A Genève, le patron de VW se livre à un exercice de contrition

Salon de l'Auto 2016S’exprimant lundi soir au Salon de l’auto, Matthias Müller a promis un rapport complet sur les diesels truqués pour mi-avril.

Matthias Müller était au Salon de l’auto, lundi soir.
AFP

Matthias Müller était au Salon de l’auto, lundi soir. AFP

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Chaque salon automobile offre désormais à la direction de Volkswagen l’occasion de redresser l’image d’un groupe touché de plein fouet par un scandale de bidouillage des diesels équipant 11 millions de véhicules. Cela afin qu’ils masquent la réalité de leurs rejets polluants lors des tests d’homologation. L’affaire est partie des Etats-Unis en septembre dernier. Après six mois de communication de crise, voici venu le temps de la contrition en marge du plus important salon automobile d’Europe.

Lundi soir, le grand patron, Matthias Müller, a une fois de plus mouillé la chemise à Genève, devant un parterre de cadres, de commerciaux, et de journalistes. Afin de raconter une autre histoire au sujet de VW que celle qui court depuis six mois. Pour montrer les «vraies valeurs» du groupe a dit celui qui est aux commandes depuis fin septembre. Dans l'espace privé installé à l'arrière de Palexpo, l'ambiance est celle d'un show électoral à l’américaine. Dehors dans la nuit, attend une armada de véhicules du groupe – Bentley, Skoda Superb ou Porsche Panamera – moteurs tournants dans le vent aigrelet. Morceaux choisis.

< b > Après les Amarok, le tour des Passat

Cette fois les aveux sont directs. Ils n’avaient pas été proférés ainsi au salon de Détroit en janvier, face à des médias américains pourtant avides d’exercices de contrition (lire ci-dessous). «Les manipulations de nos moteurs diesel ont enfreint les règles en place et les limites de l’éthique» a clairement admis le patron d’un groupe d’un demi-million collaborateurs.

Le responsable du numéro deux mondial de l’automobile a ensuite répété la promesse selon laquelle «2016 sera l’année durant laquelle le problème de nos diesels sera résolu». En Europe, la campagne de rappel avance «comme prévu». Après les pick-up Amarok, au tour des Passat – le modèle familial au cœur de la marque – d’être rappelées au garage pour une petite reprogrammation. «La modification prend une heure au plus – souvent beaucoup moins», a répété Matthias Müller.

< b > Tractations stratégiques à Washington

Reste le cas sensible des Etats-Unis. A l’origine de l’affaire, ils ne veulent pas se contenter d’une simple réparation informatique. Mais pourrait un opter pour un rappel qui pourrait se chiffrer en milliards de dollars. Sans compter les dommages et intérêts requis en justice – le montant de 18 milliards a couru cet automne.

Matthias Müller ne peut donc que répéter à Genève que son groupe se livre à «un travail de fond» pour «trouver une situation acceptable» avec les autorités américaines. Il faut pour cela laisser travailler les enquêteurs externes. Le patron du groupe Volkswagen espère «présenter un rapport complet à la mi-avril» à Washington. Rapport dont son groupe tirera «toutes les conséquences».

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Les faux pas du salon de Détroit

Lors de l'équivalent nord-américain du salon, à Detroit, Matthias Müller avait réuni les journalistes dans un restaurant de downtown. Pour leur décrire combien les discussions avec l'Autorité de protection américaine de l'environnement (EPA), rencontrée à Washington, avançaient. A l'origine du scandale, l'administration américaine refusait encore d'entériner la solution à laquelle l'Allemagne avait acquiescé en novembre: dans la plupart des cas, une simple mise à jour du logiciel de gestion du moteur, écartant le spectre d'une reprise massive de millions de véhicules risquant de mettre le premier constructeur européen à terre.

Pour se montrer persuasif, le successeur de Martin Winterkorn – grand patron du groupe contraint à la démission moins d'une semaine après l'éclatement du scandale – n'avait pas fait dans la finesse. Il avait notamment insisté sur le projet d'extension de l'immense usine de Chattanooga au Tennessee – à la clef, 2000 jobs supplémentaires.

Matthias Müller avait éprouvé quelques difficultés à trouver le ton juste face à son auditoire américain, rompu aux exercices de communication d'entreprise. Lors d'une interview accordée à la National Public Radio en marge du salon automobile nord-américain, il avait assuré sans convaincre que, non, VW n'avait «pas menti». Et que tout ceci se limitait à un «problème technique» causé par une «mauvaise interprétation» de la loi américaine.

Interrogé sur les doutes quant à l'éthique régnant au sein du groupe VW que cette affaire avait provoqué, le patron allemand avait maladroitement répondu ne pas «comprendre pourquoi vous me dites cela». Apparemment il a réfléchi à la question. Et préparé sa réponse pour le salon de Genève. (TDG)

Créé: 29.02.2016, 22h15

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Infobox

8 septembre 2015: Les autorités américaines annoncent, un vendredi, que certains diesels VW sont programmés pour déjouer les tests antipollution lors de leur homologation. Le retrait de 482000 véhicules est ordonné aux Etats-Unis.

21 septembre 2015: Le lundi matin, le cours des actions VW s’effondre. En un matin 15 milliards d’euros partent en fumée en Bourse.

22 septembre: Le constructeur allemand admet que 11 millions de véhicules sont concernés dans le monde: des Volkswagen mais aussi des Audi, des Seat...

23 septembre 2015: Martin Winterkorn démissionne de la tête du groupe. Il est remplacé deux jours plus tard par le patron de Porsche, Matthias Müller. Ce dernier indique que l’ensemble des véhicules affectés seront mis en conformité en 2016. En Suisse l’importateur Amag en révisera 170000 véhicules cette année.

26 septembre 2015 : L’Office fédéral des routes (Ofrou) se distingue en faisant de la Suisse le premier pays à interdire l’immatriculation de certains 4 cylindres diesel du groupe. Une restriction qui sera un peu allégée fin janvier.

28 octobre 2015: le groupe VW annonce ses premières pertes trimestrielles depuis quinze ans.

24 novembre: les autorités allemandes acceptent que le problème soit réglé par une mise à jour informatique. Le spectre d’une campagne de remplacement massive de véhicules s’éloigne.

31 décembre 2015: Les ventes sur 2015 montre que VW parvient à encaisser le choc: hausse de 5,2% en Suisse et de 4,4% en Allemagne. Aux Etats-Unis en revanche, le plongeon atteint 5%.

Février 2016 : En Suisse, les rappels commencent avec l’Amarok. Sur le front juridique, le constructeur allemand fait à face à plus de 1500 plaintes pénales de clients suisses furieux

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