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Du théâtre en streamingDeux ados meurtrières en quête d’absolu

Sophie Pasquet Racine s’empare d’un fait divers glaçant dans «Les absolues», spectacle musical à découvrir en ligne dimanche.

Le spectacle «Les absolues» sera diffusé en streaming dimanche depuis le Casino-Théâtre de Rolle.
Le spectacle «Les absolues» sera diffusé en streaming dimanche depuis le Casino-Théâtre de Rolle.
DR

Ce 22 juin 1954, la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a été le théâtre d’un crime sordide, presque indicible. Deux jeunes filles âgées de 14 et 15 ans, Pauline Parker et Juliet Hulme, assassinent de sang-froid Honorah Parker, la mère de Pauline. Uni par une amitié macabre, le binôme avait prémédité son acte depuis des semaines. Ce fait divers glaçant a inspiré à Sophie Pasquet Racine un spectacle entrelaçant fureur et poésie, «Les absolues», dont la trame se noue autour de la quête d’absolu propre à l’adolescence. «C’est une période de tension pour ces êtres en devenir, qui sont confrontés à un manque d’espace, de liberté», décrit l’autrice et metteuse en scène. Cette création de la Cie Freckles sera diffusée en streaming en direct depuis le Casino-Théâtre de Rolle, ce dimanche, puis disponible en ligne les jours suivants.

«L’adolescence est une période de tension pour ces êtres en devenir, qui sont confrontés à un manque d’espace, de liberté.»

Sophie Pasquet Racine, autrice et metteuse en scène de la pièce «Les absolues»

L’idée de porter cette histoire à la scène trottait dans la tête de Sophie Pasquet Racine depuis belle lurette. En 2004, alors qu’elle joue dans «Les bonnes» à Avignon, la pièce de Genet entre en résonance avec un film de Peter Jackson sorti dix ans plus tôt, «Créatures célestes», inspiré du fait divers néo-zélandais. «J’ai voulu en faire une pièce, car je me suis rendu compte que, sur certains aspects, cette histoire entrait en corrélation avec ma propre adolescence. Ce sentiment d’être un être incroyable et de pouvoir accomplir des choses exceptionnelles», confie l’artiste.

Un «quatrième monde»

Dans la pièce, les deux jeunes filles se frottent à un monde borné, délimité par les règles des adultes. «Elles sont bloquées par leurs parents, par l’école, par l’injonction à être en bonne santé et au bien-être», énumère Sophie Pasquet Racine. Leur aigreur, bientôt fatale, se cristallise sur la figure maternelle. «Cette haine de la mère ne s’explique pas vraiment, souligne l’artiste, qui a réalisé un travail documentaire pour écrire le spectacle. Ma lecture est qu’elle incarnait la médiocrité de la classe moyenne, sans possibilité de rêve.»

La pièce se noue autour de la quête d’absolu propre à l’adolescence.
La pièce se noue autour de la quête d’absolu propre à l’adolescence.
DR

Engagées, enragées dans leurs desseins funestes, Pauline et Juliet ont inventé un «quatrième monde» peuplé de personnages fantasmés. Sur scène, cet univers parallèle se traduit dans une partition musicale signée Sophie Pasquet Racine et Jean-Samuel Racine – époux à la ville. «Cela commence par une écoute sur un téléphone, puis la musique prend de plus en plus de place sur scène et dans leurs propres voix. À la fin, elle prend possession du réel.»

Rolle, Casino-ThéâtreDiffusion en streaming
Di 31 janv. (18 h)
www.theatre-rolle.ch