La folie des prix ne règne plus sur le marché de l'art

Art BaselCertes, cette 50e édition d’Art Basel va encore voir des cotes s’envoler, mais l’ère de la spéculation à tous crins touche à sa fin.

Cette oeuvre baptisée

Cette oeuvre baptisée "Life Dress", de l'artiste Alicia Framis, est présentée cette année à Art Basel. Trouvera t-elle preneur et à quel prix? Image: Keystone

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De façon pudique, les experts appellent cela «une consolidation du marché». En sourdine, on craint plutôt l’éclatement de la bulle spéculative qui s’est emparé du commerce de l’art après le krach financier mondial de 2008. Pour preuve, les artistes chinois – petits chouchous des investisseurs en folie – ont vu la valeur de leurs œuvres plonger de 22% l’an dernier. Pour preuve encore, une célèbre toile de Giovanni Giacometti, «Blick über Capolago auf den Silsersee», s’était vendue 1,3 million de francs en mai 2008 chez Sotheby’s. «Elle ne dépasserait plus les 500 000, voire 800 000 francs aujourd’hui», affirme l’expert en art Thomas Boller. Pour preuve, enfin, la majorité des galeries mondiales ont vu leurs ventes chuter de 18% en 2018.

Art Basel 2019 a ouvert ses portes lundi aux VIP, aux collectionneurs et aux marchands d’art. Dès jeudi et jusqu’à dimanche, le grand public pourra visiter ce qui reste la plus grande foire d’exposition d’art moderne et contemporain du monde. Y seront présentes 290 galeries de 34 pays, avec une fréquentation attendue de près de 100 000 visiteurs. Selon l’assureur AXA, la valeur totale des œuvres atteint 3,5 milliards de francs, avec quelques pièces de stars, comme cette sculpture baptisée «Sacred Heart» de plus de 3,60 m de haut de Jeff Koons au prix affiché de 22 millions de dollars, une toile de John Baldessari estimée à 8 millions de francs ou un portrait de son fils, signé Picasso, d’une valeur de 7 millions de francs.

On ignore par ailleurs ce que des galeristes ou des marchands d’art vont présenter dans les douze showrooms privés que la direction d’Art Basel met désormais à disposition des acquéreurs voulant garder l’anonymat, situés à une dizaine de minutes de la Messeplatz de Bâle et que les vendeurs louent 3000 francs les deux heures. «Les collectionneurs préfèrent cette discrétion et cette tranquillité», affirme Dorothee Dines, porte-parole d’Art Basel, à Bloomberg.

Un fossé grandissant

Mais, comme le démontre l’«Art Basel and UBS Global Art Market Report 2019», le marché de l’art contemporain affiche désormais un fossé grandissant entre les grandes galeries – telles les David Zwirner ou Gagosian de New York ou Sprüth Magers de Berlin – dont le chiffre d’affaires ne cesse de progresser et les petites et moyennes. La première catégorie, qui affiche un chiffre d’affaires annuel de 10 à 50 millions de dollars et qui domine ce marché opaque en monopolisant les artistes stars, a ainsi vu ses revenus croître de 17% en 2018, tandis que la seconde (moins de 250 000 dollars par an) tire la langue ou ferme ses portes.

Car, comme l’explique le directeur international de la foire, Marc Spiegler, les transactions se font de moins en moins dans les galeries, mais, précisément, dans des foires, des ventes aux enchères et, peu à peu, en ligne. «De plus, les artistes ont tendance à quitter les galeries qui les ont lancés pour rejoindre des structures plus solides et plus établies.» Mais, dans ce bouleversement global, il s’avère surtout que les nouveaux milliardaires chinois – qui ont longtemps dopé les prix – ont changé leur comportement.

«Ils ont acquis des connaissances, de la culture et, surtout, de la prudence, nous affirme un marchand d’art de la place qui préfère ne pas être cité. Ils distinguent désormais ce qui relève d’un placement sûr d’une mode passagère qui, d’une année sur l’autre, pouvait perdre la moitié de sa valeur.» C’est pourquoi on observe aujourd’hui la surenchère des cotes se concentrer sur les artistes décédés, tel ce record encore inégalé du «Salvator Mundi», attribué à Léonard de Vinci, vendu en 2017 pour 450 millions de dollars et que l’on aurait retrouvé sur un yacht du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Des chiffres contestables

Seul Jeff Koons marque encore les esprits. Sa sculpture «Rabbit» a atteint le chiffre de 91 millions de dollars le 15 mai dernier, lors d’une vente aux enchères de Christie’s à New York, un record absolu payé à un artiste vivant. Selon l’«Art Report 2019», les ventes globales ont progressé, l’an dernier, de 6%, à 67,4 milliards de dollars. Mais «ces études doivent être interprétées avec une méfiance proportionnelle à la qualité médiocre des données sur lesquelles elles se basent», nuance Nicolas Galley, professeur à l’Université de Zurich, dans une tribune publiée récemment dans «Le Temps». Ces chiffres ne seraient que l’arbre qui cache une forêt malade.

Créé: 11.06.2019, 20h04

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