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L’invitéDette européenne: les naïfs et le baratineur

Lorsque Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont mis d’accord, suite aux conséquences financières de la crise du Codid-19, sur un colossal plan de relance européenne, les optimistes et les naïfs ont multipliés les déclarations réjouies qu’on peut résumer ainsi: «C’est un grand bond en avant pour l’Europe politique puisque
l’Allemagne accepte enfin de mutualiser les dépenses engagées par l’Exécutif de l’UE. L’intégration européenne va ainsi considérablement progresser.» Quelques voix discordantes attirèrent pourtant immédiatement l’attention sur le constat qu’il fallait encore que les pays dits frugaux, Allemagne comprise, entérinent cette avancée vers une forme de mutualisation des dettes et de péréquation des dépenses à l’intérieure de l’Union.

Or, de toute évidence, cette avancée se heurte à la volonté populaire des nations qui ont de la gestion des deniers publics une vision rigoureuse. Dans ces dernières on reste très réfractaire à l’idée que les fourmis, soit les pays bien gérés, devraient prendre en charge les traditionnels excès, voire les folies budgétaires des cigales du Sud. Convaincre ces populations ne sera donc pas chose aisée, même si les dirigeants politiques des pays économiquement et financièrement les mieux armés savent que l’on ne pourra sauver l’euro et l’équilibre de l’Union européenne que si ceux-ci viennent au secours de l’Italie, de la France, de la Grèce, de l’Espagne, etc.

C’est là qu’intervient le baratineur, à savoir Thierry Breton, commissaire européen du marché intérieur, chargé de dorer la pilule qu’il va falloir faire avaler aux citoyens des pays gouvernés raisonnablement. Pour atteindre cet objectif, Thierry Breton est prêt à tout. Voici les paroles qu’il a prononcées sur les ondes de la TSR: «Il ne s’agit pas que les uns paient pour les autres. On ne va pas faire rembourser la dette née du plan de relance par tel ou tel pays. C’est la Commission européenne qui la remboursera sur trente ans.»

Ces propos constituent une forme d’escroquerie, fondée sur l’ignorance de la grande majorité des citoyens. En effet, même si la dette est épongée sur trente ans, même si elle est contractée puis remboursée par la Commission européenne, ce sont quand même les pays qui, le moment venu, seront appelés à engager les milliards requis en fonction de leur quote-part au budget de la Commission. Or ces milliards auront été distribués selon les besoins des pays en difficultés. Autrement dit, contrairement à ce qu’affirme Thierry Breton, ce sont bien les pays économes qui régleront la dette créée par les pays dépensiers.

L’homme politique français croit-il vraiment qu’en trompant aussi manifestement les peuples il va les convaincre, à terme, d’adopter une saine péréquation entre pays riches et pays faibles?

Soit dit en passant, plutôt que de jongler mois après mois avec les milliards afin de compenser les déséquilibres économiques et financiers nés de l’adoption de l’euro, la Commission européenne n’aurait-elle pas avantage à envisager une réforme de la monnaie unique? Car c’est bien celle-ci qui empêche aujourd’hui les pays excessivement endettés de recourir à la méthode qu’ils utilisaient depuis toujours pour pallier leur gestion financière génétiquement calamiteuse, soit rembourser leurs dettes grâce à des dévaluations régulières de leurs monnaies nationales défuntes.