"L'Europe aurait tort d'écarter la Suisse de ses programmes de recherche"

InnovationLes universités et les hautes écoles pourraient faire les frais des tensions qui règnent entre l’UE et Berne. Réactions inquiètes.

Pour l’heure, la Suisse participe comme les autres États membres de l’UE aux grands programmes scientifiques du Vieux-Continent et à leur financement (4,4 milliards de francs entre 2014 et 2020).

Pour l’heure, la Suisse participe comme les autres États membres de l’UE aux grands programmes scientifiques du Vieux-Continent et à leur financement (4,4 milliards de francs entre 2014 et 2020). Image: Keystone

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Le Conseil fédéral avait déjà été averti cet été que le statut de la Suisse au sein des programmes de recherche de l’Union européenne pourrait être modifié, mais il n’en connaissait pas encore les contours. Mercredi dernier, les choses se sont accélérées, puisque la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement européen a suivi le souhait de Bruxelles de rétrograder la Suisse et le Royaume-Uni en catégorie 4 de participation à ces programmes phares, soit celle des «pays et territoires tiers», alors qu’elle appartient encore à la catégorie 1, au même titre que les États de l’UE et de l’AELE.

Mercredi prochain, ce sera au tour du Parlement européen in corpore de voter ce nouveau projet de loi qui définit les contours d’Horizon Europe, doté d’un financement de 100 milliards d’euros et qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021. Puis au tour des États membres de l’UE. La messe n’est donc pas dite, mais nous avons demandé à Benoît Dubuis, directeur de la Fondation Campus Biotech Genève et membre de l’Académie suisse des sciences techniques, ce qu’une telle dégradation pourrait signifier pour la Suisse.

Quelles seraient les conséquences pour la recherche si nous devenions un État tiers?

Elles seraient loin d’être négligeables. Cette relégation en catégorie 4 pourrait à l’avenir restreindre la participation helvétique au futur programme-cadre Horizon Europe ou la soumettre à des conditions supplémentaires.

Lesquelles?

La Suisse pourrait ne plus être en mesure de coordonner des projets de recherche. Or, le leadership de projets est essentiel pour nos universités ou nos écoles polytechniques. En catégorie 4, l’EPFL n’aurait pas, en 2013, été désignée pilote et coordinatrice du Human Brain Project et pu recevoir à ce titre 1 milliard de francs sur dix ans. De même, les chercheurs suisses pourraient se voir exclus des bourses d’excellence délivrées par le Conseil européen de la recherche, dotées chaque année de 2 milliards de francs. Ce serait très grave car, il faut le savoir, la Suisse, grâce à l’excellence de ses hautes écoles et de ses institutions académiques, figure dans le top 5 des pays les plus récompensés par ces bourses prestigieuses, considérées comme la Ligue des champions de la recherche. En matière académique, l’EPFL et l’EPFZ se placent carrément en quatrième et cinquième positions, derrière trois universités britanniques. L’attractivité des nos universités seraient affaiblies.

Une catastrophe, donc?

Je garde espoir, car tout semble encore ouvert et ressortir davantage de la menace dans le contexte politique des négociations entre Berne et Bruxelles autour de l’accord institutionnel qui tarde à venir, ainsi que celles qui se déroulent actuellement autour du Brexit. Mais je relève que l’Europe aurait au moins autant à perdre que nous si elle rétrogradait la Suisse. D’une part, et on l’a vu, elle se priverait de l’excellence du secteur scientifique et d’innovation helvétique. Depuis longtemps, la recherche ne fonctionne plus en silo, une université contre une autre, un domaine contre un autre, un pays contre un autre. Mais surtout, elle encourrait le risque de perdre la course de l’innovation face à ses plus grands concurrents.

Vous pensez aux États-Unis ou au Japon?

Oui, bien sûr, mais plus seulement. La Chine et l’Inde sont devenus des concurrents très sérieux dans les nouvelles technologies, de l’aérospatial à l’intelligence artificielle, en passant par les neurosciences ou les biotechs. Ces nouveaux «continents» en ont fini avec la copie. Ils défient aujourd’hui d’autres continents ou pays phares comme les États-Unis ou le Japon. Dès lors, plutôt que de se diviser et se priver partiellement de la Grande-Bretagne ou de la Suisse, l’Europe ferait mieux de s’unir face à ces États émergents. Les succès ne s’obtiennent qu’en équipes, dans la pluridisciplinarité, le partenariat et l’intelligence collective.

(TDG)

Créé: 22.11.2018, 20h10

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