L’échec de Sunrise fragilise l’ex-Cablecom

TélécomsLe directoire et le conseil d’administration de Sunrise préfèrent reporter l’absorption d’UPC Suisse. L’incertitude pèse de plus en plus sur l’avenir du câblo-opérateur.

Pour l'heure, Sunrise n'absorbera pas UPC Suisse (ex-Cablecom).

Pour l'heure, Sunrise n'absorbera pas UPC Suisse (ex-Cablecom). Image: CHRIS BLASER/ARCHIVES

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Décidément! Le marché suisse des télécommunications continue de nous surprendre. Le numéro 2 de la branche, Sunrise, annule une assemblée générale extraordinaire, vingt-quatre heures avant sa tenue. Les actionnaires étaient pourtant convoqués pour prendre une décision cruciale. Celle-ci ne paraît pas définitivement abandonnée. Le sort de l’une des deux firmes les plus concernées paraît toutefois incertain: UPC Suisse (ex-Cablecom).

Retour sur un incident stupéfiant. Le 27 février au soir, Sunrise annonçait son intention d’absorber UPC Suisse. Montant de cette transaction: 6,3 milliards de francs. Par cette opération, le numéro 2 du marché suisse des télécoms, très en pointe sur le mobile, se serait significativement renforcé sur le fixe, en se dotant d’un réseau de fibres optiques s’étendant sur 17'500 km. Sans oublier quelques atouts non négligeables en télévision, comme l’offre en divertissements sportifs «MySports». L’opération reste toutefois trop onéreuse aux yeux des investisseurs. Le cours de l’action s’en ressent.

Les responsables de Sunrise ont cependant tenu jusqu’au bout à leur projet. Ils ont multiplié les efforts de persuasion auprès des actionnaires les plus importants. L’augmentation de capital prévue pour cette absorption est passée, en quelques mois, de 4,1 milliards de francs à 2,8 milliards. C’est encore trop. D’importants actionnaires se mobilisent contre ce projet. A l’instar du groupe allemand Freenet, accompagné d’homologues réputés pour leur activisme, comme le luxembourgeois Active Ownership Capital. Tenant compte du poids des droits de vote qui leur sont associés, ces prises de position ont poussé les présidents du conseil d’administration et du directoire de Sunrise à renoncer à l’assemblée générale extraordinaire de mercredi 23 octobre.

Absorption en sursis

«Les dirigeants de Sunrise ont donc finalement pris une décision pour ne pas aller se faire lyncher», estime Pascal Martin, expert du marché suisse des télécoms et directeur du site internet scal.ch. En dépit de l’annulation de l’assemblée générale, l’éventuelle absorption d’UPC Suisse par Sunrise reste cependant théoriquement possible. «Le contrat d’achat d’actions demeure en effet en vigueur jusqu’au 27 février 2020, à moins qu’il ne soit résilié avant par l’une ou l’autre partie», indique la direction de Sunrise. «L’acquisition d’UPC garde tout son sens»

Xavier Studer, responsable du blog high-tech et télécoms xavier.studer.com, insiste justement sur le fait que cette transaction lui paraît toujours pertinente: «Rappelons d’abord que le prix à payer pour un réseau comme celui d’UPC Suisse s’avère difficile à évaluer exactement. Combien coûterait aujourd’hui la construction d’un réseau identique avec la prise dans le salon d’un million de ménages? Si c’était bon marché, Sunrise aurait déjà procédé à un tel investissement depuis belle lurette. Je pense dès lors que l’acquisition d’UPC Suisse par Sunrise garde tout son sens. Elle permettrait une véritable alternative à Swisscom, avec un numéro 2 doté autant d’un réseau mobile que d’un réseau fixe. A cela doit s’ajouter le développement persistant de Salt dans la fibre optique pour le Net et la télévision. La réalité d’un numéro 3 significatif sur le marché helvétique épargnerait aux consommateurs les désagréments d’un duopole.»

«Situation alarmante d’UPC Suisse»

Après la décision annoncée par Sunrise, les grands doutes semblent en fait se concentrer sur le sort d’UPC Suisse. «Après avoir tout misé sur son rachat par Sunrise, le réveil a été terrible mardi matin pour la société. Sa situation est alarmante avec une perte continuelle de clients depuis de nombreux trimestres. Non seulement en télévision, mais aussi sur le Net. UPC Suisse risque donc bien, finalement, de finir dans les mains de Sunrise ou de Xavier Niel, le propriétaire de Salt. Mais à un prix nettement inférieur à celui d’aujourd’hui», prévoit Pascal Martin. Xavier Studer estime pour sa part difficile d’avoir une idée exacte de l’état de santé d’UPC Suisse, peu transparente sur ses propres résultats.

Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners, se pose néanmoins des questions de fond sur l’avenir d’UPC Suisse: «Est-ce que cette société peut s’en sortir seule, alors que le câble tend déjà à disparaître aux Etats-Unis, alors que le streaming tend à devenir dominant sur tout le marché de la télévision?»

Créé: 22.10.2019, 17h02

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