L’appel de Microsoft ravive la crainte de Big Brother

Intelligence artificielleLe géant américain exhorte à légiférer sur la reconnaissance faciale – à l’opposé de Google. La PME OneVisage alerte sur l’enjeu actuel.

Les visiteurs du Salon public de la sécurité de Shenzhen, en Chine, testent la reconnaissance faciale sur le stand de Face++.

Les visiteurs du Salon public de la sécurité de Shenzhen, en Chine, testent la reconnaissance faciale sur le stand de Face++. Image: Bobby Yip/Reuters

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L’arrestation de l’une des dirigeantes du géant chinois des télécoms Huawei n’est pas la seule affaire à relancer la crainte d’une surveillance digne de celle promise dans le célèbre roman de George Orwell «1984». La semaine dernière, Brad Smith, un des dirigeants historiques de Microsoft, a exhorté Washington «à légiférer dès 2019 sur l’usage des technologies de reconnaissance faciale», qu’il compare à «un génie déjà sorti de sa bouteille».

Le responsable juridique de la multinationale – qui vend elle-même des algorithmes pour reconnaître, par exemple, des personnes dans la foule d’un centre commercial – a annoncé l’adoption de six principes afin d’en encadrer l’utilisation. Une ingérence de la puissance publique à laquelle Google n’est pas favorable. Dans une interview publiée mercredi par le «Washington Post», Sundar Pichai, le patron de la multinationale dominant internet, a estimé que les entreprises actives dans l’intelligence artificielle devaient «s’autoréguler». À ses yeux, «réguler une technologie naissante est difficile».

L’œil de Pékin

Développés depuis deux décennies, les systèmes permettant d’identifier un individu d’après les images de caméras de surveillance voient aujourd’hui leur adoption se généraliser – avec pour seule limite la puissance des ordinateurs capables de traiter ces milliers de visages en temps réel. Cette année, tous les regards se sont tournés vers la Chine, dont le gouvernement tente d’exploiter un maillage de 200 millions de caméras – quatre fois plus qu’aux États-Unis. Les images d’écrans affichant, à une intersection de Shenzhen, le nom des piétons traversant la rue en dehors des clous ont fait le tour du monde.

Les milieux financiers ont repéré le filon. «L’an dernier, le secteur chinois de l’intelligence artificielle a attiré plus d’investissements que celui des États-Unis; à chaque dollar investi dans une start-up du secteur dans le monde, près de la moitié l’a été dans une société chinoise», écrit John Plassard, analyste consultant pour Mirabaud Securities. La plus en vue reste SenseTime, qui a décroché plus d’un milliard de dollars au printemps. Cet éditeur de logiciels utilisés dans la vidéosurveillance et la vérification des clients serait aujourd’hui valorisé plus de 4,5 milliards de dollars. Soit déjà le tiers de ce que vaut une multinationale comme Swatch. Également chinois, son rival Megvii a de son côté mis en place Face++, la plus vaste plateforme d’outils de reconnaissance faciale, utilisée par 300 000 développeurs.

L’Europe mène la riposte

Les propositions de législation du responsable de Microsoft restent limitées. Il demande d’exiger que les consommateurs soient avertis de leur identification – et qu’ils puissent y consentir. Autre exigence minimale: soumettre le recours à cette surveillance par les forces de l’ordre au feu vert d’un juge.

De telles règles sont déjà une réalité en Europe, avec l’adoption, en mai dernier, de la loi sur la protection des données personnelles (GDPR) – qui concerne aussi bien les vidéos d’une personne que ses empreintes digitales. Ces normes s’imposent également en Suisse aux sociétés actives en Europe. «La GDPR est un ensemble de grands principes, mais elle manque de standards techniques encadrant les différents niveaux de reconnaissance faciale afin d’éviter la fuite des données vers les parties tierces», pointe Christophe Remillet, fondateur de la société OneVisage, à Lausanne.

Ce dernier rappelle l’alerte provoquée il y a un an, lorsqu’Apple avait admis que son système d’identification faciale 3D pouvait être accessible à des «parties tierces». Les données biométriques «sont très spécifiques» en raison «du risque lié à leur usurpation», prévient le patron de cette start-up proposant un système de reconnaissance faciale 3D des clients, notamment à des banques. Par rapport au vol d’un code secret, «cela signifie en effet que des individus peuvent perdre, à vie, leur identité digitale», poursuit le spécialiste. L’enjeu est tel qu’il nécessite, à ses yeux, «une remise à plat totale de la façon dont les données personnelles sont monétisées à tout va».

L’impulsion ne viendra pas des États-Unis. «Leurs plus grandes multinationales – Facebook et Google en tête – vivent de cette revente de données personnelles», rappelle le patron de cette PME lancée en 2016. Ce qui signifie que tout projet de réglementation venant de Washington «devra être surveillé de près, en raison des enjeux financiers considérables auxquels il s’attaquera».

(TDG)

Créé: 13.12.2018, 20h25

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