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La rédactionDes masques, du gel et du houblon

Les länder allemands ne veulent pas d’une stratégie commune contre le virus. À l’instar de la Bavière, qui aura sa Fête de la bière.

S’il vous est arrivé de vous rendre en automne à Munich, vous aurez peut-être été frappés, comme moi, par la ferveur quasi religieuse que les Bavarois portent à leur Oktoberfest. On est loin des clichés de ventres bedonnant en culotte de cuir, ingérant quantités gargantuesques de bière et de bretzels, vidangeant les vessies derrière les tentes surpeuplées. Ça, c’est la fête des touristes, vous répondra-t-on avec condescendance.

Les Munichois, les vrais, qui portent le costume traditionnel à 20 ans comme à 60, se retrouvent entre eux, famille, amis ou collègues d’entreprise, dans des tentes préréservées chaque année à prix d’or. Et qui constituent en réalité une formidable force de réseautage politique et économique. Alors, lorsqu’en pleine pandémie, ce printemps, il a été décidé d’annuler la messe aux 6 millions de visiteurs qui rapporte près de 1 milliard d’euros de recettes à la ville, les organisateurs se sont retournés en un éclair. Le 19 septembre débarquent les Wirtshauswiesn, comprenez «les pelouses des brasseries». Ou, plus simplement, un énorme Biergarten à la taille de Munich. Une fête gigantesque. Entre masques et gel, la bière coulera à flots, amen.

«La cacophonie générale qui règne au nord du Rhin par ces temps de Covid»

Cette manifestation n’est qu’un exemple de la cacophonie générale qui règne au nord du Rhin par ces temps de Covid. Ah, les Allemands, une nation calme et disciplinée qui a su gérer la pandémie sans avoir recours au confinement. Tellement mieux que ses voisins européens, nous répète-t-on inlassablement.

Pourtant, à l’heure de la rentrée, on assiste plutôt à un bras de fer musclé entre Angela Merkel et les länder. La première défend une «stratégie uniforme» pour l’ensemble du pays, veut parler d’une seule et même voix. Les seconds campent sur leur fédéralisme au nom des particularités régionales et des courbes de nombres de cas incomparables. Personne n’a oublié le traumatisme des habitants de Gütersloh, jugés voyageurs non grata cet été dans les autres länder à la suite du scandale des abattoirs contaminés. Imaginez les Schwytzois chassés des plages du Léman…

Le débat des amendes

Alors, évidemment, la dernière réunion entre la chancelière et les représentants des länder a viré à l’échec. La Saxe-Anhalt ne veut pas d’une amende de 50 euros contre les récalcitrants du masque. La Bavière, au contraire, juge le montant trop bas. La Rhénanie-du-Nord-Westphalie – où se trouve Gütersloh justement – a fait cavalier seul en imposant jusqu’à récemment le port du masque à l’école.

Et les länder s’écharpent toujours sur le nombre de participants aux fêtes privées qui explosent dans le pays. Si des concessions ont été faites – prolonger jusqu’à la fin de l’année les stades vides et l’interdiction des rassemblements –, les observateurs de la vie politique le savent bien: en fin de compte, les länder auront le dernier mot. Comme la Bavière avec sa nouvelle Fête de la bière. Il est des symboles auxquels on ne s’attaque pas.