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Dernière ligne droite pour la rectrice«Des étudiants craignent d’être catalogués «volée 2020»

Nouria Hernandez, rectrice de l’UNIL, tire sa révérence. L’occasion de revenir sur un mandat marqué par la situation inédite du semi-confinement.

La grande fierté de la rectrice? Le prix Nobel de Jacques Dubochet et la création du centre de cryomicrosopie électronique qu’il a permise.
La grande fierté de la rectrice? Le prix Nobel de Jacques Dubochet et la création du centre de cryomicrosopie électronique qu’il a permise.
Florian Cella

En près de cinq cents ans d’existence, l’Université de Lausanne n’a fermé qu’à quatre occasions. La première fois, au XVIe siècle, lorsque la peste a frappé. Puis lors de la grippe espagnole, en 1919. Rebelote, quelques années plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale. Enfin lors de la crise sanitaire due au Covid-19. C’est dire la situation inédite qu’ont dû affronter la rectrice de l’institution, Nouria Hernandez, et son équipe. Hasard du calendrier, la responsable a annoncé qu’elle ne briguerait pas de nouveau mandat quelques jours, avant la fermeture du campus.

Début mars, on apprenait que vous ne souhaitiez pas rempiler. Quelques jours plus tard, on basculait dans la situation inédite du semi-confinement. Drôle de fin de mandat…

Mon mandat court en réalité jusqu’au 31 juillet 2021. L’annonce est faite en avance de sorte à pouvoir désigner la nouvelle rectrice ou le nouveau recteur cet automne. Cela étant, cette période, qui a révélé le meilleur comme le pire chez les gens, a été très mouvementée. On a tendance à voir l’Université comme un immense paquebot difficile à manœuvrer. Or la principale leçon à retenir de l’épisode Covid est la grande flexibilité dont elle a su faire preuve. En quelques jours nous avons réussi à basculer tous les cours en ligne.

Le tout sans anicroche?

Malheureusement pas, certains problèmes sont apparus assez vite. Le chez-soi des gens n’est par définition pas le même pour tous. Certains étudiants ont eu de la peine à jongler entre le suivi des cours et les contraintes du semi-confinement, familiales notamment. Certains ont également regretté que nous ne fermions pas l’Université plus tôt. Les deux jours d’attente qui ont précédé la fermeture du campus ont été les plus stressants de mon rectorat.

Parce que vous auriez aimé fermer plus tôt?

Je suis biologiste. Donc oui, bien sûr. Cela étant, j’ai trouvé la réaction du gouvernement adéquate et courageuse, et je ne jette la pierre à personne. Mais ces deux jours d’incertitude ont été difficilement soutenables.

Dans un tel contexte, à quoi va ressembler la rentrée?

La session d’examens d’août (ndlr: actuellement en cours, lire encadré) se tient à la fois en ligne et en présentiel. Pour la rentrée d’automne, nous avons eu un peu plus de temps pour nous organiser. Nous sommes en train d’installer des systèmes de captation des cours dans une grande partie des salles et de faire en sorte que les leçons soient disponibles en ligne de façon durable. Quant aux auditoires, ils seront aménagés pour pouvoir accueillir le plus d’étudiants possible en respectant les normes sanitaires.

«Cette crise a ouvert des possibilités, mais elle a aussi clairement démontré que l’enseignement en ligne a ses limites»

Nouria Hernandez

Quelle est la plus grande difficulté de ce cahier des charges inédit?

Sans conteste de gérer le flux des étudiants. En somme, il s’agit de déterminer qui peut venir quand. Si un cours a lieu trois fois par semaine, par exemple, quel étudiant aura-t-il le droit de venir le lundi, le mercredi ou le vendredi? Ces questions ne sont pas encore totalement réglées.

Le semi-confinement a démontré que le télétravail était possible. Le Covid-19 va-t-il doper l’enseignement à distance? Les étudiants du futur fréquenteront-ils toujours le campus?

L’avenir le dira. Il est certain que cette crise a ouvert des possibilités, mais elle a aussi clairement démontré que l’enseignement en ligne a ses limites.

Lesquelles?

Déjà le simple fait d’être isolé. Prenons l’exemple d’un cours en ligne durant lequel le professeur accorde une pause. On le voit rester devant son écran à envoyer des e-mails. De leur côté, les étudiants tournent en rond dans leur appartement, seuls. Pas de cafétéria, de couloirs où se croiser, discuter et échanger. L’expérience d’être étudiant, c’est évidemment d’apprendre, mais c’est surtout l’occasion de fréquenter des gens de son âge et de côtoyer des professeurs inspirants. En ligne, tout ça n’existe pas. En revanche, l’enseignement en ligne va favoriser le système de la classe inversée, où les étudiants préparent la matière de leur côté et profitent du présentiel pour poser des questions.

Plusieurs étudiants craignent que l’année académique Covid soit une année pour de beurre et n’ait donc que peu de valeur.

J’ai reçu des réactions de toutes sortes. Certains étudiants, arguant qu’ils avaient assez souffert, ont demandé que l’année soit validée automatiquement, sans examen. Et d’autres qui craignent d’être catalogués «volée 2020» quand ils chercheront du travail. Ils ont peur qu’on pense que leurs notes ne valent rien. Nous avons essayé de trouver un juste milieu: les examens comptent, les étudiants sont évalués de la même façon que d’habitude. En revanche ils ont la possibilité, s’ils ratent leur examen, qu’il ne soit pas comptabilisé comme un échec. Nous avons aussi laissé le choix aux étudiants de choisir quel examen ils souhaitent passer.

Avec ce système qui empêche une forme de sélection, n’y a-t-il pas la crainte de voir la rentrée surchargée?

Les effectifs de la prochaine volée constituent une immense incertitude dont nous ne connaîtrons les détails à la dernière minute.

Les étudiants pourraient donc être trop nombreux?

Plusieurs scénarios sont possibles. Les modélisations annoncent effectivement qu’en première année nous allons avoir de très grosses volées du fait de gens qui refont l’année. Est-ce que pour le coup les volées de deuxième année seront plus petites? C’est possible.

Parlons un peu de vous. Pourquoi partir?

Le mandat de rectrice est de cinq ans. Au terme du mien, l’été prochain, j’aurai 64 ans. À l’UNIL, la retraite est à 65 ans. Un deuxième mandat me ferait dépasser cet âge. Je pourrais peut-être l’envisager si j’étais célibataire, mais j’ai un mari déjà à la retraite. Et nous avons des projets

Vous êtes la première femme rectrice de l’UNIL. Sous votre mandat, mais déjà avant, la question de l’égalité est centrale sur le campus. En a-t-on fait assez?

On peut toujours en faire plus, évidemment. Mais je pense qu’on avance dans la bonne direction même si l’on n’est pas encore où lon aimerait être. À mes yeux, le point le plus sensible est que, dans tous les postes de cadre, il y a une majorité d’hommes absolument énorme, de l’ordre de 70 à 75% chez les professeurs. Un taux pas aussi élevé si l’on ne regarde que les nouveaux professeurs. Le fait qu’on engage aujourd’hui plus de femmes est un bon signe.

L’autre grande croisade de l’UNIL, la durabilité, a-t-elle assez avancé sous votre ère?

Nous avons acquis le label Site 2000 watts, qui établit un contrat en termes de durabilité, de réduction de la consommation d’énergie, dont les clauses sont régulièrement vérifiées. Cela permet à l’institution d’avoir une feuille de route et de s’y tenir. En ce qui concerne les voyages, nous pouvons mieux faire. Mais la question est sensible. Les chercheurs, surtout en début de carrière, doivent voyager pour se présenter et se constituer un réseau. Mais on peut aussi souvent y aller en train. Nous planchons sur des solutions semi-contraignantes qui vont dans ce sens.