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2019, année de la monnaie

L’euro n’a jamais eu la cote chez les économistes, qui l’ont considéré dès sa naissance comme condamné à disparaître à la première occasion, car conçu à rebours du bon sens. Au lieu de parachever une harmonisation des politiques budgétaires et une nécessaire union bancaire, donc d’intervenir au dernier stade de l’intégration économique, la création de la monnaie unique les a précédées, comme si elle pouvait forcer la main de gouvernements restés maîtres chez eux.

2019 sera donc, à n’en pas douter, l’année de la monnaie.

De fait, l’union économique et monétaire européenne, inachevée, est bancale, et demeure sujette à des crises qui à chaque fois menacent de la faire exploser. Pourtant l’euro tient bon. Il n’a pas volé au dollar la place de première monnaie internationale, et aucun des pays qui l’ont rejoint ne s’en est écarté à ce jour. Sans égaler la longévité de l’Union monétaire latine (qui dura presque soixante ans), ses vingt ans d’existence dépassent désormais tout ce que les sceptiques pouvaient imaginer à sa naissance. N’empêche qu’aujourd’hui encore on prédit – au motif en particulier qu’au lieu de converger, les économies de la zone euro persistent à suivre des voies divergentes – que l’accumulation de soldes Target (les créances et les dettes des 28 banques centrales nationales vis-à-vis de la BCE) de plus en plus élevés finiront par désintégrer le système européen de banques centrales.

Bien qu’aussi peu vraisemblable qu’une implosion du bilan de la Banque nationale suisse, même si l’architecture particulièrement compliquée du système européen en expose le fonctionnement à la critique, ce risque de désintégration anime un débat passionné entre experts, allemands pour la plupart, qui prédisent des pertes sur actifs colossales pour une Bundesbank qui retrouverait son indépendance, ou un acte de défaut de biens pour une Banque d’Italie qui serait sortie de l’UEM. Mais tant que ni l’une ni l’autre de ces hypothèses ne se vérifiera, il ne se passera rien, car les écritures au sein du bilan consolidé de la zone euro s’annulent comme l’auraient fait celles d’un bilan décentralisé de la BNS, quand existaient encore ses huit comptoirs régionaux. Les risques de perte de contrôle de la monnaie existent néanmoins bel et bien en Suisse aussi. Il y a tout juste trente ans, la BNS s’était complètement fourvoyée dans le pilotage de la masse monétaire, qui à l’époque constituait sa seule et unique boussole.

Pour des raisons que la «NZZ» a eu récemment (21 décembre) la bonne idée de rappeler et que nous étions quelques-uns à l’époque à mettre en évidence, le directoire de la BNS avait faussement pris pour une plongée dans la déflation ce qui n’était en réalité qu’une adaptation des banques à un nouvel environnement technique et réglementaire, puis, s’étant aperçu de son erreur, avait fait machine arrière, passant d’une politique monétaire inutilement expansive à un resserrement brutal des liquidités. Résultat, les taux à court terme avaient bondi de 3,8% en juillet 1988 à 9,5% en janvier 1990, avec pour conséquence un effondrement du marché immobilier et sept années de marasme économique. Aujourd’hui, notre banque centrale se fourvoie-t-elle à nouveau, elle qui persiste à défendre à coups d’intérêts négatifs un franc à ses yeux toujours menacé de surévaluation? Certains le pensent, et ouvrent un débat qui devrait s’animer tout au long des mois à venir.

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