Beznau I, que l'on pensait condamné, est autorisé à redémarrer

Energie L'autorité de surveillance juge que les défauts de la cuve ne vont pas s'aggraver.

La centrale nucléaire de Beznau.

La centrale nucléaire de Beznau. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les milieux antinucléaires ont ressorti les casseroles, mardi en début de soirée à Baden, pour protester contre la remise en route du réacteur I de la centrale nucléaire de Beznau, arrêté depuis trois ans. Ils espéraient que l’autorité de sécurité nucléaire suisse s’opposerait au redémarrage de la plus vieille centrale atomique encore en activité au monde. Ils étaient d’autant plus confiants que l’IFSN a multiplié les demandes d’expertise ces derniers mois, provoquant l’agacement de l’exploitant, le groupe Axpo.

Il faut dire que la décision d’arrêter la première tranche de Beznau n’avait rien de banale. Elle portait sur la fiabilité du cœur de la centrale, la cuve du réacteur, une pièce de métal de 150 tonnes et haute de 8 mètres. Un élément central qui ne peut pas être changé, ni réparé. Le réacteur Beznau I avait été débranché en raison de microfissures comparables constatées en Belgique dans l’acier d’enceintes provenant du même fournisseur français (les forges du Creusot). Par mesure de sécurité, l’IFSN a exigé toute une série de tests pour vérifier si ces anomalies (925 mini-trous de 5-6 millimètres) étaient comparables à celles déplorées en Belgique et pouvaient s’aggraver avec le temps.

Dans l’incapacité de prélever des échantillons sur le réacteur de Beznau I, Axpo a été contraint de construire une réplique de la cuve qui a été soumise à des tests de pression et de vieillissement. Les ingénieurs d’Axpo et des experts externes ont conclu que les anomalies, présentes dès 1969, étaient différentes de celles constatées en Belgique et qu’elles ne mettaient pas en cause l’intégrité, ni la résistance de l’acier. En clair, si les défauts existent, ils n’évolueront pas avec le temps. C’est sur cette base que l’IFSN vient de prendre la décision d’autoriser la réactivation du réacteur. Contrairement à la loi française, Axpo ne devra pas obtenir une nouvelle concession d’exploitation.

Les antinucléaires fâchés

Évidemment, les antinucléaires sont fâchés. Ils reprochent à l’IFSN d’avoir choisi une méthode d’évaluation trop favorable et parlent «d’un jour noir pour la sécurité». Formellement, en Suisse, cette décision ne peut pas être attaquée devant un tribunal. Mais, on sait déjà que les antinucléaires vont tenter de contester d’autres éléments de la centrale, en particulier sa résistance aux tremblements de terre.

Pour Axpo, la décision de l’IFSN est une bonne nouvelle financière. Un arrêt définitif de Beznau I aurait plombé ses comptes de plusieurs centaines de millions de francs supplémentaires. Son patron, Andrew Walo, estime que l’arrêt de Beznau I a déjà coûté 350 millions de francs alors même que le groupe a réinvesti plus de 700 millions pour changer la quasi-totalité des éléments de la centrale.

Certains observateurs considèrent même qu’Axpo a pris trop de risques financiers en poursuivant l’exploitation de Beznau I et II. «Si ces réinvestissements n’avaient pas été décidés avant la catastrophe de Fukushima, il est probable qu’Axpo aurait décidé d’arrêter Beznau I et II prématurément», confie un expert nucléaire. Axpo espère pouvoir exploiter jusqu’en 2030 les réacteurs I et II, mis en service en 1969 et 1971. Un arrêt prématuré, non fondé sur une décision de l’autorité de surveillance, ouvrait la voie à un dédommagement, selon les juristes d’Axpo. Reste que le redémarrage d’un réacteur après trois années d’arrêt est délicat. Il se fera progressivement à partir de fin mars. L’IFSN sera présente à toutes les opérations in situ. (TDG)

Créé: 06.03.2018, 20h28

Articles en relation

Beznau: 2 activistes de Greenpeace condamnés

Suisse Deux militants de l'ONG écopent de peines pécuniaires fermes pour avoir mené une action en 2014 contre la centrale nucléaire. Plus...

Le réacteur 2 de Beznau est à nouveau en service

Nucléaire Les travaux de maintenance du deuxième réacteur de Beznau ont duré six semaines. Seize éléments ont été remplacés. Plus...

Cuve fissurée de Beznau: Greenpeace gagne

Suisse Le Tribunal administratif fédéral a donné raison à l'ONG, qui demandait à avoir accès à des documents sur la centrale nucléaire argovienne. Plus...

Si, la centrale Beznau peut résister à un séisme

Canton d'Argovie Des organisations de protection de l'environnement et des riverains de la centrale nucléaire argovienne réclamaient l'arrêt de l'installation mais l'IFSN répond être conforme aux lois. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Un mondial avec la meilleure équipe suisse de tous les temps
Plus...