Ces métiers dont le taux de chômage dépasse 8%

EmploiDepuis cet été, les employeurs doivent annoncer aux ORP les postes vacants si le taux de chômage atteint 8% dans une profession

Dans le bâtiment, le personnel qualifié reste une denrée trop rare.

Dans le bâtiment, le personnel qualifié reste une denrée trop rare. Image: Keystone

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Prière de s’annoncer, ou plutôt d’annoncer. Depuis cet été, Berne oblige les employeurs à livrer en primeur aux Offices régionaux de placement (ORP) les postes à repourvoir si le taux de chômage atteint 8% dans une profession (ce seuil sera abaissé à 5% à la fin de 2019). Une mesure destinée à aider les chômeurs à remettre le pied à l’étrier. Quels sont les métiers qui remplissent ce critère, à l’heure où le taux de chômage a reculé à 2,4% en Suisse? Le plein-emploi, ou presque… Pourquoi le taux atteint-il 8% dans ces professions alors qu’il est souvent largement plus bas pour l’ensemble de la branche (lire l’encadré)? Pourquoi certains métiers rencontrent-ils des difficultés? Plongée dans la liste publiée par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), qui regroupe environ 34 000 personnes sur les 106 000 chômeurs que compte le pays.

Le gros œuvre à la peine

On construit beaucoup en Suisse. Pourtant, les chiffres du Seco mettent les professions du bâtiment en tête de liste de celles à fort taux de chômage (plus de 15%). Tous les métiers de la construction ne sont cependant pas logés à la même enseigne, tant s’en faut. De l’aide-monteur d’échafaudages aux manœuvres du bâtiment, le gros œuvre serait davantage touché que le second œuvre. Dans le domaine, il y a pléthore de gens peu formés pouvant facilement se retrouver sans emploi. À l’inverse, le personnel qualifié, titulaire d’un certificat fédéral de capacité (CFC) et/ou d’une expérience en béton, reste une denrée trop rare. «Nous peinons à trouver des spécialistes pour les jobs les plus pointus», confie une conseillère en placement dans le bâtiment, soucieuse de conserver l’anonymat. «Il est par exemple très difficile de trouver des ferblantiers, des machinistes de chantier, des coffreurs ou encore des plaquistes.»

L’âge et la pénibilité des métiers du bâtiment jouent également un rôle. «À 50 ou 55 ans, il peut être difficile pour un maçon ou un aide-maçon licencié de retrouver un emploi», explique Charles Vinzio, directeur à l’Office cantonal de l’emploi à Genève. Ce n’est pas tout. Les PME du secteur ont aussi été tentées ces dernières années de réduire la voilure pour diminuer les coûts fixes. Cela a contribué à faire grimper le taux de chômage dans le secteur. On sait que les travailleurs détachés sont légion dans la construction. «Les entreprises gardent un noyau dur de collaborateurs pour répondre aux appels d’offres, et font en parallèle appel aux agences de placement ou à des sous-traitants», analyse Charles Vinzio. À signaler que les chômeurs qui prennent des emplois en sous-traitance, réalisant par là des gains intermédiaires, restent inscrits sur les tabelles du chômage. La situation est donc contrastée dans le bâtiment.

La restauration sous pression

Les métiers de la restauration sont également très touchés. Le personnel de cuisine connaît un taux de chômage de 8,4%. Pourtant, le géant Adecco peine à recruter. «Dans la restauration, on a une pénurie de cuisiniers de tout type», relève Annalisa Job, directrice de la communication de l’agence de placement. Là aussi, les gens se retrouvant sur le carreau sont les moins bien formés. Le son de cloche n’est toutefois pas le même partout. «Nous avons dans nos bases de données des chefs de cuisine et des cuisiniers qualifiés», souligne Charles Vinzio.

L’ouverture du marché du travail entre l’Union européenne et la Suisse ainsi que la difficulté de la profession expliquent ce chiffre élevé. «Les horaires de coupures et le fait de travailler le week-end rendent la profession difficile, confirme le spécialiste genevois. Et si une personne n’arrive pas à tenir le rythme, le patron peut facilement changer d’employé avec la libre circulation.» Les conditions salariales seraient aussi un obstacle. «Un serveur non formé gagne un peu plus de 3400 francs, ce qui n’est pas très gratifiant», ajoute-t-il. Une situation qui n’est pas de nature à faire naître les vocations, d’où un taux de chômage élevé dans le domaine.

Le marketing et les relations publiques souffrent

Les professions en lien avec le marketing ne sont pas en reste, avec un taux de plus de 10%. Mais là également, le profil de la personne est déterminant. Trop nombreux, les généralistes n’ont plus la cote à l’heure du tout numérique. «Le secteur du marketing et des relations publiques est très exposé à la digitalisation», souligne Annalisa Job. Les spécialistes en marketing digital sont, eux, prisés. «Il y a pénurie de candidats», regrette la spécialiste.

Les restructurations économiques ont également eu un impact. De la banque aux multinationales, les postes en lien avec les relations publiques ont fondu. «Lorsque les budgets sont revus à la baisse, les entreprises sabrent dans la communication et le marketing», explique Charles Vinzio.

L’horlogerie aussi touchée

L’horlogerie est également concernée par l’obligation d’annonce, avec un taux de 9,3%. Malgré la reprise actuelle, le coup de frein observé dans le secteur des montres à partir 2015 a laissé des traces. Mais là encore, le profil des candidats s’avère déterminant. «Ce sont les petites mains de l’horlogerie, c’est-à-dire le personnel non qualifié, ceux qui réalisent un ou deux gestes sur une chaîne de production, qui sont les plus à risque», détaille Charles Vinzio. La situation n’est pas figée dans le domaine. Chez Adecco, on parle même d’un début de pénurie de personnel, d’un manque de spécialistes qualifiés. «Nous manquons d’opérateurs en horlogerie et de mécaniciens boîtier», détaille Annalisa Job.

Il semble bien que lorsque l’économie se fait orageuse, la clé pour résister passe par la spécialisation et la formation. Le bon vieux CFC a probablement encore de beaux jours devant lui. (TDG)

Créé: 07.09.2018, 17h04

Il faut simplifier la statistique sur les postes vacants

Pourquoi faire très compliqué quand c’est déjà compliqué? En matière d’obligation d’annonce des postes vacants à un Office régional de placement (ORP), la liste des professions NSP 2000 utilisée pour calculer le seuil de taux de chômage de 8% est longue: 388 genres de professions, lesquelles se déclinent parfois en dizaines de «sous-métiers». De nature à douter de la statistique?

À cet égard, le taux de chômage de 9,3% enregistré pour la catégorie «Autres professions de l’horlogerie» est intéressant. Cette dernière regroupe près de 40 professions différentes, qui vont de l’acheveur de boîtes en or au décalqueur sur cadrans en passant par les dessinateurs-stylistes en horlogerie. Pourtant, le taux de chômage publié par le Secrétariat d’État à l’économie pour la catégorie «montres» se monte à 3,8% en juin.

Des différences similaires apparaissent dans d’autres secteurs (restauration et construction notamment). «Il faut définir cinq à six catégories de métiers au maximum par branche d’activité», estime le conseiller national Jean-Pierre Grin (UDC/VD), qui a déposé une motion à Berne demandant une simplification de la liste. Cela évitera un éventuel biais statistique. «Dans certaines branches, il arrive que des activités spécifiques connaissent un taux de chômage de plus de 8% alors que l’ensemble du secteur est largement en deçà, illustre-t-il. Il faut favoriser la polyvalence au sein des branches d’activité.» L’objectif? Éviter de surcharger inutilement les entreprises et les ORP.

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