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L’invitéDes idées pour tendre à la neutralité carbone

Le Conseil fédéral a détaillé sa stratégie afin de décarboniser la Suisse d’ici à 2050. Cette stratégie inclut une loi prévoyant dans le domaine de la circulation automobile une taxe de 10 centimes le litre pour les carburants. Dans le domaine de l’aviation, une loi prévoit l’introduction d’une taxe sur les billets d’avion de 30 à 120 francs ainsi que l’obligation, pour les compagnies aériennes, d’émettre des certificats d’émission de CO2. De nombreuses critiques se sont fait entendre. Il a été dit que cette stratégie était basée sur la culpabilisation et l’achat de bonne conscience plutôt que sur des mesures innovantes et qu’il fallait des actes plutôt que des discours.

Quelques suggestions afin de transformer la stratégie en actes. Le transport routier est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre. L’électrification des moyens de transport devrait faire diminuer peu à peu son impact, dans la mesure où l’énergie électrique utilisée sera une énergie propre. Pour que ce transfert vers un transport électrifié se fasse sans heurts, il faudra démultiplier les bornes électriques sur le réseau routier et installer de très nombreuses stations de distribution d’hydrogène pour les futurs poids lourds à propulsion hydrogène. La taxe sur le carburant devrait donc trouver, entre autres, une application évidente dans ce domaine.

L’industrie représente 24% des émissions de gaz à effet de serre en Suisse dans la production de ciment, la métallurgie et dans l’incinération des ordures ménagères. L’industrie du ciment en particulier est un grand émetteur de C02. Afin de diminuer son empreinte carbone, cette industrie utilise diverses stratégies et a déjà parcouru une petite partie du chemin. Dans le but d’accélérer la dépollution de cette industrie, il serait cependant judicieux d’y participer à travers le nouveau système de captation de CO2 développé par la société Climeworks, qui a été récemment décrit dans ce journal.

«Pour que le transfert vers un transport électrifié se fasse sans heurts, il faudra démultiplier les bornes électriques sur le réseau routier et installer de très nombreuses stations de distribution d’hydrogène.»

Cette technologie a déjà été mise en pratique dans de petites installations en Suisse. Le CO2 capté a ensuite été dirigé vers des serres voisines afin d’y stimuler la croissance des légumes et des salades ainsi que vers des sociétés produisant des boissons gazeuses. Depuis deux ans, une usine a également été installée en Islande et une installation nettement plus grande est en cours de finalisation. Le financement de ces installations s’est fait à travers des fonds d’investissement. Le CO2 capté est enfoui dans le sous-sol où il se solidifie au bout de deux ans. L’exploitation de l’installation est financée par un système d’abonnement auprès de la population islandaise.

Comme toute nouvelle technologie, son coût est encore trop élevé, mais des avancées technologues et un déploiement à grande échelle devraient le faire baisser considérablement. Climeworks pense que le coût actuel de 600 francs la tonne peut être abaissé à 100 francs la tonne. Il existe également des technologies de fabrication de carburant à partir de CO2 et la combinaison de ces deux technologies est en voie de développement.

Pourquoi ne pas relier la manne financière résultant de la taxe prévue sur les billets d’avion à la captation de CO
2 à travers la technologie Climeworks? Entrons dans les détails: le total des passagers des trois principaux aéroports suisses a avoisiné les 60 millions en 2019. Il est réaliste d’estimer que 50% des billets d’avion ont été émis en Suisse et que la moyenne des surtaxes réalisées sur ces billets se situera autour de 50 francs à 60 francs. Le total des revenus résultant de cette surtaxe devrait donc se situer dans une fourchette de 1,5 à 1,8 milliard de francs par an. En divisant cette entrée financière par le coût actuel de 600 francs par tonne de captation de CO2, on arrive à un chiffre de 2,5 à 2,75 millions de tonnes de CO2 qui pourraient être captées annuellement au moyen de cette technologie, ce qui représente plus de 5% du total d’émissions de CO2 en Suisse. L’impact d’une combinaison captation de CO2 - production de carburant rendrait le tout encore plus rentable.

Le coût des installations Climeworks nécessaires devrait pouvoir s’insérer dans le budget de 1400 milliards de francs d’ici à 2050 prévu par la Confédération pour le système énergétique. Cette technologie pourrait évidemment également s’appliquer à la métallurgie et aux stations d’incinération des ordures ménagères.

4 commentaires
    Yves KLEIN

    Bien dépenser l'argent des taxes? Alors il y a mieux.

    La technologie la plus intéressante pour produire de l'énergie en grande quantité, renouvelable, sans CO2, et sans dépendre de la météo, c'est la géothermie profonde. On pourrait même faire des forages en U, et créer une boucle infinie à haut rendement garanti.

    Evidemment, comme tout ce qui marche bien... ça fait peur aux écolos.