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Pédaler pour un verre (4/4)Du château à la buvette, le périple qui enjambe les siècles

Avant d’atteindre le rafraîchissant Port Gitana à Bellevue, rien ne vaut un passage par le domaine de Penthes

Vue sur le domaine des Penthes, avec son parc luxuriant.
Vue sur le domaine des Penthes, avec son parc luxuriant.
GEORGES CABRERA

Voir Naples et mourir? Il y aurait mille façons et autant d’occasions pour faire vaciller sur ses fondements l’expression qu’on attribue à Goethe. Une parmi d’autres, d’une puissance tout à fait dévastatrice, consisterait à enfourcher sa bicyclette, à se hisser dans les hauteurs de Pregny, puis à plonger dans la verdure luxuriante du domaine de Penthes, enluminé par son château et ses déclivités douces qui mènent jusqu’au Léman. C’est ici, face au Mont-Blanc, placé dans un cadre apaisé, au cœur même d’un tableau qu’on croirait avoir été conçu par le pinceau d’un maître romantique, que le visiteur en pédales serait pris d’extase. Que peut-on faire après avoir assisté à ce spectacle, se demande-t-on? Écouter Goethe? Allez, n’allons pas aussi loin.

Si ce recoin miraculeux attire autant l’attention, dans ce qui est notre dernière proposition associant amour du vélo et bonheur d’une terrasse où boire un verre, c’est que l’étape cumule les superlatifs. Mais soyons plus précis encore dans la description des lieux. Car ici, il y a certes le parc dont il a été question. Son nom? Il porte les traces du seigneur de Penthaz, maître des lieux au XVIIesiècle. Sa végétation? Elle est riche et marquée par la présence d’un majestueux hêtre pleureur ainsi que par les restes d’un séquoia géant, victime de la foudre en 1993 et carbonisé depuis. À l’intérieur de son tronc noir, cependant, s’élève désormais un jeune bouleau. Après avoir emprunté les sentiers qui bouclent les lieux, le visiteur ne manquera pas de visiter le charmant Musée des Suisses du monde, ni de s’arrêter sur la terrasse qui domine le domaine.

Aux côtés de Mary Shelley

Mais attention, ce coin de paradis, étape intermédiaire de notre petit périple, se mérite. Car, en partant de la place des Nations, les mollets sont mordus par les pentes de l’avenue de la Paix, qui monte vers le siège du CICR, puis par celles de la route de Pregny. Après avoir retrouvé son souffle et quitté le domaine dont il a été question, le pédaleur retrouvera la route de Pregny et s’arrêtera quelques centaines de mètres plus loin, au superbe belvédère s’offrant sur sa droite, équipé d’une petite tribune boisée et d’une carte paysagère métallique. Avec un peu d’imagination, le cycliste se croira assis aux côtés de Mary Shelley et de Lord Byron…

Le belvédère de Pregny-Chambésy, depuis lequel, assis sur une petite tribune boisée, on peut se laisser glisser dans la rêverie et la contemplation.
Le belvédère de Pregny-Chambésy, depuis lequel, assis sur une petite tribune boisée, on peut se laisser glisser dans la rêverie et la contemplation.
GEORGES CABRERA

Poursuivons. Dévalons les routes qui mènent au lac. Passés sous le chemin de fer, ayant aussi laissé derrière nous les déviations menant à la plage de Pregny-Chambésy et du Vengeron, nous filons vers Bellevue, où nous attend le drapeau en damier. Ici, au centre de la bourgade, trônent Port Gitana, son auberge avec terrasse pouvant accueillir une centaine de couverts à l’intérieur et 150 à l’extérieur mais aussi ses six chambres d’hôtel et… sa buvette. «Telle que vous la voyez, cette structure en bois et béton existe depuis cinq ans, explique Thierry Sancho, gérant des lieux. Ses atouts? La plage toute proche, qui a été elle aussi agrandie, la vue sur le Mont-Blanc et la fraîcheur des produits servis à la buvette.» Alors, bien sûr, ici, comme dans toute structure balnéaire, les frigos à glaces sont rois, mais le baigneur pris d’une fringale trouve aussi de quoi se sustenter, en croquant dans les paninis, les wraps, les crêpes ou encore les salades. Sur le front des boissons, l’offre est tout aussi riche et récompensera les coups de pédale qui ont précédé.

La terrasse donnant sur Port Gitana, où on trouve de la petite restauration et des «terrains» de tennis de table.
La terrasse donnant sur Port Gitana, où on trouve de la petite restauration et des «terrains» de tennis de table.
GEORGES CABRERA

Sur la droite, deux «terrains» de tennis de table ainsi que de larges structures en bois pour les bains de soleil complètent le décor estival. Ouvert dès 10h et jusqu’à 23h la semaine, puis de 9h à minuit le week-end, le recoin connaît ces temps-ci une fréquentation soutenue. L’agitation gaie et tempérée qui y règne nous ferait presque oublier que nous venons de quitter le XIXesiècle et ses fantômes dans les hauteurs de Pregny. Vertiges d’un périple qui enjambe le temps.