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L’invitéeEclairage sur dépenses publiques et Covid

L’ampleur des dépenses publiques mondiales en réponse à la crise du Covid a permis de limiter les dégâts économiques. Avec l’arrivée des vaccins et la reprise en ligne de mire, la politique budgétaire que les gouvernements doivent adopter cette année ne fait pas consensus.

Aux États-Unis, le parti démocrate, sous l’égide du nouveau président Joe Biden, a choisi son camp. Suite à deux plans de relance extraordinaires de 2200 et 900 milliards de dollars, en mars et décembre 2020 respectivement, le gouvernement américain propose 1900 milliards de dollars de dépenses additionnelles. Cela amènerait le soutien public américain total face au Covid à près d’un quart de la taille du produit intérieur brut (PIB).

À titre de comparaison, l’Union européenne a dépensé aux alentours de 5% de son PIB. Dans ce contexte, naturellement, l’inquiétude grandit quant à de potentielles pressions inflationnistes. Pourtant, Jérôme Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), tout comme Janet Yellen, qui le précédait à ce poste et vient d’être nommée secrétaire du Trésor, se veulent rassurants.

Et pour cause. Les États-Unis, à ce stade, n’ont récupéré que la moitié des emplois détruits pendant la crise. Ils affichent toujours 10 millions de travailleurs de moins que début 2020. Le taux de chômage, probablement sous-estimé compte tenu des participants découragés n’étant plus comptabilisés comme chômeurs, se situe à 6,3%. Cela est bien supérieur aux niveaux de chômage à même d’entraîner des pressions inflationnistes. En 2019, l’inflation américaine atteignait tout juste 2%. Pourtant à l’époque, le pays était au plein-emploi, avec 3,5% de chômage.

L’inflation américaine en 2021 sera cyclique et transitoire. Un développement naturel et bienvenu dans le contexte d’une reprise économique aussi bien souhaitée qu’attendue. Cela dit, la multiplication des plans de relance publiques entraîne, légitimement, des inquiétudes plus larges. Il suffirait donc aux banques centrales d’imprimer de la monnaie, qu’elle prête sans limite aux gouvernements, pour effectuer des sorties de crise rapides et efficaces?

Le Fonds monétaire International estime que le Covid entraînera une perte cumulée de production mondiale de 22’000 milliards de dollars entre 2020 et 2025. Un «manque à créer» absolument faramineux induit par le choc externe de la crise du Covid.

Ainsi, les dépenses publiques mises en œuvre ne sont peut-être pas aussi irréfléchies qu’il n’y paraît. Elles correspondent simplement à la capacité de production de nos économies que le Covid ne permet pas de réaliser. De ce point de vue, les gouvernements sont bien dans leur rôle.

Suite à la grande crise financière de 2008, l’aspect novateur des programmes d’assouplissement quantitatifs et des taux négatifs faisaient peur. Ils se sont avérés appropriés et sont devenus aujourd’hui naturels. En revanche, à l’époque, la réponse fiscale aurait pu être plus importante. Ne nous faisons pas peur, n’hésitons pas cette fois-ci.

2 commentaires
    Jean Seigne

    Belle explication, mais qui omet la partie où il faudra rembourser tout cela.

    Nous laissons ains, par stupidité, à nos enfants une situation sociale, financière, humaine, climatique et environnementale catastrophique.

    Je n'en suis pas très fier quand je rearde ma fille grandir...