiser l’appât du gain sur les marchés.

Image: Keystone

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Si le citoyen helvétique ne mesure pas toujours les enjeux de l’initiative sur l’or, les spéculateurs, sur les marchés financiers, en ont eux les yeux qui brillent de mille éclats. Imaginez: si le oui l’emporte, la Banque nationale suisse (BNS) devrait acquérir 1760 tonnes du précieux métal, soit un investissement colossal de près de 65 milliards de francs. De quoi faire exploser les cours car cette quantité représente 55% de la production annuelle mondiale.

Certains sont prêts à miser sur le jackpot à l’exemple des paris sportifs. Certes, le second sondage SSR sur les prochaines votations a laissé entrevoir un revirement de la population sur la question. Entre le 24 octobre, date du 1er sondage, et le 19 novembre, le oui a chuté de six points, de 44% à 38%. Tandis que le non a bondi de 39% à 47%. Mais il reste encore 15% d’indécis.

Les analystes sont bien en peine de mesurer l’impact réel de la votation des Suisses sur le cours de l’or. Mais sa valeur a tout de même perdu 1% en quelques minutes au moment de la publication du second sondage. La RTS a d’ailleurs révélé à ce moment-là que la responsable du dossier avait été pressée de questions des milieux de la finance. Si bien qu’une directive a été donnée d’en restreindre l’accès avant leur diffusion publique.

Mais les spéculations étaient, semble-t-il, surtout visibles sur le marché des changes. Le franc suisse, qui progresse tendanciellement depuis le début de l’année face à l’euro, s’est encore sensiblement renforcé à l’approche du 19 novembre. Il a même franchi la barre symbolique des 1 fr. 20 pour un euro, donnant sans doute des sueurs froides aux responsables de la Banque centrale helvétique.

Suite au verdict, notre monnaie est repartie légèrement à la baisse, mais les experts y voient une tentative des fonds spéculatifs de tester la solidité du taux plancher. En achetant des quantités de francs suisses, ceux-ci montraient probablement quelle serait leur action en cas d’acceptation de l’initiative, car la BNS perdrait de fait son pouvoir d’action.

Dans une récente étude, le groupe genevois de gestion BBGI confirme, chiffres à l’appui, l’impact économique de l’initiative «Sauvez l’or de la Suisse». Il rappelle que dans un mouvement inverse, la vente des stocks d’or entre 2012 et 2014, correspondant à 33% de l’offre mondiale, a provoqué une chute de 50% des cours, malgré la demande asiatique.

Certes, la part de l’or dans les actifs de la BNS ne représente que 7,5% contre 67% pour l’Allemagne et 72% pour les Etats-Unis (selon le World Gold Council). Pour ce dernier pays, on sait que la position de l’or est historiquement très importante afin d’avoir une diversification aux réserves en dollars.

La BNS se défend en affirmant que pour chaque habitant de la Suisse, elle détient 4,2 onces d’or (130,6 grammes) dans ses réserves tandis que l’Allemagne en a 1,3 once, la France 1,2, et les Etats-Unis 0,8! Le faible pourcentage des réserves en or de la BNS, stockées principalement en Suisse, mais aussi au Canada et au Royaume-Uni, tient d’ailleurs à son combat contre le franc fort afin de maintenir les exportations suisses compétitives. On pourrait aussi s’imaginer l’effet produit sur le marché de l’or si la Chine devait aussi porter à 20% ses réserves en or physique, elle qui en détient 1054 tonnes soit une part de seulement 1% du bilan de sa banque centrale! On pourrait craindre une pénurie du métal jaune.

Créé: 25.11.2014, 23h01

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