L’horloger passionné d’images mène une seconde vie

Portrait de derLe Chablaisien Lionel Moerch, spécialisé dans la rénovation de montres anciennes, est aussi un snowboardeur de talent.

À 24 ans, Lionel Moerch semble sortir tout droit d’une campagne de pub pour l’Office du tourisme suisse.

À 24 ans, Lionel Moerch semble sortir tout droit d’une campagne de pub pour l’Office du tourisme suisse. Image: CHANTAL DERVEY/24 Heures

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Attablé à son petit atelier, au fond d’une élégante bijouterie veveysanne, Lionel Moerch referme avec soin le boîtier en or d’une vieille montre. «C’est une Rolex qui date certainement des années 60, précise-t-il sans lâcher la précieuse des yeux. Je viens de terminer sa révision. J’espère que le problème est résolu cette fois-ci.» À côté de lui, une montre à gousset, à l’élégant cadran en émail, tourne sous une cloche de verre. En observation.

Le Chablaisien est spécialisé dans la réanimation de ces anciennes tocantes. «Au fil des étapes, la montre reprend vie. Quand je sors certains modèles de nos tiroirs, ils n’ont l’air de rien. On part vraiment de zéro. Ces mécanismes ont vécu, ils sont passés entre les mains d’autres horlogers. Je vois la patte de ces prédécesseurs, leurs bricolages parfois et l’évolution des techniques aussi.» Chacun de ses gestes est précis, presque inné. Malgré sa grande taille, Lionel Moerch incarne le calme et la précision que l’on attend chez un horloger.

Dans les montagnes iraniennes

Pourtant, cet artisan minutieux mène une double vie. À le voir travailler ainsi, on l’imagine mal franchir des volées d’escaliers ou sauter contre des barrages. C’est pourtant à ce genre d’activités que le natif de Monthey dédie (presque) tout son temps libre.

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«J’ai besoin de cette prise de risque, de cet endroit de liberté et de créativité, explique le snowboardeur-horloger qui se définit comme un caméléon. À l’atelier, mes journées sont définies par une concentration intense. Il y a aussi une certaine tenue et un comportement à avoir vis-à-vis des clients. Je sens que lorsque le week-end arrive, j’ai de l’énergie à revendre.»

Monté sur une planche à l’âge de 5 ans, Lionel Moerch a fait des cimes enneigées son jardin, s’amusant à défier toujours un peu plus les lois de la gravité. Enfant de la montagne, il y a tout appris. «Le silence et le calme qui y règnent sont synonymes d’une liberté que je ne retrouve nulle part ailleurs. Les lois sont dictées par la nature.»

Des liens inattendus entre snowboard et horlogerie

Adolescent, il ne voyait pas d’autre option que de vivre de son sport. «J’ai longtemps cru que le snowboard serait au centre de ma vie et que je jonglerais avec des petits boulots à côté pour m’en sortir. En grandissant, j’ai réalisé que j’avais besoin de plus de stabilité.» Aujourd’hui diplômé de l’École technique de la vallée de Joux, il mène de front ces deux carrières, a priori si différentes. Tout en partageant sa vie avec sa compagne architecte, à Monthey.

Le jeune homme parvient néanmoins à dresser des parallèles inattendus. À force de rater des figures et d’enchaîner les chutes, le snowboardeur s’est forgé une persévérance de fer. Qualité nécessaire en horlogerie. «Il faut parfois recommencer encore et encore avant qu’une montre fonctionne à nouveau. Si un rouage s’arrête, on ne voit pas tout de suite pourquoi. Commence alors une interprétation, un diagnostic presque médical. Il s’agit d’y aller étape par étape, en contrôlant chaque organe de la montre jusqu’à trouver la solution.»

Une minutie professionnelle qui se retrouve réciproquement sur la neige. «Ce souci du détail, du travail bien fait, vient certainement de là en effet.» Ce d’autant plus depuis que Lionel Moerch est également passé derrière la caméra. En 2017, il a sorti sa première vidéo, «Down in the Streets», tournée entre la Suisse et l’Iran. «Lio», comme le surnomment certains de ses amis, y transforme avec grâce l’architecture urbaine en terrain de jeu.

Un talent pas totalement exploité

Le Valaisan Fred Couderc était aussi du voyage dans les montagnes de l’ancienne Perse. «Lionel mériterait de pouvoir se dédier exclusivement au snowboard sur un hiver, en réalisant une saison en tant que professionnel, regrette-t-il en évoquant son coéquipier au sein de la Team West. Son travail lui prend pas mal de temps et il n’a pas encore montré tout ce dont il était capable. C’est un jeune talentueux qui vit le truc à fond dans tout ce qu’il fait.» Lionel le répète à plusieurs reprises, il a trouvé son équilibre.

Au coin de la pièce, un pendule séculaire annonce la demi-heure et nous ramène à l’horlogerie. Le patron Yannick Meylan vient de terminer avec un client. Il nous rejoint pour évoquer la passion de son employé. «Quelqu’un qui s’éclate dans la vie sera plus heureux et motivé dans son travail au quotidien. C’est forcément positif pour nous, et surtout pour lui. Après…» Le jeune patron marque une pause.

Symbole d’une Suisse moderne

«Cela comporte aussi quelques désavantages. C’est un sport qui comporte des risques. Lionel arrive parfois tout cassé, ou il n’arrive plus du tout. On a déjà eu plusieurs fois une discussion sur les systèmes de protection, qu’ils évitent scrupuleusement pour des questions philosophiques.» Dans ses vidéos, le jeune snowboardeur ride avec un bonnet, ses longs cheveux bruns volant à l’air libre. Visiblement, le débat sur le port du casque n’est pas encore terminé.

À 24 ans, Lionel Moerch semble sortir tout droit d’une campagne de pub pour l’Office du tourisme suisse. Jeune et connecté, il tire un trait d’union surprenant entre deux domaines bien de chez nous. Que ce soit en faisant perdurer un savoir-faire traditionnel ou en s’envoyant en l’air sur les montagnes du pays, il s’inscrit aussi dans l’histoire d’une Suisse en mutation. (nxp)

Créé: 17.12.2018, 13h54

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