Crise sans précédentDix ans après l’assassinat de Marie, récit d’un séisme
Dans la nuit du 13 mai 2013, Claude Dubois, assassin et violeur, récidive et tue la jeune Marie. L’indignation gagne le pays. Cette affaire devient celle de l’internement à vie.

C’était il y a dix ans jour pour jour. Ce lundi soir du 13 mai 2013, Marie, une jeune apprentie sommelière de 19 ans, quittait son travail au golf de Payerne. Quelques minutes plus tard, elle était emmenée de force par celui avec qui elle entretenait depuis peu une relation intime. Cet homme, de 17 ans son aîné, était en fait un violeur et un assassin condamné à 20 ans de prison pour le crime commis sur son ex-petite amie en 1998. Marie n’en savait rien. Elle venait de tomber dans les griffes de Claude Dubois.
Le soir même, la chasse à l’homme est lancée. Si bien que le 14 mai, Claude Dubois est arrêté. Tout le monde retient son souffle avec l’espoir de retrouver Marie vivante, mais déjà la polémique enfle. Comment ce dangereux criminel, décrit en 2000 à son procès comme un meurtrier d’une froideur extrême, «un serpent lisse et inquiétant», a-t-il pu se retrouver en liberté?
C’est que, depuis août 2012, Claude Dubois est dehors, sous la surveillance d’un bracelet électronique. Une décision prise par l’Office d’exécution des peines. Il repassera brièvement par la case prison trois mois plus tard. Mais il fait recours et retrouve la liberté en janvier sur décision d’une juge d’application des peines. Une série de mauvais choix qui seront tous dénoncés.
Un pays sous le choc
Le 15 mai, le scénario du pire se confirme. Durant la nuit, Claude Dubois passe aux aveux. Le corps de Marie est retrouvé dans un bois, non loin de Romont (FR). L’émotion est immense. À la tristesse se mêle la révolte. Marie, victime innocente. Marie, icône aussi. Celle d’un système qui a failli face à un prédateur qui aurait dû être suivi de près. L’indignation gagne les quatre coins du pays. C’est aussi que ce drame en rappelle tristement un autre. En 2009, Lucie, 16 ans, une jeune fille au pair, était assassinée par un autre récidiviste à Rieden (AG)

Face à la presse, ce 15 mai 2013, les conseillères d’État vaudoises Jacqueline de Quattro et Béatrice Métraux, le président du Tribunal cantonal Jean-François Meylan et le procureur général Eric Cottier ne cachent pas leur désarroi. La justice reconnaît immédiatement son erreur. Béatrice Métraux décide pour sa part que les criminels dangereux ne pourront plus bénéficier d’un bracelet électronique.
La justice et les autorités pénitentiaires dans le viseur
Le procureur général soleurois Felix Bänziger est mandaté pour déterminer les fautes. Les projecteurs sont braqués sur la juge qui a refusé de renvoyer Dubois en détention, mais bientôt les autorités pénitentiaires sont dans le viseur. Aucune négligence ne sera pointée par l’expert, juste des «occasions manquées» de tous les acteurs.

Fin de l’histoire? Oh non! Ce rapport ne calmera ni l’opinion publique, ni les politiques. Les mois se succèdent, les révélations s’enchaînent. Avec le sentiment que les ratés sont nombreux et que les autorités peinent dans l’exercice de la transparence. Sentiment marqué aussi car à Genève, au même moment, les autorités font leur mea culpa à la suite d’un nouveau drame. Le 12 septembre de cette même année 2013, Fabrice, un violeur récidiviste, égorge Adeline, une sociothérapeute chargée de sa sortie accompagnée. Dans le canton de Vaud, une crise institutionnelle sans précédent éclate. Les attaques visent désormais l’impunité des juges. Un second rapport puis un troisième de Dick Marty seront ordonnés.
L’internement à vie, taillé pour Dubois?
Au-delà de la bataille politique, cette affaire devient pour la Suisse celle de l’internement à vie. Acceptée par le peuple en 2004 et introduit en 2008 dans le Code pénal, cette mesure, que certains comparent à une lente peine de mort, n’a jamais été prononcée dans le canton de Vaud. En Suisse, un seul détenu est interné à vie, uniquement car il n’a pas fait recours. Pour nombre de juristes, cet article est en fait inapplicable et contraire à la Convention européenne des droits de l’homme.

Le procès de Claude Dubois se tiendra en mars 2016. Celui qui incarne le mal absolu n’est-il pas le parfait candidat pour un internement à vie? Pour le prononcer, deux expertises psychiatriques indépendantes doivent conclure à l’incurabilité à vie de l’assassin. L’enjeu est de taille, si bien que Dubois, défendu par Me Loïc Parein, obtient une ténor en renfort, Me Yaël Hayat. Face à eux, Me Jacques Barillon représente la famille de Marie.
Ce 7 mars 2016, dans la salle du Tribunal déplacé à Renens, plus de 120 personnes du public s’installent. Une foule de journalistes, les parents de Marie, le président et les juges, le procureur général et les avocats. Dans un silence glaçant, Claude Dubois fait son entrée. Si les faits du drame sont clairs, c’est surtout l’homme ou le monstre qui attire toute l’attention. Beaucoup seront déçus. L’introspection n’est pas le point fort de Dubois. Il se pose en victime, tente de récuser son avocat, refuse parfois de revenir dans la salle. Mais jamais, il ne dira pourquoi. Pourquoi ce jour-là, il a mis à mort Marie à l’aide d’une ceinture.

Le verdict controversé
Après trois ans d’instruction, cinq jours de procès, le verdict tombe. Claude Dubois, 39 ans, est condamné à la prison à perpétuité ainsi qu’à l’internement à vie. Dubois sourit et tape trois fois sur l’épaule de son avocate. Confirmé par le Tribunal cantonal, ce verdict sera cassé par le Tribunal fédéral cinq ans après les faits. Une fois de plus, les juges ont refusé d’appliquer cet article. Il faudrait pouvoir prouver qu’une personne est incurable à vie, ce que les médecins ne se permettent pas d’avancer. Dans les faits, l’avenir de Dubois n’est pas plus clément. Après sa peine de prison débutera une mesure d’internement en prison qui serait levée seulement s’il n’est plus dangereux. Aujourd’hui, Claude Dubois est détenu dans une prison de haute sécurité.
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