L’Amérique, danger numéro un

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Quel que soit le résultat des élections de mi-mandat, la brutalité avec laquelle le président américain s’emploie à déstabiliser l’ordre économique mondial n’augure rien de bon. C’est le douloureux paradoxe de la situation actuelle. Que les républicains l’emportent ou que les démocrates fassent basculer la majorité à la Chambre, Donald Trump s’ingéniera, dans la mesure plus ou moins élargie de ses prérogatives, à durcir encore le ton et le contenu de son assaut contre tout ce qui pourrait s’opposer à son projet isolationniste et protectionniste, répété à l’envi, d’«America First». Les meilleurs économistes du pays, tels les nobélisés Paul Krugman et Joseph Stiglitz ou, moins marqués politiquement, Edmund Phelps et Angus Deaton, se rejoignent dans une commune dénonciation d’une politique qui ne peut que déboucher sur un atterrissage brutal de l’économie américaine et, partant, sur la fin de l’une des plus longues périodes de prospérité que les États-Unis aient connues.

En apparence, les faits contredisent le pessimisme des experts

En apparence, les faits contredisent le pessimisme des experts. Le chômage, à 3,7% de la population active, n’a jamais été aussi bas depuis près de cinquante ans, et le rythme annuel de croissance du produit intérieur brut a frisé les 4,2% au deuxième trimestre, quand celui de la zone euro dépassait juste les 2,1%. Ces performances éclatantes, dont l’administration Trump s’enorgueillit alors que le simple bon sens commande de les rapporter à des décisions budgétaires et monétaires prises bien en amont, sous les mandats d’Obama et en réponse surtout à la crise de 2007-2008, sont en réalité plus inquiétantes que réjouissantes, même si elles enchantent les milieux financiers. Car tout porte à croire qu’elles marquent le pic d’un cycle conjoncturel sur le point de s’achever. Or les «trumponomics» – cette façon trumpienne de conduire l’économie – restent aveugles devant l’évidence. «Is Trumponomics working? Not really», titrait prudemment le «Washington Post». C’est le moins qu’on puisse dire.

Une administration prudente et clairvoyante aurait salué la décision de la Réserve fédérale d’amorcer un relèvement graduel des taux d’intérêt. Au lieu de quoi un président fâché avec les principes économiques les plus élémentaires n’a rien trouvé de mieux que de renvoyer une présidente de la Fed aux compétences indiscutées pour la remplacer par un juriste jugé plus loyal (mais qui, conservant ô surprise le cap fixé par Janet Yellen, s’attire à son tour les foudres présidentielles), et continue de dérouler son lot de promesses de campagne en contradiction frontale avec ce dont l’économie américaine a le plus besoin, à savoir un retour à l’équilibre. Conséquence, la dette publique s’accroît au lieu de se réduire en proportion du PIB, et les baisses massives d’impôts, loin d’avoir profité à ceux qui en auraient eu le plus besoin, sont venus enrichir les ultrariches et alimenter la surchauffe comme de l’huile jetée sur le feu.

De tout cela, l’électorat républicain n’a cure, car ce qui compte pour lui dans la course à la majorité, ce n’est pas l’économie, de toute façon placée à son avis en bonnes mains, mais le contrôle de l’immigration et le rétablissement de la sécurité. Alors, la promesse d’envoyer des milliers de militaires à la frontière «pour stopper l’invasion» a plus d’effet à ses yeux que ce qui permettrait de stabiliser la conjoncture. Dramatique détournement d’attention, car une plongée des États-Unis dans une nouvelle crise ne nuirait pas seulement à la première puissance économique, mais entraînerait dans sa chute l’ensemble du monde, qui venait juste de s’extraire de la précédente. L’Amérique, donc, est le danger numéro un. (TDG)

Créé: 05.11.2018, 19h18


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