Passer au contenu principal

La rédactionDimanche à Moutier, un dernier vote historique?

Ce 28 mars 2021, les habitants de la cité prévôtoise retournent aux urnes. Notre journaliste questionne l’un des scrutins les plus émotionnels de Suisse.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Il y a presque vingt ans, alors jeune étudiant en journalisme, je décrochais mon premier stage au sein de la rédaction de Radio Fréquence Jura à Delémont. Ma coach de l’époque, la clope au bec, m’a balancé un truc banal pour elle (pas du tout pour moi): «Tu penses quoi de la Question jurassienne?» Je suis devenu livide. Pour la bête raison que je n’avais pas d’avis. Ça l’a fâchée, je crois. «Tu as au moins une opinion sur le rattachement de Moutier?» Dans mon souvenir flou, j’ai esquivé en disant qu’on pouvait faire un seul canton avec le Jura bernois et Neuchâtel.

Et j’ai grandi, travaillé dans la cité prévôtoise, rencontré ses habitants, humé l’ambiance, j’en ai un peu plus dans le coffre.

J’ai les larmes aux yeux de repenser à cette extraordinaire ferveur populaire, au soir du 18 juin 2017, lorsqu’une majorité de Prévôtois (137 suffrages d’écart) ont choisi mon canton de cœur pour s’y épanouir. J’ai le cœur qui se met à battre lorsque je me souviens de tous les recours déposés dans la foulée, pour domiciliation fictive notamment.

«Après trois ans et demi de tracasseries, les ayants droit de Moutier pourront dire, définitivement, s’ils veulent quitter Berne ou y rester.»

Je pourrais aussi m’agacer de la lenteur et du suspense autour de la décision préfectorale d’annuler le scrutin le plus surveillé de l’histoire suisse, de longs mois plus tard. Car seule une poignée d’accusés, des deux camps, ont été jugés. Et donc, a posteriori, ce ne sont pas ces «tricheurs» qui auraient pu faire pencher la balance en faveur d’un statu quo bernois. On ne va pas refaire le match: c’est le jeu de la séparation des pouvoirs, quoi qu’on puisse en penser aux tables rondes.

À quarante-huit heures d’une nouvelle journée qui sera inscrite dans tous les livres d’histoire suisse, on repart pour un tour. C’est ce dimanche, après trois ans et demi de tracasseries, que les ayants droit de Moutier pourront dire, définitivement, s’ils veulent quitter Berne ou y rester. Il semble que la Confédération et les autorités cantonales des deux bords aient rempli leur rôle en posant toutes les bases nécessaires à un vote propre, irréprochable et accepté par toutes les parties sans recours.

Des habitants en plus

La campagne, à cause de la crise sanitaire, aura été trouble. Sans les bars et les restaurants, irrésistibles stamms des pro-Jurassiens ou des pro-Bernois, les débats se sont déplacés sur les réseaux sociaux. Et ça n’a pas élevé la hauteur de l’argumentation. Certes, on a rivalisé d’imagination pour capter le nouveau public, mais est-ce que ça suffira? Depuis le premier scrutin, 800 nouveaux votants sont arrivés dans la commune, parmi lesquels 300 jeunes. Ce sont peut-être leurs voix qui seront décisives. Dans sa grande histoire, Moutier a déjà subi plusieurs scrutins pour son appartenance. Pour quelques dizaines de suffrages, la ville a toujours été tiraillée entre le Nord et le Sud.

J’ai alors demandé au stagiaire: «Tu penses quoi de la Question jurassienne?» Il est devenu livide.

1 commentaire
    Philippe Wegmuller

    Moutier Bernois Non au rattachement au Jura