L’euro à marée haute

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La monnaie unique s’approche insensiblement d’un niveau qu’on peut considérer comme pratiquement équivalent au cours plancher introduit en septembre 2011 et dont la levée trois ans et demi plus tard avait suscité tant de protestations. A 1,10 franc aujourd’hui et bientôt peut-être 1,15 franc, cours que les stratèges d’UBS considèrent à portée de main, l’euro sera en effet à la fois supportable pour les exportateurs et proche en valeur réelle (c’est-à-dire inflation déduite) de son niveau d’alors, sans que pour cela la Banque nationale ait eu à intervenir. En forçant le trait, on ira même jusqu’à suggérer que les circonstances actuelles permettraient à la BNS de se défaire d’une partie du stock colossal de devises qu’elle a été contrainte d’accumuler pour empêcher une trop forte appréciation du franc. En outre et sans rien faire d’autre elle empochera, si la tendance se confirme, une jolie plus-value que la Confédération et les cantons se réjouissent sans doute déjà de se partager. Comment expliquer cette remontée de l’euro ? Le point de départ de son ascension coïncide assez exactement avec les résultats du premier tour de l’élection présidentielle française où il était apparu qu’Emmanuel Macron, sorti en tête, avait toutes les chances de l’emporter. La vision économique du futur nouveau président avait ravi les milieux économiques et financiers, moins pour sa cohérence, loin d’être parfaite en tous points, qu’en ce qu’elle tranche avec le chaos qu’aurait signifié une victoire de l’extrême droite. Le soulagement général d’avoir ainsi échappé au pire a manifestement compté pour beaucoup dans le retour d’optimisme qu’on a pu constater sur le marché des changes. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, les conjoncturistes de l’Union européenne viennent de relever le taux de croissance attendu pour la zone euro, et même si le gain est mineur (un petit 0,1%), il confirme une tendance à l’amélioration observée depuis quelques mois. Enfin et comme pour faire bonne mesure, la victoire de la CDU aux élections régionales de Rhénanie-du-Nord-Westphalie aura achevé de convaincre les sceptiques des chances de réussite du camp conservateur, et rassuré du même coup les milieux d’affaires. Bref, l’euro est à marée haute, et le franc qui lui sert de jauge se retrouve à mi-hauteur. La trajectoire en dents de scie de la relation entre les deux monnaies en dit long sur la composition des comptes extérieurs de la Suisse. Le solde structurellement excédentaire de sa balance courante, de l’ordre de 70 milliards par année, apparaît relativement stable, de sorte que tout se joue, au final, à travers les mouvements de capitaux, extrêmement variables d’une année à l’autre : quand l’inquiétude domine, l’étranger achète du franc pendant qu’ici on cesse de placer ses avoirs à l’extérieur ou on en rapatrie même une partie, et la BNS n’a alors d’autre choix, pour empêcher l’envolée du franc, que de se substituer aux mouvements de portefeuille privés, qui bougent à l’occasion par centaines de milliards au cours d’une seule année. Sous cet angle, la Suisse s’apparente davantage à une holding financière qu’à une place industrielle et commerciale, et la stabilité de sa monnaie dépendra toujours du va-et-vient, plus ou moins bien amorti par les interventions de la BNS, des bientôt mille milliards de sa position extérieure nette. Marian Stepczynski (TDG)

Créé: 15.05.2017, 14h34

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