Des élus trouvent la matu trop laxiste et trop chère

FormationLa conseillère nationale Kathy Riklin estime que le niveau des étudiants a baissé. Elle soumet ses interrogations au Conseil fédéral

Les promus (ici une volée d’Yverdon) présenteraient trop de lacunes, selon des députés.

Les promus (ici une volée d’Yverdon) présenteraient trop de lacunes, selon des députés. Image: Odile Meylan

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Trop compliqué, trop coûteux, pas assez exigeant. Selon la conseillère nationale Kathy Riklin (PDC/ZH), le système de maturité présente de nombreuses faiblesses. Comme l’a révélé la NZZ am Sonntag, la Zurichoise va déposer en mars une interpellation parlementaire sur le sujet. Alors que certains milieux de la formation pointent du doigt les faiblesses du système actuel, elle demande au Conseil fédéral comment il compte intervenir.

«Il faudrait diminuer les possibilités de choix des étudiants, estime Kathy Riklin. Leurs connaissances sont toujours plus superficielles.» Selon le système mis en place il y a vingt ans, les gymnasiens (collégiens à Genève) complètent l’enseignement obligatoire dans les disciplines fondamentales par une option spécifique et une option complémentaire choisies dans un catalogue de branches. Selon la démocrate-chrétienne, quelque 400 combinaisons sont possibles, ce qui «conduit à des plans horaires très compliqués et, parfois, à l’abandon délibéré de certaines branches».

Retour en arrière?

A ses yeux, il faut retourner aux fondamentaux: les mathématiques et les sciences humaines ne pèsent pas suffisamment dans la moyenne finale. Il y aurait de grandes différences dans les compétences des élèves, sans oublier que la multiplication des solutions augmenterait «considérablement» les coûts. Faut-il retourner en arrière? «Ce serait peut-être la meilleure solution», conclut Kathy Riklin.

«C’est incroyable, quelques étudiants alémaniques ne savent plus écrire ni parler correctement en allemand», renchérit le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE), qui donne des cours à l’Université de Fribourg. S’il n’envisage pas de revenir aux années quatre-vingt, le président de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du National signera l’intervention de Kathy Riklin. Avec un but: modifier les règles de façon à ce qu’il soit plus difficile de compenser les faiblesses dans les branches les plus importantes.

Cette proposition ne fait pas l’unanimité. «J’ai passé cette maturité et, même si j’ai mis la priorité sur le latin et l’anglais, je n’ai pas pu laisser tomber les mathématiques, réagit son collègue Mathias Reynard (PS/VS). Le système prévoit que chaque point négatif doit être doublement compensé.» Carole Sierro, présidente de la Société suisse des professeurs de l’enseignement secondaire, renchérit: «Cette maturité est exigeante et permet aux étudiants de choisir leurs options spécifiques et complémentaires en fonction de leurs intérêts et de leurs études futures. On respecte davantage leurs profils que par le passé.»

Le président de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’Instruction publique (CDIP), le Bâlois Christoph Eymann, estime toutefois qu’il ne faudait pas que des élèves décrochent en maths et puissent compter sur d’autres branches pour compenser leurs mauvaises notes. Il faut dire que des tests nationaux menés en 2007 (EVAMAR II) auprès de bacheliers sur le point de passer leurs examens de maturité ont montré que si la majorité des élèves sont bien préparés pour aller à l’université, un groupe possède des compétences «lacunaires ou insuffisantes» en mathématiques et dans la langue première.

Dans la foulée, la CDIP et la Confédération ont chargé l’Institut des sciences de l’éducation de l’Université de Zurich de déterminer quelles compétences dans ces matières sont importantes pour pouvoir entreprendre des études dans pratiquement toutes les branches universitaires. Un rapport devrait être publié et soumis à la discussion en mai. Selon le secrétariat général de la CDIP, il pourrait «peut-être» en résulter un complément au plan d’études cadre actuel. Un retour à l’ancien système, en revanche, n’est «pas à l’ordre du jour». (24 heures)

Créé: 16.02.2015, 07h58

«Le niveau de la maturité ne baisse pas»

Anne-Catherine Lyon, conseillère d’Etat vaudoise et présidente de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, défend le système actuel.

– La maturité est-elle trop facile?
– Pas du tout. Des personnes, surtout en Suisse alémanique, considèrent qu’il y a trop d’universitaires dans notre pays. C’est une sorte d’obsession, elles semblent considérer que seule une petite élite peut accéder aux études. Dans le même temps, on voit que, dans certaines régions, on s’inquiète du fait qu’il faut importer des cerveaux de l’étranger. C’est le serpent qui se mord la queue…

– Les tests EVAMAR II ont montré que certains élèves n’ont pas les compétences en maths ou dans la langue première pour mener des études universitaires. Les bacheliers ne peuvent-ils pas compenser trop facilement leurs faiblesses?
– Chaque point négatif doit être compensé à double – c’est une grande exigence. Certains estiment que le niveau baisse, mais cela relève du fantasme. Notre pays vante son haut niveau d’innovation: celui-ci est nourri par les personnes que nous formons depuis vingt ans.

– La Conférence des directeurs de l’Instruction publique et la Confédération planchent sur une éventuelle révision du plan d’études. Votre avis?
– Cela ne me dérange pas que mes collègues mènent une réflexion sur l’enseignement de la langue première et des maths. Mais de mon point de vue, les changements relèveront davantage de la cosmétique et les principales décisions prises il y a vingt ans ne seront pas remises en question. Nous avons en Suisse un réservoir de personnes compétentes. Nous devons leur permettre de se former sans abaisser nos exigences, voilà tout.

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