La lutte contre le diabète, un business prometteur

GenèveDes spécialistes des HUG et de l’EPFL cherchent des actionnaires pour une start-up vouée à la greffe de cellules de porc et la lutte contre le diabète. Le coût du traitement devrait baisser.

Les HUG sont aujourd’hui dotés d’un des dix seuls laboratoires dans le monde disposant des compétences nécerssaires à la xénogreffe. 
LAURENT GUIRAUD

Les HUG sont aujourd’hui dotés d’un des dix seuls laboratoires dans le monde disposant des compétences nécerssaires à la xénogreffe. LAURENT GUIRAUD

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Des chirurgiens des HUG (Hôpitaux universitaires de Genève) et des chercheurs de l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) travaillent d’arrache-pied pour se lancer sur le marché de la xénogreffe. C’est-à-dire de la greffe de cellules animales. D’ici à sept ans, cette collaboration entre spécialistes des deux établissements devrait permettre la distribution d’un produit inédit, visant à soigner le diabète.

Créée à cette fin, la société Cell-Caps SA assume la direction opérationnelle des travaux en cours. Il s’agit d’une start-up dont l’inscription au Registre du commerce est prévue avant la fin du mois. Son premier objectif est de convaincre des investisseurs et de lever 5 millions de francs d’ici au printemps.

D’importantes échéances doivent être financées avant la commercialisation d’îlots de cellules de pancréas de porc. Un produit thérapeutique laissant espérer une importante baisse des coûts des traitements du diabète, par rapport à ceux des injections d’insuline habituelles. Tout en servant d’alternative à la greffe de pancréas et de cellules d’origine humaine. Surtout que le nombre de donneurs reste nettement inférieur à celui des patients dans l’attente.

Avant l’arrivée sur le marché d’un premier produit relevant de la xénogreffe, griffé «Cell-Caps», les responsables de la société prévoient encore trois ans de recherches pures. Il s’agit de la phase préclinique. Elle comprend notamment les prélèvements et l’isolement d’amas de cellules aux HUG. Les experts de l’EPFL se chargeront pour leur part d’affiner une contribution fondamentale dans cette affaire: l’encapsulation des cellules greffées, pour les protéger des réactions des systèmes immunitaires des patients receveurs et éviter ainsi les phénomènes de rejet.

Premiers dividendes

Avant Noël de 2018, Cell-Caps soumettra donc son œuvre au contrôle de Swissmedic. L’institut chargé de surveiller le marché helvétique des produits thérapeutiques autorisera alors les essais cliniques avec de vrais patients.

Cette étape durera encore quatre ans. Elle ouvrira ensuite les portes du marché et de la commercialisation. «En tout, Cell-Caps SA doit se préparer à des investissements à hauteur de 25 millions de francs sur sept ans. Après l’entrée sur le marché, une demi-douzaine d’années suffira probablement pour atteindre un chiffre d’affaires permettant de réaliser le retour sur investissements. Le moment où les actionnaires peuvent enfin commencer à toucher des dividendes», rappelle Henk-Jan Schuurman, consultant en biotech mandaté par le Département de chirurgie des HUG.

Cet ancien manager de Novartis insiste sur la fiabilité de ses estimations. Tant en délais qu’en recettes. «Les HUG et l’EPFL ont en effet déjà présenté une première fois leur projet à Swissmedic en septembre 2013. Ils connaissent donc les exigences du régulateur, ainsi que les travaux et les coûts y afférents», relève Henk-Jan Schuurman. L’entrée de Cell-Caps SA sur le marché de la xénogreffe ne relève en outre pas d’un soudain caprice de chercheurs et de chirurgiens ambitieux de l’EPFL et des HUG.

Les chevilles ouvrières

Chevilles ouvrières du second établissement, les professeurs Philippe Morel et Leo Bühler travaillent depuis plus de vingt ans pour faire progresser l’efficacité des traitements contre le diabète, le confort des patients et l’abaissement des coûts globaux de leurs soins. Notamment en coopérant étroitement avec leurs confrères de l’Université Harvard, à Boston, et des experts de l’EPFL. «Dans ce domaine, nos premiers échanges avec le Poly de Lausanne datent de 2001. Afin de mener nos travaux communs, nous avons ensuite bénéficié de trois bourses du Fonds national suisse pour la recherche scientifique», indique Leo Bühler.

Avant de prétendre se lancer ensemble dans les affaires, d’ici à sept ans, les spécialistes des HUG et de l’EPFL avaient aussi développé des complicités outre-Sarine. «Nous avons en effet bénéficié de soutiens de la Commission pour la technologie et l’innovation (ndlr: organisation dépendant de l’Administration fédérale), à l’occasion d’une coopération avec l’entreprise saint-galloise Büchi Labortechnik AG. Cette ex-start-up de l’EPFZ (Ecole polytechnique fédérale de Zurich) a ainsi élaboré la machine permettant de fabriquer les capsules conçues par l’EPFL», note Leo Bühler.

Les porcs de Plan-les-Ouates

Les HUG sont aujourd’hui dotés d’un des dix seuls laboratoires dans le monde disposant des compétences nécessaires à la xénogreffe. Un atout renforcé par celui des matériaux d’encapsulation de l’EPFL, produits sous le contrôle du professeur Sandrine Gerber, responsable du groupe des biomatériaux fonctionnalisés et future membre du conseil d’administration de Cell-Caps SA.

A tout cela s’ajoute le savoir-faire d’éleveurs de porcs, danois et néerlandais. Leur production correspond déjà aux hauts standards d’hygiène requis. Pour la commercialisation des produits de Cell-Caps SA, le souci de proximité devrait cependant aboutir à des adaptations dans la ferme de l’Etat de Genève, située près de Plan-les-Ouates. Cet établissement assure déjà depuis une quarantaine d’années la production d’animaux destinés aux recherches scientifiques de l’Université du bout du Léman.

Forts de ces éléments, le professeur Philippe Morel ne dissimule pas ses ambitions économiques: «En cas de réussite technique, la distribution des cellules encapsulées pourrait être rentable après sept ou huit ans de présence sur le marché. La start-up Cell-Caps SA pourrait alors être cédée à bon prix à une grande firme pharmaceutique.»

Créé: 20.10.2015, 20h05

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Plusieurs milliers de patients soignés par an à Genève

«Une dizaine de patients diabétiques peut actuellement bénéficier d’une greffe de pancréas chaque année aux HUG. Une vingtaine d’autres patients se fait greffer des amas de cellules humaines. Après avoir démontré son efficacité et sa sécurité, la xénogreffe, c’est-à-dire la greffe de cellules animales, permettra de soigner plusieurs milliers de personnes diabétiques chaque année à Genève», estime Leo Bühler, chirurgien aux HUG.
L’établissement du bout du Léman dispose actuellement d’un des dix seuls laboratoires dans le monde capables d’assurer les préparatifs d’une xénogreffe. Il se dote en plus maintenant d’une firme spécialisée, Cell-Caps SA, afin d’assurer au mieux et au plus vite son entrée sur
le marché des îlots de cellules animales. Les HUG intégreront dans cette société leurs plus proches partenaires de l’EPFL (lire ci-dessus).

Afin de favoriser l’investissement,
les promoteurs genevois et lausannois de la xénotransplantation ont préféré créer la firme Cell-Caps SA, plutôt que de solliciter des dons à l’intention des HUG et de l’EPFL. Les actionnaires de la société ont en effet de bonnes raisons de s’attendre à un retour sur investissements, puis à de solides dividendes d’ici dix ans. Les actionnaires, les propriétaires de la société, doivent en outre être informés en tout temps sur l’évolution
de ses affaires. Tout cela peut paraître plus motivant que les dons généreux, sans nouvelles en retour.

A ce stade Cell-Caps SA paraît bien positionnée pour arriver à temps
sur un marché en voie de naître et aux dimensions probablement énormes.
Ses futurs concurrents semblent encore se concentrer aux Etats-Unis. Ils peuvent être déjà impliqués dans des recherches académiques très avancées.
Les HUG coopèrent eux-mêmes avec leurs confrères de l’Université
de Harvard.
P.RK

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