A fond, la boîte automatique

AutomobileLa majorité des constructeurs estiment que la boîte de vitesses classique est condamnée.

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Au moment où le feu bascule au vert, le pied sur l’embrayage reste lourd et, faute de régime suffisant, le moteur finit par caler. S’ensuivent le plus souvent un bal de klaxons ainsi qu’une volée de jurons lancés à l’égard du conducteur distrait. Ces «petits instants de bonheur», vécus par la grande majorité des automobilistes, pourraient appartenir au passé: les voitures dotées d’une boîte de vitesses manuelle séduisent non seulement de moins en moins les Suisses, mais également la grande majorité des constructeurs. Les diverses statistiques (Office fédéral de la statistique, AutoScout24, etc.) ne laissent en effet planer aucun doute sur la transformation en cours du parc automobile suisse. Aujourd’hui, la moitié des nouvelles immatriculations comprennent une boîte de vitesses automatique, contre seulement un quart au début du siècle. D’après Thomas Schmutz, directeur du Centre Emil Frey SA, à Crissier, les véhicules de tourisme équipés d’une boîte mécanique représentaient encore 75% des ventes du marché helvétique en 2009, contre seulement 43% l’année dernière.

Changement de paysage

«Le paysage du parc automobile suisse est clairement en train de se modifier en faveur de la transmission automatique, mais il faudra encore quelques années pour que ce glissement se reflète réellement au sein de ce parc», estime le patron. «S’il y a des séries de modèles pour lesquelles cette évolution est visible, pour d’autres nous ne constatons pas une telle tendance», nuance pour sa part Dino Graf, porte-parole du groupe AMAG. Qui admet pourtant que le nombre de boîtes automatiques ou de boîtes de vitesses automatisées (voir infographie ci-contre) est en augmentation.

Selon le Touring Club Suisse (TCS), cette préférence s’illustre particulièrement pour le marché du luxe, qui plébiscite de plus en plus l’automatique. «Depuis que des constructeurs prestigieux (Porsche, Ferrari, Lamborghini, etc.) s’y sont mis, la boîte automatique a perdu son image ringarde», rappelait en début d’année dans nos pages François Launaz, président d’auto-suisse, l’association suisse représentant les importateurs. «La boîte automatique d’aujourd’hui est devenue beaucoup plus sexy et son image n’est désormais plus associée au 3e âge», confirme Thomas Schmutz.

Technologie et consommation

Plusieurs phénomènes distincts sont à l’origine de cette popularité nouvelle. La technologie, d’abord, qui a connu un bond non négligeable. Dans un rapport sur les boîtes de vitesses, le TCS cite plusieurs exemples: «La gestion électronique, des matériaux plus légers et fiables ou encore des lubrifiants de haute qualité.» Ces (r)évolutions débouchent non seulement sur des boîtes automatiques de plus en plus performantes, mais surtout de qualité désormais semblable aux boîtes mécaniques. «Pendant longtemps, les performances d’une boîte automatique étaient clairement en dessous d’une manuelle. Mais, aujourd’hui, la situation est totalement inversée», rappelle Thomas Schmutz.

Pouvant comprendre jusqu’à 9 rapports de vitesse (contre 6 pour une boîte de vitesses mécanique), les avantages des voitures automatiques se sont effectivement multipliés ces dernières années. Ils permettent non seulement de maintenir un certain plaisir de conduite malgré la saturation croissante des routes, mais également de conserver de bonnes sensations de conduite grâce à des changements de rapport beaucoup plus rapides et précis.

Plus important encore, les boîtes de vitesses automatiques offrent l’opportunité de réduire sa consommation en énergie et donc son impact écologique. Or, dans une période de normes environnementales de plus en plus strictes et chères, cette amélioration technique bénéficie autant aux constructeurs qu’au con­sommateur qui souhaite réduire sa facture d’essence.

Une formation inchangée

En termes de formation, pour le moment, cette transformation du parc automobile ne semble toutefois pas suffisamment importante pour assister à un changement de mœurs. Selon Francesco Greco, expert auprès du TCS, «le pourcentage des véhicules avec boîte manuelle reste effectivement trop élevé».

Du coup, les législations n’ont pas encore évolué en faveur des véhicules automatiques. «L’élève d’auto-école préfère toujours se former sur une voiture manuelle pour passer le permis classique et non pas celui restreint aux voitures sans embrayage», confirme pour sa part Jean-Bernard Chassot, président de la Fédération romande des écoles de conduite (FREC).

Vers une mort programmée?

La boîte manuelle – à l’instar de ce qui s’est passé aux Etats-Unis il y a quelques décennies déjà – est-elle pour autant condamnée à disparaître? Du côté des constructeurs automobobiles, la majorité d’entre eux estiment qu’elle l’est effectivement.

Certains, à l’instar de BMW, semblent en tout cas bien décidés à l’enterrer. Au site spécialisé Caradisiac, Frank Van Meel, nommé fin 2015 à la tête de la division Motorsport du constructeur allemand, évoquait un «futur sombre pour le fameux duo levier de vitesse-pédale d’embrayage». D’autres, tels que Lamborghini et Ferrari, ont abandonné depuis un certain temps ce type de transmissions plus classiques.

Et le mouvement ne touche pas que les marques les plus onéreuses. «Il concerne désormais tous les continents (et tous les types de véhicules), assurait récemment au quotidien Le Monde Alain Raposo, directeur de la mécanique au sein de l’alliance Renault-Nissan. On peut s’attendre à ce qu’il se poursuive car, lorsque l’on a utilisé une boîte de vitesses automatique moderne, on n’a pas envie de revenir en arrière.»

En Suisse, les avis sont plus mitigés. «Après des années de forte croissance pour les voitures avec boîtes robotisées, le phénomène est en train de se stabiliser», constate Francesco Greco. Le patron d’Emil Frey, à Crissier, ne s’attend pas non plus à une disparition complète des pédales d’embrayage. «Une partie de la population reste encore attachée à sa bonne vieille boîte manuelle», affirme Thomas Schmutz, tout en prévenant que, au vu de l’évolution grandissante de la part de marché des véhicules équipés d’une transmission automatique, «la cote sur le marché de l’occasion ainsi que les valeurs résiduelles des contrats de leasing risquent de baisser pour les véhicules manuels, rendant plus coûteux au final leur utilisation.»

(TDG)

Créé: 18.02.2016, 21h57

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Les résistants de l’embrayage

«Save the manuals!» Lancée aux Etats-Unis par le mensuel Car and Driver il y a quatre ans comme une pantalonnade, la croisade a pris de l’ampleur sur les?réseaux sociaux. Afin de convaincre
les Américains ayant le goût de la chose automobile d’opter pour une boîte manuelle. Histoire de mettre un peu sous pression les constructeurs qui ne?les proposent plus au catalogue.
Leur calcul: pourquoi s’ennuyer à?importer une version européenne
qui représentera moins de 5%
des?ventes?
Et puis, bon, l’Amérique, c’est l’automatique. A la fin des années 1950, vingt ans après le lancement des premières Hydra-Matic par Oldsmobile, huit véhicules neufs sur dix n’avaient déjà plus que deux pédales. Pourtant
à Detroit, l’embrayage a longtemps bénéficié de défenseurs éclairés. La Mustang de Steve McQueen dans le film Bullitt ? Manuelle! Une Corvette Stingray de la grande époque? Manuelle! Un?pick-up Dodge Power Wagon des années 1970? Manuel! Depuis, levier et câble qui permettent au conducteur de se greffer physiquement au moteur par la main droite (et le pied gauche) sont devenus des accessoires exotiques. Alors qu’ils bénéficient à la sécurité publique. «On peut bien moins envoyer de SMS tout en conduisant», ironisent les «refuzniks» de Car and Driver .

Pierre-Alexandre Sallier

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