La grande parade de la Suisse digitale

Nouvelles technologiesLa première Journée nationale du numérique, imaginée par Doris Leuthard, a touché mardi des milliers de personnes. Sans dissiper tous les doutes.

Tracteur connecté : Un agriculteur de Satigny s’est équipé d’un ordinateur et d’un GPS afin de rationaliser l’épandage dans ses champs.

Tracteur connecté : Un agriculteur de Satigny s’est équipé d’un ordinateur et d’un GPS afin de rationaliser l’épandage dans ses champs. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Non! Personne ne pourra prétendre que la Suisse a négligé la numérisation de notre société. Dans toute la Suisse, des pouvoirs publics, des magistrats divers et variés, des associations se mobilisent pour que la population prenne conscience des enjeux. Mardi, dès l’aube, la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, les chefs des Départements fédéraux de l’économie et de l’intérieur, Johann Schneider-Ammann et Alain Berset, ont eux-mêmes mis la main à la pâte. C’était la célébration de la première Journée suisse du numérique.

Les représentants d’une quarantaine d’entreprises, membres de l’association Digitalswitzerland, sont allés à la rencontre de la foule dans les gares de Zurich, de Genève, de Coire et de Lugano. Souvent pour entendre des questions du genre: «Serons-nous bientôt dirigés par des robots? Les machines deviennent-elles réellement intelligentes?»

L’objectif de l’évènement de mardi s’avérait aussi simple qu’ambitieux: «Rendre le virtuel concret et faire connaître les opportunités de la numérisation.» Mais, dans l’ampleur du brouhaha, s’est-on soucié d’une toute première véritable explication?

La numérisation consiste à convertir des informations provenant d’un texte, d’une image, d’une vidéo, d’un enregistrement sonore ou d’un signal électrique en données que des dispositifs informatiques peuvent traiter, déchiffrer, voire reconstituer. Les données numériques apparaissent souvent comme des listes de caractères et de nombres représentant des informations. À titre de synonyme, le terme digitalisation (digit, en anglais, signifiant chiffre) revient souvent.

Lucidité de la présidente

Au-delà de cette définition certes fort superficielle, la compréhension des nouveaux processus technologiques dépend en grande partie de leur utilisation, puis d’une réelle familiarisation. Et tout indique que cela ne sera pas facile pour tout le monde. «Tout changement fait des gagnants et des perdants», prévient déjà la présidente de la Confédération.

Une étude d’UBS, publiée au début du mois, semble déjà confirmer la lucidité de la magistrate démocrate-chrétienne. Une nette majorité des 2500 entreprises suisses interrogées par la première banque du pays ne prête pas ou fort peu d’attention au processus en cours (voir infographie). «En comparaison internationale, la Suisse a un certain retard à rattraper», constate le cabinet d’audit EY (Suisse).

Dans ce contexte, la présidente du Conseil d’État vaudois, Nuria Gorrite, tire avant tout la sonnette d’alarme sociale: «L’illettrisme numérique constitue un risque de déclassement social pour des employés.» Le chef du Département genevois de la sécurité et de l’économie, Pierre Maudet, ne manque pas non plus de promouvoir la numérisation et les fintechs (entreprises spécialisées dans les technologies financières). Ses efforts visant avant tout à ériger son canton en un centre majeur de la gestion de fortune dans le monde.

Programmation d’un robot

Quelques grands acteurs de la première Journée suisse du numérique se sont davantage rapprochés des forces de l’avenir et de l’innocence. L’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) a ainsi accueilli sur son campus des élèves de 5e à 8e du primaire et de 9e à 11e du secondaire. À cette occasion, l’initiation à la programmation d’un robot mBot, la visite du Musée Bolo et d’ArtLab ont rencontré un franc succès.

«Ses efforts visent avant tout à ériger Genève en un centre majeur de la gestion de fortune dans le monde»
Pierre Maudet, Chef du Département genevois de la sécurité et de l’économie

À Genève, place Bel-Air, Credit Suisse proposait à de tout jeunes futurs clients un spectacle au titre alléchant: Voyage à travers le monde numérique de l’argent. Sa grande rivale, UBS, traitait une question cruciale dans cinq de ses agences du bout du Léman: la sécurité. «Nos clients ne faisant encore aucun usage de prestations bancaires numériques invoquent toujours la sécurité comme l’un des principaux motifs de leurs réticences.»

Tout changement fait des gagnants et des perdants.
Doris Leuthard, Présidente de la Confédération

Afin d’informer et de rassurer tout le monde, la première banque helvétique présentait les vertus de son nouveau remède digital contre l’effroi, distribué en self-service: le Security Check.


Les agriculteurs du XXIe siècle utilisent davantage l’ordinateur que la fourche

Au XXIe siècle, certains agriculteurs manient davantage le GPS et le clavier d’ordinateur que la fourche. Les TIC (technologies de l’information et de la communication) sont déjà utilisées depuis des années à Genève pour optimiser le travail agricole. Daniel Dugerdil, agriculteur et viticulteur à Choully, a pris le virage il y a dix ans, en installant un système d’autoguidage GPS sur son tracteur. Grâce à une précision au centimètre près, cela lui permet de gagner du temps et de l’argent.

Sur l’écran tactile qui jouxte le tableau de bord, Daniel Dugerdil configure les données de son champ et de la machine utilisée. Puis il lui suffit d’appuyer sur un bouton et le tracteur autoguidé fait le reste. À la manière d’un robot aspirateur, l’engin parcourt systématiquement les cultures, sans omettre le moindre recoin ni repasser deux fois au même endroit. L’agriculteur, lui, n’a même pas besoin d’avoir les mains sur le volant. «Je peux envoyer des e-mails pendant que le tracteur sillonne le champ automatiquement», rigole Daniel Dugerdil. Blague à part, cela lui fait gagner beaucoup de temps: «Comme je n’ai pas besoin de manœuvrer le tracteur en bout de champ, le travail se fait entre 10 et 15% plus vite. J’ai ainsi plus de temps à consacrer à ma famille ou à d’autres tâches.» Cela permet aussi de faire des économies sur les engrais et produits phytosanitaires, puisque les surfaces traitées ne se chevauchent jamais, ce qui n’est possible qu’avec la précision sans faille du GPS. D’autres ont recours à celle-ci pour alterner d’une année sur l’autre l’emplacement des lignes de culture sur un champ. «Le but est que les résidus de la précédente récolte n’entravent pas la germination de la culture suivante», explique Florent Hugon, conseiller technique à AgriGenève.

Dans l’élevage, on a également recours aux nouvelles technologies. Un éleveur de Genthod possède un système automatisé de traite en libre-service, qui améliore le confort du bétail. Ce sont les vaches qui viennent se placer d’elles-mêmes au-dessus du robot trayeur quand leurs mamelles sont pleines. Là, un laser guide les embouts de traite sur les pis. Grâce à une puce intégrée au collier de l’animal, l’ordinateur sait quelles vaches sont déjà passées à la traite et lesquelles non. La machine analyse même le lait, et au moindre indice de maladie, elle envoie une alerte sur le smartphone de l’éleveur.

Les drones ont aussi fait leur apparition dans les champs. À Genève, on s’en sert pour disperser le plus efficacement possible un parasite s’attaquant à une chenille qui ravage les cultures de maïs, la pyrale. Par ailleurs, un drone équipé d’une caméra infrarouge est utilisé pour repérer les faons cachés dans les prairies avant d’y passer la faucheuse. Dans les cultures de colza, les drones servent aussi à mesurer, d’après la biomasse produite, la quantité d’engrais que nécessite chaque parcelle. Bien d’autres applications des TIC seront possibles à l’avenir dans l’agriculture.

Si la technologie offre un gain de temps et d’efficacité, Daniel Dugerdil assure que, dans son cas, elle ne vole pas le travail des humains: «De toute manière, je n’aurais pas les moyens d’avoir un employé.» Antoine Grosjean (TDG)

Créé: 21.11.2017, 22h39

«Savoir gérer les nouveaux médias»

Cartable sur le dos et tablette dans la main, une poignée d’écoliers bâlois succède à la conseillère fédérale Doris Leuthard sur la grande scène aménagée au cœur de la gare de Zurich pour la Journée du digital. Accompagnés de leur enseignante, ils sourient nerveusement en direction du public. Dans quelques instants, ces élèves de 5e vont mettre à l’épreuve leurs connaissances numériques. Derrière eux, un écran géant où vont défiler des questions, et à des kilomètres de là, des écoliers tessinois et grisons se livreront en même temps au même exercice. «Si plus aucun ordinateur ne fonctionnait, lequel de ces outils continuerait de marcher, ou seulement en partie?» leur demande-t-on en substance. Un avion? Une radio? Un crayon?» Les écoliers lèvent le doigt, ravis d’avoir la réponse.
Pro Juventute présentait mardi le test «Pros des médias». La fondation a lancé il y a un an ce projet qui vise à évaluer les connaissances digitales des jeunes Suisses, de la 4e jusqu’à la 9e. Financé par Google, pour un montant non dévoilé, le questionnaire a déjà sondé plus de 16 000 Alémaniques. Une version italienne vient d’être créée et, dès le 6 février, les professeurs romands auront à leur disposition un test en français. «Comment s’informer ou acheter et vendre en ligne?» figurent parmi les thématiques abordées; «Peut-on télécharger un film ou ne pas donner son nom sur un réseau social?» parmi les interrogations.
Les élèves sont-ils équipés pour le virage numérique? Le test ne permet pas de tirer une conclusion globale. Son but est plutôt d’évaluer le niveau d’une classe et d’aider à trouver la méthode d’enseignement adaptée. «Il existe beaucoup de supports pédagogiques et c’est parfois difficile de s’y retrouver pour un enseignant. C’est l’un des grands défis actuels», explique la directrice de Pro Juventute, Katja Wiesendanger. L’enjeu est de taille, souligne-t-elle. Les jeunes Suisses surfent en moyenne 2 h 30 minutes par jour pendant la semaine et 3 h 40 minutes le week-end. «Ils doivent apprendre à gérer les nouveaux médias de manière responsable.» Gabriel Sassoon Zurich

Elite numérise ses matelas

Une entreprise d’Aubonne, Elite SA, a commencé à intégrer la numérisation dans ses activités en 2012. Son premier objectif visait à surmonter les dégâts du franc fort, sans avoir à délocaliser sa manufacture de matelas en Europe de l’Est ou en Extrême-Orient. Ce processus a abouti à une large offre de matelas en leasing. La demande provient notamment d’hôtels de luxe.
Dans ses efforts technologiques, Elite SA est aidée par une petite société de Renens, AgoraBee SA, spécialisée dans le suivi automatisé, à distance, d’équipements mobiles. Les savoir-faire de ces deux entreprises vaudoises ont permis le développement de services compétitifs.
La manufacture d’Aubonne propose en effet des matelas de haute qualité, dotés de capteurs. Ces derniers enregistrent les pressions et les mouvements sur les matelas lors de leur utilisation dans les hôtels. «Un algorithme permet en plus d’identifier le profil de la source des pressions et des mouvements: un client ou une femme de chambre», précise François Pugliese, directeur d’Elite SA.
Collectées et livrées à un logiciel, ces données sont ensuite traitées pour préparer et adresser les factures à chaque client, une fois par mois. Des prix sans appel: ils oscillent entre 50 centimes et 3 fr. 50 par nuitée, en fonction des dimensions. À cela s’ajoute un contrôle permanent de l’usure et de l’hygiène de chaque matelas, garantissant un entretien adéquat en tout temps ou un échange.
«Avec de tels tarifs, nous avons pu élargir notre clientèle: des cinq-étoiles aux quatre- et trois-étoiles», se félicite François Pugliese. Deux chiffres attestent l’énorme succès des efforts de numérisation chez Elite SA, fondée en 1895: la firme a multiplié son chiffre d’affaires par cinq en dix ans et ses effectifs par 3,5. P.RK.

L’essentiel

Digital Day
Mardi s’est tenue dans tout le pays la première Journée suisse du numérique imaginée par Doris Leuthard, présidente de la Confédération.

Objectif
Rassurer la population en rendant le virtuel concret et en faisant connaître les opportunités de la numérisation.

Exemple
À Aubonne, Élite a pris le virage digital en 2012. Son chiffre d’affaires a bondi grâce à ses matelas numérisés.

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