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Débat de la rédaction
Le nouveau «leader du monde libre», c’est Macron?

Le Président français Emmanuel Macron prononce un discours devant des militaires et deux avions de chasse, un Dassault Rafale et un Dassault Mirage 2000, à la base aérienne Luxeuil-Saint-Sauveur dans le nord-est de la France, le 18 mars 2025.
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Un eurodéputé français, Raphaël Glucksmann, a demandé il y a quelques jours que la statue de la Liberté soit rapatriée en France. L’affaire, évidemment symbolique, a fait réagir Washington au point que la porte-parole de Donald Trump ait cru utile de railler ce «politicien de troisième ordre».

Après le discours devenu viral aux États-Unis d’une autre personnalité de «seconde zone», le sénateur de l’Allier Claude Malhuret, l’Amérique voit ainsi son leadership occidental fortement contesté, notamment en France. Cela fait-il pour autant d'Emmanuel Macron le nouveau «leader du monde libre»?

Christophe Passer: «Oui, il incarne en Europe l’espérance en nos libertés»

C’est une affaire d’opportunité, de momentum, d’histoire et de rapport de force. L’opportunité, c’est le lâchage américain envers les démocraties. Depuis 1917, le président des États-Unis était, «naturellement», le leader du «monde libre». Trump a trahi le serment qui liait les alliés et on ne pardonne jamais aux traîtres. Le poste de leader du monde libre est vacant. L’Europe doit s’y installer.

Mais pourquoi Macron plutôt qu’un autre? D’abord, parce que ses difficultés en politique intérieure trouvent une porte de sortie à l'international. Il y est à l’aise. Europhile depuis toujours, il s’est fait le héraut du discours sur ses valeurs: liberté, démocratie, solidarité, dialogue au plus haut niveau. Tout ça prête à rire, disent cuistres et cyniques. Ils ont tort. On pourrait argumenter que dans deux ans, le successeur de Macron, au sommet de l’État de France, sera tenu par ce cap, et que cela obère d’ores et déjà certaines ambitions capitulardes…

Car ensuite il y a l’histoire. Celle de la France est gaulliste, plus indépendante qu’ailleurs en Europe. Surtout, c’est l’histoire des idées bien françaises, à partir de la Révolution, qui a infusé et créé ce que nous aimions ou respections en Amérique. Les Anglais ont du mal à contrarier longtemps l’ancienne colonie américaine. Les Allemands? Après la Prusse et le IIIe Reich, vous plaisantez? L’histoire n’est pas un roman d’autrefois: elle oblige le présent.

Enfin, le rapport de force: la France apparaît comme la seule nation en Europe à être dotée de la dissuasion nucléaire. Les ogives anglaises dépendent trop des Américains. Cela compte et contrarie Poutine comme Trump, devinant le danger de cette émergence du président français en leader d’une puissance européenne en (re)construction. Emmanuel Macron est aujourd’hui l’homme qui incarne cette espérance en nos libertés.

Virginie Lenk: «Non, il fait déjà partie du passé»

Pour être fort ailleurs, il faut déjà l’être chez soi. Emmanuel Macron a beau multiplier les initiatives sur la scène internationale, le roi est nu dans son propre pays, où il sera aux commandes au mieux encore deux ans. Et même si la France possède sans doute l’armée la plus puissante d’Europe, la ligne du chef d’État d’«augmenter l'effort de défense sans augmenter les impôts» va dépendre de l’humeur versatile des Français qu’il entend mettre à contribution d'une manière ou d’une autre. Et au vu du climat économique, il risque surtout de se les mettre à dos.

D’autres chefs d’État sont plus à même de prendre le leadership de la défense européenne, qui, qu’on le veuille ou non, devra forcément se faire main dans la main avec les États-Unis. Le Britannique Keir Starmer ou l’Italienne Giorgia Meloni pratiquent bien mieux le grand écart diplomatique. Au contraire de Macron, ils n’ont pas de passif avec Donald Trump.

Quant au futur chancelier allemand Friedrich Merz, il vient de bluffer son monde en obtenant du parlement, avant même son élection, qu’il débloque plus de mille milliards d’euros pour réarmer le pays. C’est un changement de paradigme historique, parce que les Allemands, au centre du continent, ont une peur de la guerre bien plus réelle que les Français. Si un homme fort doit se dégager ces prochaines années en Europe, c’est lui.

Emmanuel Macron a sans doute porté dans de grands discours la vision d’un monde libre fort et autonome. Mais il commence à faire partie du passé, comme un Olaf Scholz ou un Rishi Sunak. À son étoile déclinante, je préfère celle d’un homme d’affaires allemand qui se donne les moyens de ses ambitions.

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