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Art dans la rueDix ans que le mystérieux Léon Missile est dans le paysage

Même si la véritable identité du peintre de rue relève du secret de Polichinelle pour beaucoup, l’artiste qui colle ses originaux sur les placards SGA n’est pas encore prêt pour son coming out. Il fête ses 10 ans en «sale gamin» avec un livre.

Si, en dix ans, le trait de Léon Missile a conservé toutes ses caractéristiques et sa singularité, le ton de l’artiste clandestin est monté d’un cran. Il intervient de plus en plus dans le débat public. 
Si, en dix ans, le trait de Léon Missile a conservé toutes ses caractéristiques et sa singularité, le ton de l’artiste clandestin est monté d’un cran. Il intervient de plus en plus dans le débat public. 
Léon Missile

Parfois il parle à la première personne, parfois à la troisième… c’est un peu normal: notre interlocuteur est passé pro dans l’art du dédoublement, ça fait dix ans qu’il pratique avec une signature qui se vend en atelier et une autre qui se décolle dans les rues de Lausanne et d’ailleurs.

«Je sais bien que j’ai les moustaches du gamin qui assure ne pas avoir mangé de chocolat, mais je ne suis pas encore prêt!»

Léon Missile, artiste

Les deux partagent des traits communs, cette notion très forte du dessin, de la ligne qui caractérise, influente ou déliquescente, mais l’artiste, celui qui expose en galerie, refuse encore de faire la paire au grand jour avec le libertaire qui sévit dans l’espace public. «Je sais bien que j’ai les moustaches du gamin qui assure ne pas avoir mangé de chocolat, mais je ne suis pas encore prêt! En fait, je crois que c’est parce que j’aime bien cette partie de moi qui a moins d’états d’âme.»

À 59 ans, le Janus lausannois de la peinture ne pêche donc ni par orgueil ni par fausse pudeur. Et il n’est pas dupe: l’état civil de Léon Missile, représenté en public par son ambassadeur Eric Martinet, tient du secret de Polichinelle. Même pour certains de ses élèves: oui, l’homme mystère est aussi prof. Mais tout ça l’amuse et à demi-mot il admet que le trublion opérant dans l’instant et dans l’intensité stimule le peintre «plus réfléchi, plus lent à la détente».

Alors quand il parle de cet avatar, de ce «brave Missile», de ce «sale gamin» qui fête ses 10 ans avec la publication d’un livre souvenir de ses œuvres éphémères – le début de l’assagissement? – c’est avec un joyeux détachement. Même pas feint, d’ailleurs, on se croirait pris dans une conversation entre deux meilleurs amis qui se ressemblent un peu et… pour le reste, se complètent!

Léon Missile est né en 2010, conçu sur une impulsion, il a commencé par coller ses doubles peints d’icônes architecturales lausannoises – le siège des Retraites populaires, l’hôtel Beau Rivage, le château d’Ouchy – dans l’environnement direct de leur modèle. Une duplicité poétique, un effet miroir qui rappelle le double jeu du peintre clandestin et de son alter ego. Mais d’abord, il «part en campagne», remplit des carnets de dessins qui «portent en eux l’instant comme l’échelle du lieu». Puis, à l’atelier, il transforme ce ressenti, et le moment venu, il part coller ses originaux sur un panneau de la Société générale d’affichage.

Le terrain de jeu urbain privilégié de l’artiste reste Lausanne, là où tout a commencé.
Le terrain de jeu urbain privilégié de l’artiste reste Lausanne, là où tout a commencé.
Léon Missile

«Un calendrier de l’Avent permanent»

«J’ai toujours trouvé ce dispositif incroyable, c’est un calendrier de l’Avent permanent, en plus d’être élégant tellement il est normé, et c’est un excellent vecteur pour le graphisme qui, en Suisse, est de haute tenue. Bon, il y a aussi des merdes, comme des affiches très poétiques. En fait, confie-t-il, le boulot de Missile est nourri de ces paramètres: l’abondance de panneaux comme cette expression graphique souvent noble. Je me suis toujours interdit de recouvrir des choses trop précieuses, à part si c’est l’affiche d’un grand musée et que je sais qu’il y en a des dizaines en ville. L’idée n’est surtout pas de faire du tort, d’ailleurs, j’ai eu des retours de graphistes qui ont compris la démarche, ravis.»

L’artiste d’abord très lausannois se balade en Suisse, ici à Bâle. Il s’est inspiré des chevreuils qui avaient été surpris dans un cimetière de la ville.
L’artiste d’abord très lausannois se balade en Suisse, ici à Bâle. Il s’est inspiré des chevreuils qui avaient été surpris dans un cimetière de la ville.
Léon Missile
Une incursion à Nyon.
Une incursion à Nyon.
Léon Missile
L’artiste aime les montagnes, ici dans le Chablais Vaudois.
L’artiste aime les montagnes, ici dans le Chablais Vaudois.
Léon Missile
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En dix ans, Missile a tiré 500 fois «peut-être même plus», lance-t-il! Mais le frisson n’a pas disparu. «Au moment où je commence à enfiler ma tenue de camouflage, si je connais les gestes, ce trac reste, un peu comme un comédien avant de monter sur scène, même si c’est prétentieux de dire ça. Encore récemment à Bâle, un gars m’a repéré, il m’a pris en photo et j’ai senti – ce qui arrive rarement – qu’il y avait un côté un peu inamical. Mais après il a cru que j’étais mandaté pour faire ça, je n’ai pas démenti. Ce frisson, s’il fait partie du jeu, n’est pas mon moteur… je ne me suis pas trouvé mon sport extrême en faisant ça.»

Des originaux à la rue

On parle donc d’originaux, l’artiste de rue qui y voit aussi une métaphore de son personnage, y tient «mordicus»: ce sont des originaux «voués à disparaître». Même si parfois, certains resurgissent ici ou là. «Mais, appuie-t-il, ils ne sont jamais mieux que dans la rue. C’est aussi ce que je vérifie parfois à l’atelier lorsque je les trouve un peu criards ou même surdimensionnés et que ces impressions s’estompent une fois qu’ils ont trouvé leur milieu naturel. C’est un peu la même sensation qu’il m’arrive d’éprouver lorsque je surprends quelqu’un qui prend en photo mon travail et que j’ai le sentiment qu’il est reçu avec une énergie identique à celle que j’ai mise pour le faire. Et ça, c’est sympa! Exactement comme à mes débuts lorsque certains marquaient de grands «merci» sur une affiche, parce que c’est bien un cadeau fait à tous ceux qui l’apprécient. Les autres? Ils attendront que ça soit recouvert.»

«J’ai toujours vu dans ce travail clandestin un côté gentiment militant et irrévérencieux envers le monde de l’art dans lequel l’autre artiste s’est installé confortablement. Mais c’est vrai que j’ai ouvert un nouveau chapitre, un peu plus fort que juste le petit caillou blanc laissé en ville.»

Léon Missile, artiste

Dix ans, un livre intitulé «Un original en ville» avec un texte de Cécile Collet, journaliste à «24 heures» qui a été la première à révéler son existence, une reconnaissance confirmée par ces œuvres qui s’arrachent – même s’il a amélioré sa recette de colle – et des émules repérés ici ou là: Missile ne s’était pas projeté si loin. Ni même dans une évolution!

L’artiste dans son autre passion de peintre: la montagne. Ici, vue de la place du Marché à Vevey.
L’artiste dans son autre passion de peintre: la montagne. Ici, vue de la place du Marché à Vevey.
Léon Missile

Pourtant son trait participe de plus en plus au débat social, politique et démocratique en intervenant sur des pubs pour les voitures, sur la votation fédérale sur la modification de la loi sur la chasse ou très récemment sur les mesures sanitaires. «J’ai toujours vu dans ce travail clandestin un côté gentiment militant et irrévérencieux envers le monde de l’art dans lequel l’autre artiste s’est installé confortablement. Mais c’est vrai, conclut-il, que j’ai ouvert un nouveau chapitre, un peu plus fort que juste le petit caillou blanc laissé en ville.»

www.lemissile.ch ou Facebook et Instagram Léon Missile pour commander l’ouvrage «Un original en ville».

1 commentaire
    Observateur

    10 années que vous dribblez et contournez aisément les lois en vigueur en matière d'affichage sauvage tel un talentueux footballeur dribblant toute une defense les doigts dans le nez. L'adrénaline ressentie révèle l'illégal de vos raids et fait penser à celle que décrivent certains tageurs. Vos aveux font planer un incroyable doute. En effet, Mme Germond, municipale lausannoise en charge de faire dénoncer les auteurs de tags ou d'affichage sauvage est soit une de vos connaissances et laisse faire, soit est simplement incapable de mettre un terme à vos actions clandestines. Je vote perso pour la seconde option. Votre interview pourrait bien provoquer un branle-bas de combat auprès de son équipe de rambos sensée faire régner la propreté et faire de Lausanne une ville sans tags ni affichage sauvage. Vous vous mettez dans son collimateur. Quel culot ! Quel toupet ! Quel pied de nez ! MDR vous devez être et je vous comprends. En revanche, lui expliquez svp pas que le Street art fait partie intégrante de l'urbanisme d'une ville, elle restera profane en la matière et puis, le ridicule est fait pour notre amusement et dans ce domaine elle excelle. Bonne continuation à vous l'artiste