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Musique du cruDernier-né du rock genevois, Mauvais Sang réussit un coup de maître

Entre noise brutal et poésie fine, ce quintet frais éclot pousse Rimbaud dans les guitares saturées. Un premier EP vient de paraître, porté par la chanson «Décor».

Mauvais Sang, groupe fondé à Genève en 2016, mêle poésie et rock «noise». Avec Sara Flores Montes (harpe), Mathieu Vasey (claviers), Valérian Burki (basse), Antoine Vercellotti (batterie), Mathis Saunier (guitare) et Léo Simond (chant).
Mauvais Sang, groupe fondé à Genève en 2016, mêle poésie et rock «noise». Avec Sara Flores Montes (harpe), Mathieu Vasey (claviers), Valérian Burki (basse), Antoine Vercellotti (batterie), Mathis Saunier (guitare) et Léo Simond (chant).
ALINE ZANDONA

Coup de maître pour une première. On ne connaissait Mauvais Sang ni d’Eve ni d’Adam. Sa biographie reste énigmatique? Le groupe a ses attaches sur Genève, dit-on. Lorsque, fin 2020, on découvre ce mail sans fioriture, sans image, un clic sur le lien audio glissé entre les paragraphes aura suffi pour se convaincre de l’intérêt que recouvre cette musique.

Une chanson en particulier s’impose à l’auditeur: ce «Décor» en montagne russe. C’est d’abord une voix, solitaire, à peine soulignée par un cliquetis de baguettes. Qu’il est doux ce timbre, caressant même, ce chant qu’on dirait échappé d’une messe baroque. Dans ce silence presque total, le texte se dévoile brique par brique, avançant inexorablement, laissant poindre une tension sous jacente. Voilà des paroles poétiques en diable, chaque mot pesé, chaque phrase parfaitement articulée: «Au diable le décor, étroit et restreint qui nous endort, nous éveille de désirs, s’accroche comme un hôte qui demeure…». Alors, tout explose dans un chaos de guitare saturée, de batterie rageuse, de basse lourde. Comme de juste pour qui apprécie la manière rock des breaks furieux. On flottait dans l’éther rimbaldien. Voici que surgit le fantôme de la no wave, griffé d’éclat metal, dans un défoulement bruitiste où s’entrechoquent noise et autre indus démentiel. Violence, puissance, décibels à l’excès. Contre-littérature déclamée au plus près de l’oreille. Ce Mauvais Sang a infecté le nôtre. Nous voilà addict.

Mauvais Sang. On veut savoir qui trafique derrière ce blaze. En fait de nom, celui-ci est emprunté au réalisateur français Leos Carax, qui en avait fait le titre de l’un de ses films, chassé-croisé à l’écorché entre Juliette Binoche et Denis Lavant. Carax qui l’avait lui même piqué à Rimbaud, dont c’est le titre d’une longue et vertigineuse rédaction sur les racines païennes du poète. Enfin, c’est un autre Léo, Simond de son patronyme, qui nous explique la genèse de Mauvais Sang, le groupe de rock.

Ce clash entre littérature et noise s’avère d’une efficacité redoutable

Ils sont six dans la bande. Sara Flores Montes à la harpe, Mathieu Vasey aux claviers, Valérian Burki à la basse, Antoine Vercellotti à la batterie. Mathis Saunier, aux guitares, s’annonce comme principal concepteur du projet, avec Léo Simond, au chant, lui-même auteur des textes. Le groupe est né à Genève en 2016, d’une «fusion» entre musiciens classiques du Conservatoire et un band issu des musiques actuelles. Le précipité prendra définitivement deux ans plus tard. En mars 2020, le groupe donne son premier concert. Juste avant l’arrivée du Covid.

Ce clash entre littérature et noise, s’il n’est pas nouveau, s’avère d’une efficacité redoutable. Cela tient notamment à l’écriture de Léo Simond, 21 ans, étudiant en lettres inspiré aussi bien par Aragon que Houellebecq. Et Noir Désir, Dominique A et Rodolphe Burger, ajoute l’intéressé. Sacré héritage pour cet équipage revendiquant une extravagance distinguée. Aujourd’hui paraît un premier EP, cinq titres au cordeau. En attendant l’album. Et la scène.

«Les Aubes» par Mauvais Sang. À écouter sur YouTube

3 commentaires
    Luigi Tampieri

    Excellent. J'étais sceptique avant de lire l'article et de visionner la vidéo. Mais franchement, c'est du bon.