1000 viesDrogue à Lausanne: Melgar avait raison
En 2018, le cinéaste vaudois dénonçait le laxisme des autorités face au deal de rue dans la capitale vaudoise.
Cela ne sert à rien d’avoir raison avant tout le monde, chacun connaît l’assertion. Et Fernand Melgar, cinéaste documentaire désormais retiré de ce «milieu du cinéma», quelque part en forêt, préférant la compagnie d’un cheval, des oiseaux et abeilles à celle des hommes, s’en moque sans doute éperdument. Mais bon, voilà, Melgar, il avait parfaitement raison, en 2018, quand il regardait et photographiait le réel en bas de chez lui, quartier du Maupas, Lausanne, et qu’il constatait la marée montante des dealers, inexorable, insolemment laissé à proximité des quidams et enfants par des autorités absentes, se mentant à elles-mêmes, enfermées dans leurs partis pris.
Dès lors apparaît aujourd’hui une tristesse. Car il y a de la farce tragique à écouter, six ans plus tard, les municipalités de trois villes vaudoises dirigées par diverses gauches (Vevey, Lausanne, Yverdon-les-Bains) venir pleurnicher, appelant le canton et le pays au secours, admettant une situation devenue «hors de contrôle».
Pardon? Mais du contrôle de qui, ose-t-on vous le demander? Il n’y a pas pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir, chacun connaît également l’assertion. Mais c’est faux, il y a pire: lesdites municipalités qui, enlisées dans leur si complaisante idée d’elles-mêmes, ont laissé année après année la situation se péjorer. Et leur responsabilité est aujourd'hui traitée façon mauvaise came: en tentant de la diluer au maximum.
Soyons précis: je n’entends absolument pas remettre ici en cause la stratégie dite des quatre piliers, clairement intelligente d’approche dans une appréhension allant de la prévention à la santé, de la sécurité à la répression. Mais comme pour une chaise, tout est question d’équilibre. Ce dernier, dans le canton de Vaud plus qu’ailleurs, est bancal. Les dealers, clandestins ou pas, issus de l’immigration ou pas, victimes des méchants réseaux si ça vous rassure de le croire, ont vécu par ici une période que l’on qualifierait volontiers de paradis, si ce dernier n’était pas si dangereusement artificiel.
Fernand Melgar avait raison. Et si le chant d’une mésange l’intéresse aujourd’hui davantage que la mélodie de l’époque, la mauvaise chanson des reproches l’avait alors affectée, lâché qu’il fut par ses supposés amis politiques (ce qui sonne toujours comme un oxymore) et un milieu du cinéma romand qui se ligua contre lui.
Alors oui, le documentariste Melgar était un cinéaste ombrageux, susceptible, qui cherchait en notre pays une vérité parfois en tâtonnant, en choisissant ses angles. Mais il voulait cette vérité, au moins ses bribes, et souvent nous montrait personnes et paroles qu’on ne voulait ni voir ni entendre. Ses détracteurs préféraient la fiction, c’est tellement plus commode et confortable. Voilà la tristesse: le cinéma de Melgar me manque.
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