Bradley Birkenfeld: les 104 millions qui choquent

Chasseur de primeLa prime de 104 millions de dollars versée à Bradley Birkenfeld divise les partisans suisses du «whistleblowing». On parle ici d'un «progrès majeur» et là d'une «dérive choquante».

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Les intéressés préfèrent ne rien dire. UBS ne donne aucun commentaire officiel. «No comment» également de l'Association suisse des banquiers (ASB) et du Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales (SFI).

Au niveau politique par contre, les réactions au versement par l'Autorité fiscale américaine (IRS) d'une prime de 104 millions de dollars à Bradley Birkenfeld, alors que celui-ci sort à peine de prison, ne se sont pas faites attendre.

Les mots sont à la mesure du montant versé à l'ex-employé d'UBS Genève. Le Libéral-radical zurichois Hanspeter Portmann parle mercredi dans le Tages-Anzeiger d'un acte «décadent». Le conseiller aux Etats soleurois Primin Bischof évoque devant les caméras de 10vor10 une «provocation massive contre la Suisse».

Une obligation pour qui est actif aux USA

A l'inverse, Zora Lederberger, de la société de conseil Integrity Line, voit dans un coup d'éclat des autorités américaines un «énorme progrès». «C'est une sensation», dit-elle sur Tagesanzeiger.ch. De son point de vue, toute entreprise active aux Etats-Unis doit désormais réfléchir à la mise en place rapide d'un système interne de dénonciation des abus.

Les lanceurs d'alerte, explique-t-elle, sont en général loyaux envers leur entreprise. «Ce n'est que s'ils ne sont pas entendus ou s'il sont punis qu'ils s'adressent ensuite à un organe extérieur». Chaque «whistleblower» est désormais conscient qu'il peut compter, le cas échéant, avec une récompense des autorités américaines.

Distinguer le citoyen du chasseur de prime

Tous ceux qui militent pour l'amélioration de la protection des lanceurs d'alerte en Suisse ne sont pas convaincus que la décision de l'IRS fasse avancer leur cause. Tel est le cas de Jean-Christophe Schwaab, pour qui on assiste à une «dérive gênante du système».

Le conseiller socialiste vaudois doute que Bradley Birkenfeld soit un véritable «whistleblower». Même si l'ex-employé d'UBS a «fait oeuvre de salut public en dénonçant des fraudeurs au fisc», on est selon lui «en face à une personne qui ne cherche pas à protéger l’intérêt général mais qui cherche à s’enrichir».

Un lanceur d'alerte «est motivé par l'intérêt général», selon Jean-Christophe Schwaab qui s'est exprimé mercredi sur les ondes de la RTS. Il agit «de bonne foi», pour des motifs altruistes, sans chercher autre chose qu'à se protéger, a-t-il ajouté en substance.

A l'inverse, «il semble au final que Bradley Birkenfeld visait d’abord une forte récompense, et cela reste très choquant», a renchéri le président romand de l'Association suisse des employés de banque (ASEB).

Au-delà du cas de Bradley Birkenfeld, ceux qui agissent de bonne foi devraient disposer, en Suisse, d'un organe neutre où ils puissent faire part des abus qu'ils observent, estime Jean-Christophe Schwaab. Cet organe pourrait à la fois examiner la gravité réelle des cas qui lui sont rapportés tout en protégeant les lanceurs d'alerte contre les réactions suscitées par leurs révélations. (nxp)

Créé: 12.09.2012, 15h29

Jean-Christophe Schwaab, bien que favorable à une meilleure protection des «lanceurs d'alertes» en Suisse, parle d'un acte «au mieux déroutant, au pire choquant». Pour le socialiste vaudois, il s'agit d'«une dérive» qui «fait penser aux chasseurs de prime de Lucky Luke». (Image: Keystone )

La spécialiste zurichoise du «whistleblowing» Zora Lederberger, qui dirige la société de conseil «Integrity Line», parle de «sensation». La décision de l'Autorité fiscale américaine oblige, selon elle, à réfléchir à la mise en place rapide de systèmes de dénonciation interne aux entreprises. (Image: DR)

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