La Chine de Xi Jinping veut rassurer les Occidentaux

CroissanceLa deuxième économie du monde ralentit. Pékin admet avoir besoin des investisseurs étrangers.

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On est resté avec l’image du gratin du Parti communiste chinois (PCC) perché sur le balcon de la Cité interdite le 1er octobre dernier. À l’occasion des 70 ans de la République populaire de Chine, les dirigeants chinois célébraient autant d’années de prospérité vantées comme le «miracle économique chinois» ayant sorti des dizaines de millions de citoyens de la pauvreté. Les mêmes caciques se retrouvent pour la quatrième session plénière du PCC, une réunion qui regroupe 370 hauts membres du pouvoir chinois. Cette fois, le sommet se joue à huis clos, entre les murs de l’hôtel Jing­xi, un bâtiment d’inspiration soviétique des années 50, entouré d’immeubles militaires, à l’ouest de la place Tian’anmen.

Entre-temps, Pékin a annoncé que son économie a progressé de 6% lors du troisième semestre 2019, son niveau le plus bas en trois décennies. Pour tenter de relancer l’économie, le pouvoir a entériné de vastes projets d’infrastructures publiques malgré une dette équivalente à 300% de son PIB. Vingt et un dossiers ont été lancés sur les neuf premiers mois de 2019, pour un montant estimé à plus de 700 milliards de yuans (plus de 100 milliards de dollars), soit deux fois plus élevé que l’an passé. Le ralentissement, anticipé d’après Pékin, s’accompagne également d’une inflation en hausse de 3% pour le mois de septembre par rapport à la même époque de l’an dernier. En cause, notamment, la peste porcine ayant décimé la filière chinoise, qui pourrait voir jusqu’à 200 millions de bêtes sacrifiées à cause du virus, soit l’équivalent de la moitié de la population porcine du pays. Les Chinois sont les premiers consommateurs de porc au monde, à hauteur de 50 millions de tonnes chaque année. Surtout, le porc pèse pour 12% dans l’indice des prix alimentaires et pour près de 3,5% dans l’indice global des prix à la consommation. Sa pénurie tire le coût de la viande de bœuf, de la volaille ou encore des œufs à la hausse. C’est donc le porte-monnaie du consommateur chinois qui est touché ainsi que son pouvoir d’achat, ce qui va à l’encontre de la promesse du gouvernement communiste, garant de la prospérité dans la Chine moderne.

Bonne nouvelle

Pourtant, Xi Jinping a choisi cette fin du mois d’octobre pour organiser ce quatrième plénum, tant attendu, près de six cents jours après la dernière édition, en février 2018; du jamais-vu depuis la fin de l’ère Mao. L’automne dernier, l’absence de réunion avait attisé les rumeurs concernant des dissensions à la tête de l’État chinois, notamment face à l’attitude à adopter dans la guerre commerciale livrée à Washington. Mais, bonne nouvelle pour l’économie chinoise et le président Xi Jinping, les négociateurs sino-américains s’affairent à régler les derniers détails de la «phase une» d’un accord qui mettrait fin à quinze mois de frictions commerciales. Les deux parties pourraient signer ce document le mois prochain lors du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique, au Chili, où Xi devrait rencontrer son homologue Donald Trump, qui s’est félicité des mains tendues par la Chine. «L’accord final n’est pas encore sur la table, mais des rumeurs de compromis font déjà surface, surtout en matière d’ouverture du marché chinois», estime Alex Payette, chercheur à l’Université de Toronto. Une nouvelle loi sur les investissements étrangers devrait voir le jour au début de l’année prochaine, favorable à la protection de la propriété intellectuelle et plus sévère sur le transfert forcé de technologie, deux demandes régulièrement mises sur la table des négociations par le camp américain.

L’étranger bienvenu

Début octobre, à l’occasion d’un sommet sur les multinationales, le président Xi Jinping a tenu à souligner «le rôle positif des entreprises étrangères dans le développement économique de la Chine de ces quarante dernières années» avant d’affirmer que les entrepreneurs du monde entier étaient les «bienvenus», à l’heure où l’économie chinoise toussote.

Créé: 29.10.2019, 17h39

Bref apaisement sur le front américain

Décidément, dans la guerre des nerfs que la Chine et les États-Unis se livrent, les nouvelles se succèdent et se contredisent. Lundi, une déclaration de Donald Trump faisait écho à celle tenue par le gouvernement chinois quelques jours plus tôt. La proposition laissait entrevoir la possibilité d’un apaisement entre les deux grandes puissances. «Nous cherchons à avancer le calendrier pour signer une partie importante de l’accord (commercial) avec la Chine», déclarait le président américain.
Mais, à peine vingt-quatre heures plus tard, les tensions sont reparties de plus belle entre les deux États. En proposant d’interdire aux opérateurs locaux l’achat d’équipements des géants chinois Huawei et ZTE avec de l’argent public, la FCC (régulateur américain des télécoms) a remis de l’huile sur le feu. «Nous sommes fermement opposés à ce que les États-Unis, en recourant à des accusations injustifiées et sans preuve, abusent de l’autorité de l’État pour réprimer des entreprises chinoises», a réagi Geng Shuang, un porte-parole du Ministère chinois des affaires étrangères.
Du côté américain, l’argumentaire rappelle celui utilisé il y a quelques mois par Washington pour s’opposer à la présence sur son sol des appareils fabriqués par Huawei. Le président de la FCC, Ajit Pai, parle en effet d’une menace pour la sécurité nationale. «Nous ne pouvons ignorer le risque que le gouvernement chinois exploite les vulnérabilités du réseau afin de se livrer à de l’espionnage, d’insérer des virus et de compromettre nos réseaux de communication essentiels», explique-t-il.
Alors que les plus optimistes escomptent la signature d’un accord d’ici à la mi-novembre – lors du sommet de l’Association des pays riverains du Pacifique au Chili –, beaucoup se demandent si un tel agenda sera vraiment tenable ou si un prochain tweet du président américain ne risque pas de tout bouleverser une nouvelle fois. O.W. avec les agences

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