Ces milliards de la BNS à portée de main…

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Les 33 et quelques milliards de francs de bénéfice affichés par la BNS au 30 septembre 2017 interloquent beaucoup de lecteurs, qui ne comprennent pas pourquoi d’aussi somptueux profits ne donneront lieu en fin d’année, s’ils se concrétisent, ce qui est plus que probable, qu’à une maigre distribution à la Confédération et aux cantons, au lieu par exemple de venir soulager les comptes de l’AVS ou ceux de la santé. Comment ne pas condamner, s’exclame l’un d’eux, «une réalité aberrante qui veut que dans un pays aussi riche que le nôtre, un tiers des ménages touche une aide sociale?»

C’est toute l’ambiguïté de la situation monétaire actuelle. Le franc, valeur refuge par excellence – excellence portée par la sagesse des institutions autant que par les vertus au travail de tout un peuple – est de façon assez paradoxale la cause de biens des tourments lorsque des circonstances extérieures le poussent à la hausse. Si la BNS laisse faire, le cours de change s’élève exagérément et détruit la capacité de concurrence des exportateurs et des producteurs locaux menacés par les importations à bas prix.

Pourquoi le bénéfice (déficit) de notre Banque nationale suisse se mesure en dizaines de milliards

Si par contre cette même BNS intervient pour tenter de freiner une revalorisation excessive du franc, elle accumule des monnaies étrangères en quantités qui peuvent devenir phénoménales: depuis 2000, les placements de devises de la Banque se sont ainsi multipliés par 15 (quinze!), pour atteindre aux dernières nouvelles l’équivalent de 761 milliards de francs, soit davantage que le produit intérieur brut de la Suisse (659 milliards à fin 2016).

La moindre variation du cours de change du franc entraîne désormais une forte fluctuation du résultat net des opérations sur devises, estimées à leur valeur de marché à la date de clôture des comptes. Au fur et à mesure du gonflement de son bilan, le résultat net de la BNS prend en effet davantage d’ampleur. Alors que, au début des années 2000, il dépassait rarement les 2 milliards (même la perte de 2008, au paroxysme de la crise, demeura inférieure à 5 milliards), son résultat se compte depuis lors par dizaines de milliards: bénéfice record de 38,3 milliards en 2014 et perte, presque aussi impressionnante, de 23,3 milliards en 2015. L’euphorie actuelle des marchés financiers, liée à l’embellie conjoncturelle générale qui profite à l’euro et plus récemment au dollar, annonce donc de nouveaux bouclements prodigieux pour la BNS. Mais quid de la suite?

Il y a de solides raisons pour entourer les distributions actuelles et futures de bénéfices d’une certaine prudence, comme le veut la convention passée entre la BNS et le Département fédéral des finances. Mais il faudra bien s’interroger un jour sur ce que signifie, véritablement, la masse de créances sur le reste du monde inscrites à l’actif du bilan de la Banque. Cette richesse, bien que partiellement réversible (dans le cas où, par extraordinaire, la BNS devrait non plus freiner la hausse, mais au contraire empêcher une baisse excessive du franc), est la richesse de tout le pays, et l’on n’élude pas la question en ne faisant d’elle qu’une marge de manœuvre réservée à la politique monétaire. En répartir plus largement le produit par le truchement d’un fonds souverain qui en serait partiellement l’héritier, ou en réservant la distribution de monnaie à la seule BNS comme le veut l’initiative Monnaie pleine, sont l’une comme l’autre des idées nées de cette interrogation. Au moins débattons-en. (TDG)

Créé: 08.11.2017, 13h35

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