L’avenir économique de la Chine sera au cœur des débats à Davos

Forum économique mondialPékin misera-t-il sur un apaisement de la guerre commerciale avec Washington? Question centrale cette année au WEF.

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Les experts paraissent unanimes: l’économie mondiale ne court aucun risque de récession cette année. Il n’empêche que les trois principales puissances économiques de la planète subiront, simultanément, des pertes de croissance. Dans ce contexte, le 49e World Economic Forum (WEF) s’ouvre mardi à Davos avec un enjeu colossal: quelles seront les réponses de la Chine aux menaces américaines?

L’arme des droits de douane perçus sur les marchandises importées, maniée sans vergogne depuis le printemps dernier par Donald Trump, apparaît désormais comme un risque majeur. Un sondage, publié la semaine dernière par la fondation genevoise WEF, laisse en plus supposer que les hostilités commerciales sino-américaines vont encore s’aggraver en 2019.

«Nous allons vivre une année éprouvante, puisque la Maison-Blanche livrera des efforts accrus, visant à dégager la Chine du marché américain. Cet objectif ne s’arrête pas au secteur des hautes technologies, comme peut le laisser penser la controverse liée à la firme Huawei. Il s’étendra à des choses beaucoup plus banales, comme des chaussures, des jouets ou des matériaux comme l’acier», prévient Howard Yu, grand connaisseur de la Chine populaire, enseignant à l’IMD (École internationale de management), à Lausanne.

Inquiétudes à Berne

La guerre commerciale inspire aussi de vives inquiétudes en Suisse, comme le démontrait la semaine dernière le rapport du Conseil fédéral sur la politique économique extérieure: «Le commerce international est confronté à une escalade de mesures protectionnistes et de contre-mesures entre les puissances commerciales. Et la Suisse serait fortement affectée par l’érosion de l’ordre commercial multilatéral.»

Au zèle douanier du 45e président des États-Unis s’ajouteront des reculs de croissance simultanés, dans les trois principales économies du monde: les États-Unis, la Chine et l’Union européenne. Du coup, avec ou sans récession, plus aucun expert ne se déclare vraiment optimisme. Parmi les moins pessimistes, les économistes du groupe financier néerlandais ING prévoient une croissance appréciable de 2,4% du PIB (produit intérieur brut) cette année chez l’Oncle Sam, contre 2,9% l’an dernier.

La stimulation artificielle de 2018 aux États-Unis, avec des baisses fiscales, ne se répétera pas cette année

Jérôme Schupp, Analyste actions chez Prime Partners

«Mais la stimulation artificielle de 2018, avec des baisses fiscales, ne se répétera pas cette année», avertit Jérôme Schupp, analyste actions chez Prime Partners, à Genève. L’économie américaine commence en plus sa dixième année consécutive de croissance. Cette durée exceptionnelle laisse présager avant tout un retournement imminent du cycle encore en cours.

Philipp Hildebrand, ex-président du directoire de la Banque nationale suisse et actuel vice-président du plus grand fonds d’investissement du monde, BlackRock, annonce pour sa part un retour en force des risques de récession aux États-Unis dès 2020, année d’élection présidentielle.

Sur le Vieux-Continent, le tableau ne s’avère guère enthousiasmant non plus. L’année dernière est encore marquée par un PIB quasi stagnant en zone euro au troisième trimestre et même en légère baisse en Allemagne. En novembre, la production industrielle a reculé dans l’Union monétaire (moins 1,7%), outre-Rhin (moins 1,9%), en France (moins 1,3%) et en Italie (moins 1,6%).

Forte dette publique

Dans ce contexte, le haut degré d’endettement mondial diminue la marge de manœuvre des pouvoirs publics pour favoriser une relance des activités. À ce propos, le cas de la Chine s’avère tout particulièrement dangereux. L’agence de notation Standard & Poor’s dévoilait l’automne dernier un endettement d’autorités locales atteignant environ 5200 milliards de dollars (à peu près autant en francs) dans l’Empire du Milieu.

«La dette publique des gouvernements locaux augmente depuis des années. Si la Chine, deuxième économie de la planète, implose, je ne peux même pas m’imaginer ce que la population mondiale aurait à endurer au cours de la prochaine décennie», reconnaît Howard Yu.

Du fait de son régime de frein à l’endettement, la Suisse bénéficie actuellement d’un isolement relativement réjouissant en matière de dette publique. Mais le pays n’en est évidemment pas moins exposé aux risques d’un ralentissement économique général. Près de 40% de son PIB provient d’exportations. Sa dépendance envers le marché chinois s’accroît en plus à une cadence folle: ses exportations destinées à la patrie de Mao ont contribué à 0,4% de son PIB en 2004, contre 5% dix ans plus tard. Chiffre impressionnant au regard de seulement 3% pour l’Allemagne, la même année.

Chômage en baisse

Mais ne cédons pas à l’affolement! «Après une progression de 2,5% du PIB suisse l’an dernier, nous nous attendons encore à une solide croissance à 1,5% cette année. Au cours des deux dernières années, le chômage a continué de baisser dans notre pays. À l’occasion d’un sondage auprès de 2500 entreprises, en automne, nous avons constaté que beaucoup d’entre elles prévoient de créer encore de nouveaux emplois cette année», indique le chef économiste d’UBS Suisse, Daniel Kalt.

Jérôme Schupp garde lui-même une réelle confiance dans l’économie helvétique: «Tant la consommation des ménages que celle des pouvoirs publics, sans oublier les exportations, devraient afficher une progression cette année. Il est néanmoins vrai que, ces derniers mois, les nuages se sont amoncelés sur l’économie mondiale. Et la guerre commerciale a déjà eu des effets concrets, avec un ralentissement des investissements dans toutes les régions du monde.»

Créé: 20.01.2019, 21h38

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