Energy Vault obtient 100 millions pour empiler ses tours de béton électriques

Énergies renouvelables La PME tessinoise convainc le Softbank Vision Fund, l’un des grands bailleurs de fonds de la Silicon Valley.

Une image de synthèse du projet, tel qu'il pourrait se concrétiser.

Une image de synthèse du projet, tel qu'il pourrait se concrétiser. Image: BUSINESS WIRE

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Les froncements de sourcils que suscitait l’évocation des châteaux de cartes imaginés par une PME tessinoise ont disparu vendredi. Softbank, le conglomérat bâti par le pionnier japonais de l’ère internet, a en effet annoncé la veille avoir déposé sur le bureau des dirigeants d’Energy Vault 100 millions de dollars en échange d’un pan du capital de leur société.

De quoi leur permettre de tester en grandeur réelle leurs insolites centrales électriques en blocs de béton, dont un modèle réduit est testé depuis plus d’un an dans une zone industrielle de Biasca (TI).

La simplicité – sur le papier – du concept mis en avant par Andrea Pedretti et Robert Piconi explique la fascination et les doutes entourant ces batteries de pierre. L’idée consiste en effet à utiliser une partie du trop-plein de courant fourni sur un réseau alimenté par des éoliennes ou des panneaux solaires – par exemple en période de fort ensoleillement – afin d’empiler, à l’aide de grues électriques, des dizaines de bloc de béton de 35 tonnes, le long d’une tour de 120 mètres de haut. Soit pas loin de la hauteur du Jet d’eau de Genève.

En période de déficit de courant, le réseau peut être alimenté en laissant filer les blocs au bout des six bras de grue. Une force qui permet, selon les concepteurs, de fournir une décharge continue de 4 à 8 mégawatts durant huit à seize heures. Basée sur la seule force gravitationnelle, la chute de cet empilement de blocs de béton en ferait donc une batterie géante, uniquement mécanique, à même de stocker 35 MWh.

Barrage vertical

Le principe est inspiré des barrages alpins remontant l’eau dans leur lac de retenue par pompage. Des bassins qui représentent un stock de plusieurs centaines de MWh. Aujourd’hui, les barrages représentent les 9 dixièmes des capacités de stockage d’électricité dans le monde. Selon Energy Vault, ses tours seraient capables de restituer près de 90% de l’électricité retenue, une part plus importante que celle «rendue» par les barrages fonctionnant par pompage turbinage.

Cette technologie entre-t-elle en concurrence avec les batteries industrielles électrochimiques fournies par Leclanché et utilisées notamment pour la régulation des réseaux d’électricité renouvelable? Le groupe basé à Yverdon indiquait à la fin de l’an dernier avoir installé dans le monde des centres de stockage électrique totalisant 100 MWh de capacité.

Pour le directeur technique et industriel du groupe vaudois, les applications d’Energy Vault apparaissent complémentaires aux siennes. «Il y a une myriade de technologies de stockage et celle-ci porte – comme les barrages – sur la longue durée», explique Pierre Blanc. «De notre côté, nous déployons une technologie de puissance fournissant entre 15 minutes et 4 heures de stockage – non seulement utilisables pour les réseaux, mais également dans la mobilité électrique par des bus, train ou ferry», explique ce responsable de Leclanché.

Une PME très californienne

L’ingénieur civil Andrea Pedretti est à l’origine de cette technique inédite. Il avait fait parler de lui il y a une quinzaine d’années en mettant au point des poutres pneumatiques, installées notamment sous le toit du parking de la gare de Montreux. Passé par de grands groupes comme Nokia et ayant étudié et travaillé aux États-Unis, Robert Piconi, patron d’Energy Vault, a permis de nouer le contact avec la Californie.

À la tête du conseil d’administration figure un pionnier de la Silicon Valley, qui a mis sur orbite des dizaines de start-up: Bill Gross, fondateur de l’incubateur Idealab Studio – dans lequel a été formellement créée Energy Vault. De quoi retenir l’attention du Softbank Vision Fund, fonds gérant des participations dans plus d’une soixantaine de sociétés, dont Uber ou Nvidia.

Il reste maintenant aux concepteurs de ces tours batteries à régler les systèmes automatisés, qui laissent filer au sol des blocs de béton de la taille d’un container à un endroit défini au centimètre près, en conditions réelles – en tenant compte par exemple des oscillations induites par le vent. Et à assurer le fonctionnement de ce mobile géant des années durant, avant de les déployer autour du globe.

Ils disposent de 100 millions de dollars pour cela. Une tour grandeur nature de 35 MWh de capacité doit être achevée d’ici à la fin de l’année au sud de Milan. L’électricien indien TataPower en a commandé une autre, qui sera construite ces prochains mois.

Montant inhabituel en Suisse

Cet appui financier obtenu auprès de l’un des bailleurs de fonds les plus influents de la Silicon Valley est l’un des plus importants décrochés cette année par une start-up helvétique. En 2018, les 100 millions de francs posés sur SEBA Crypto à Zoug avaient représenté le plus gros pari effectué par des sociétés dites de «capital-risque», selon le bilan de Startupticker.ch.

Energy Vault représente «de loin le plus important investissement dont ait bénéficié une start-up du secteur des cleantechs (ndlr: innovation environnementale)», confirme l’un des responsables de ce réseau dépendant de l’agence fédérale InnoSuisse.

Créé: 16.08.2019, 21h26

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