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2008, crise «transatlantique»

Elles n’ont pas été prises la main dans le sac, puisqu’il aura fallu dix ans pour établir définitivement leur part de responsabilité dans l’ampleur prise par la crise des subprime. Elles, ce sont les grandes banques européennes, suisses, britanniques et allemandes, pour être précis, qui ont massivement – bien plus massivement, toutes proportions gardées, que les banques américaines – tricoté ces produits adossés à des hypothèques de basse qualité, dont la perte brutale de valeur a déclenché la pire crise financière que le monde ait connue depuis les années 30.

Le constat, fortement résumé ici, est dressé par l’un des économistes de la Banque des règlements internationaux dans son dernier bulletin trimestriel*. Il a souvent été suggéré qu’il fallait chercher le point de départ de la crise de 2008 dans l’épargne accumulée par les pays exportateurs d’Asie, cet excès d’épargne («savings glut»), placé pour l’essentiel en obligations du Trésor US, ayant eu pour conséquence de faire chuter les taux d’intérêt et de contribuer par là aux exagérations que l’on sait sur le marché immobilier américain.

S’il ne faut pas complètement écarter la responsabilité de ce déséquilibre «transpacifique», elle apparaît à l’analyse, conclut l’auteur, sensiblement moindre que celle dévolue à l’hypothèse «transatlantique». Une lecture attentive de leurs bilans révèle en effet que, tout au long des années 2000, les banques européennes ont emprunté du dollar à tour de bras pour profiter du boom immobilier qui s’était emparé du marché américain. Elles ont ainsi empilé à l’infini leurs achats de MBS, ces créances hypothécaires titrisées («mortgage-backed securities»), y compris dans leurs constructions les plus risquées, qu’elles se sont même mises à produire elles-mêmes à travers leurs filiales locales spécialisées dans le courtage de valeurs mobilières.

Les chiffres sont éloquents. À elle seule, UBS détenait à fin 2007 quelque 68 milliards de dollars de MBS, moins certes que les 84 milliards accumulés par RBS, mais bien plus que les 36 milliards de HSBC, les 32 milliards de Barclays, ou les 20 milliards de Deusche Bank, pour ne pas parler des 9 milliards de Credit Suisse. Et surtout, ces placements hautement risqués représentaient alors 3,3% du total de ses actifs, contre 2,3% pour RBS, et seulement 0,7% pour Deutsche Bank ou Credit Suisse. Au total, les émissions de MBS par ces six banques européennes ont pratiquement égalé, avec 37% de parts de marché, celles des principales firmes de courtage américaines, dont les fameuses Lehman Brothers et autres Bear Stearns (41%), alors que la part des grandes banques (Bank of America, Citigroup, JPMorgan) n’atteignait que 22%. Cette surabondance d’offre de crédits de provenance européenne – également responsable, selon l’auteur, des bulles immobilières qui s’étaient formées en Irlande et en Espagne – finira par encombrer de titres invendables les portefeuilles de négociation («trading books») des établissements bancaires concernés, à un point tel que leur existence même s’en trouvera menacée, et qu’ils ne devront leur survie qu’à leur sauvetage dans des conditions qui pèsent aujourd’hui encore dans la mémoire – et les finances – de leurs pays d’origine.

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