Avec eux, l’utilisation de la réalité 3D n’a rien de virtuel

CongrèsLe biotope des technologies immersives tient son festival à Crans-Montana. Portrait croisé de quatre intervenants en vue.

Le caractère révolutionnaire d’une nouvelle technologie se mesure à sa capacité à infiltrer le quotidien.

Le caractère révolutionnaire d’une nouvelle technologie se mesure à sa capacité à infiltrer le quotidien. Image: Keystone

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Mais pourquoi montent-ils tous à Crans-Montana?

Un neurologue au pays de la «VR»

Pierre Magistretti, King Abdullah Uni. of Science and Technology (KAUST), Arabie saoudite

Il est comme chez lui à Crans-Montana. Pourtant, c’est l’homme que l’on n’attend pas. Le ponte des neurosciences de l’EPFL, aujourd’hui doyen des sciences de la vie au sein d’une riche université saoudienne, débarque au World Virtual Reality Forum pour conter ses voyages aux tréfonds du cerveau. Son bathyscaphe se nomme «The Cave», une pièce tapissée de milliards de pixels. Semblant sortie d’un nanard du genre «L’aventure intérieure», l’idée a été développée à partir de 2013, avec son collaborateur Corrado Cali. En photographiant au microscope électronique à balayage des milliers de coupes sériées d’un cerveau d’une épaisseur nanométrique puis en les empilant, on en reconstitue la maquette 3D. «Il devient alors possible de s’y promener, d’observer les différentes cellules, les vaisseaux, de changer d’angle, tourner autour», décrit le neurologue. Et de découvrir des choses. «Il y a quarante ans, lorsque j’ai commencé à étudier le rôle clé des 100 milliards de cellules gliales qui entourent nos 85 milliards de neurones dans des maladies neurodégénératives comme alzheimer, je n’aurais pu imaginer les observer un jour ainsi», avoue le scientifique. Prochaine étape: «démocratiser» la technologie. Afin d’explorer le cerveau non plus dans la grotte aux écrans mais à l’aide d’un simple visiocasque.

La 3D aussi simple qu’un copier-coller

Émilie Joly, Apelab, Suisse

La quête d’Émilie Joly, dans les dédales d’une ancienne usine de cigarettes des Acacias, mène aux tréfonds de la réalité virtuelle. Fondée en 2013 par trois étudiants en design de la HEAD, la PME genevoise propose des outils d’édition d’expériences 3D interactives. Déplacer des objets dans l’espace ou les animer d’un clic… comme sur WordPress, le logiciel de création de sites Web, mais directement «dans» un visiocasque. «Nul besoin d’entrer des lignes de code; on amène les fonctions des logiciels des studios de jeux vidéo aux chercheurs, aux architectes ou aux départements communication», explique l’élégante Émilie, qui débarque à peine de l’Augmented World Expo, à San Francisco, avant de filer à Crans Montana. Le regard de l’effervescente dirigeante d’Apelab embrasse large. C’est peut-être ce qui a convaincu le géant chinois HTC ou les financiers de Polytech Ventures de soutenir ses aventures. Ses logiciels? Gratuits et en open source. L’essentiel est ailleurs. Dans Spatial Stories, une «plateforme collaborative» qui, dès la fin de l’année, mettra en relation des créatifs et des sociétés ou des institutions cherchant à faire réaliser leurs séquences de réalité virtuelle. Apelab se rémunère en prenant un pourcentage. Pour boucler la boucle, appels d’offres et paiements sont sécurisés sur un système «blockchain». On est vraiment en 2018.

Convertis par une éVRangéliste

Leen Segers, LucidWeb, Belgique

Avec Leen Segers, pas d’immersion à en perdre la raison dans des jeux vidéo interactifs. Il faut juste que la visite interactive en 3D sur Internet d’une salle d’opération de l’hôpital de Nantes soit irréprochable. Sur votre ordinateur, votre mobile ou votre visiocasque. Plus facile à dire qu’à faire. «À partir de 2007, il y a eu une reconstruction complète du Web afin de le faire basculer sur les smartphones. Nous participons au même effort mais pour y intégrer la réalité virtuelle», explique la cofondatrice de LucidWeb, PME bruxelloise créée en 2016. Son métier? La «distribution de contenu VR». Exemple? LucidWeb reçoit une vidéo 360° et s’occupe de la tuyauterie informatique. Les ambitions de Leen Segers vont plus loin. L’expertise accumulée au fil des projets – autre exemple, le transfert sur le Web du voyage onirique Sens VR conçu par la chaîne Arte – lui permet de construire une «plateforme». Fourni en version test depuis le mois de mars, ce logiciel utilitaire en ligne payant permet à des entreprises, des institutions ou des créatifs de concevoir eux-mêmes de façon simple les pages de leurs sites destinées à être consultées en 3D. «Nous commençons par le plus simple – les images 360° – mais l’objectif est des modèles 3D et des fonctions de réalité augmentée», décrit celle qui a commencé sa carrière dans les réseaux sociaux, à Londres. Une complexité qui ne sera, là aussi, déployable en ligne qu’avec les réseaux mobiles 5G.

Ambassadeur de l’empire Samsung

Luis Diego González-Zúñiga, Samsung Research, Royaume-Uni

Originaire du Costa Rica, Luis Diego González-Zúñiga ne vient pas déplier son stand pour vendre des Galaxy S9 et casques Gear VR. Sa mission? Rencontrer les «développeurs d’expériences immersives» afin de les inciter à «utiliser la technologie Samsung Internet» pour publier et diffuser leurs projets de réalité virtuelle directement sur le Web. Euh? Aujourd’hui, pour se plonger dans une «expérience» interactive en 3D et à 360° – jeux vidéo, visites de musée, configuration de votre Renault – il est nécessaire de télécharger de lourds fichiers sur son mobile. Comme dans la musique, l’avenir est au «streaming». Les géants du secteur, comme Google, Microsoft, Mozilla mais aussi Samsung, se sont regroupés pour définir des standards communs, permettant d’adapter leurs navigateurs – Chrome, Edge, Firefox ou… Samsung Internet – à ces contenus de réalité virtuelle. «Vous souvenez-vous quand, il y a dix ans, des pages spécifiques du type m.yahoo.com étaient formatées pour les téléphones? L’idée est de ne pas en repasser par là», explique l’ingénieur de Samsung Research UK. Un pas décisif sera franchi avec le lancement du standard WebXR, «d’ici à quelques mois». En attendant des réseaux de téléphonie mobile 5G qui permettront de fluidifier et de complexifier le rendu de ces univers immersifs, soudain accessibles de n’importe où, en temps réel. (TDG)

Créé: 08.06.2018, 20h15

Les Alpes à 360° et sans visiocasque pour le monde de la VR

Le caractère révolutionnaire d’une nouvelle technologie se mesure à sa capacité à infiltrer le quotidien. Le banal. Et à se transformer en phénomène social. C’est le défi que doit relever une réalité virtuelle – le monde de la tech parle de VR, son acronyme anglais – qui peine encore à conquérir le grand public. Difficile d’imaginer le monde entier se balader, dans dix ans, avec un masque de ski aveugle sur la tête. Les équipements à venir – comme les étonnantes lunettes HoloLens de Microsoft – montrent cependant que l’âge des boîtes noires n’aura qu’un temps.

Réuni à Crans-Montana de jeudi à dimanche par le World VR Forum, le secteur atteint peu à peu l’âge de la maturité. «La vraie épopée de la réalité virtuelle sociale est juste sur le point de commencer. Au-delà du réseau social, il faut penser divertissement, éducation, grande distribution», prédit Salar Shahna, responsable de cette organisation basée à Genève, dans la présentation de la manifestation.
Réunissant plus de 4000 experts, chercheurs, industriels, producteurs, investisseurs, l’événement propose des dizaines de conférences et un festival présentant une sélection d’œuvres en compétition. C’est également un rendez-vous commercial, durant lequel les dirigeants des start-up du secteur ont la possibilité de rencontrer des financiers.

Emmenée par des PME comme la zurichoise Birdly, la genevoise Artanim ou la lausannoise MindMaze, la Suisse joue sa carte. Soutenue par InnoSuisse et assurant la promotion des «technologies immersives et de simulation d’environnements virtuels», l’initiative Virtual Switzerland regroupe aujourd’hui près de 70 sociétés et institutions; de A comme ABB à Z comme la ZHdK, la Haute École d’arts de Zurich.

P.-A.SA.

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