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Du football au freestyleDans sa deuxième vie, Daniel Soares est vite devenu une star

L’ancien joueur du Servette FC s’est lancé dans l’aventure freestyle. Depuis le début de l’année, il a conquis plus de 160000 personnes entre Instagram et TikTok.

Un café, son smartphone et la journée de Daniel Soares est lancée.
Un café, son smartphone et la journée de Daniel Soares est lancée.
Jean-Luc Auboeuf

Ses doigts tapotent à toute vitesse à la surface de l’écran sur lequel ses yeux sont rivés. On y décèle détermination et passion, mêlées d’une certaine innocence, bien qu’il maîtrise absolument tous les codes du monde digital dans lequel il baigne. Aussi cruel que puisse être ce monde-là. Les «haters», l’hypocrisie, la course à la reconnaissance: tout cela n’a pas l’air de le gêner. Mais soudain, Daniel Soares prend une grande inspiration, tandis que ses traits habituellement joyeux se crispent. «Mon entourage? Il y a la famille et mes quatre ou cinq meilleurs amis. Eux m’encouragent continuellement. Sinon, dans mon quartier, c’est tout juste si on me dit encore bonjour. Mon succès dérange? Je vous laisse établir votre théorie…»

Du succès, c’est peu dire que Daniel Soares en rencontre. Sans dire qu’il ne l’a pas cherché, mais en niant aussi avoir tout programmé de A à Z. «Avec ma femme, on s’était dit qu’il s’agirait d’une immense victoire de réunir 10’000 personnes à la fin de la première année», glisse le jeune homme de 28 ans. Sa page Instagram compte déjà 76’000 suiveurs. Son compte TikTok atteindra bientôt la barre de 100’000 abonnés. Et l’aventure n’a commencé qu’il y a dix mois.

La vidéo qui vaut 15 millions

L’aventure en question, c’est celle du freestyle. Avec un ballon de foot, donc, et commencée en s’apercevant qu’il se sentait capable de réaliser la plupart des gestes qui génèrent des millions de vues sur les réseaux sociaux. «Je me disais: ça, je sais faire. Et ça, je dois pouvoir le faire aussi.» Ballon au pied, natel en guise de caméra à la main, il quitte alors le monde des assurances pour se mettre en scène. Avec la réussite que l’on connaît.

Le Genevois s’émerveille la première fois que l’une de ses vidéos est partagée par le célèbre compte «433», pointure ultime dans le milieu. D’autres suivront. Jusqu’à ce qu’une de ses prouesses techniques (une reprise de volée victorieuse décochée depuis l’extérieur du terrain et consécutive à un enchaînement «à la Neymar» pour lever la balle) soit vue près de 15 millions de fois. «On parle même de cinq ou six fois plus si on prend en compte toutes les versions et toutes les reprises qu’elle a engendrées.»

Ramos like ses exploits

Et que dire du jour où il s’aperçoit que des stars du ballon rond «like» ses exploits. Sergio Ramos, Axel Witzel ou encore Rivaldo. Tout un symbole pour un homme tombé amoureux du geste juste grâce à Ronaldinho et au Brésil de l’époque. «En tant que joueur, j’ai marqué à la Praille, je sais le sentiment que ça génère, témoigne l’ancien buteur. Et pourtant, je préfère largement le genre de frissons que je vis aujourd’hui. Celui de voir un grand nom aimer une de mes vidéos, celui d’entrer en contact avec une personnalité importante du monde du sport.» Lorsque les mesures liées au confinement le permettront, il devrait notamment rencontrer le pilote français Fabio Quartararo, actuel cinquième du championnat de MotoGP.

Oui mais voilà. En quelques clics effectués en une fraction de seconde, Daniel Soares arrive sur la page de ses statistiques. Il tient à la mettre en avant, en espérant qu’un article sur lui fasse bouger les lignes. Ses followers proviennent en majorité du Brésil, des États-Unis et des pays latins. Plus invraisemblable encore, moins de 4% des gens qui le regardent quotidiennement sont domiciliés en Suisse. Sur le web, il est une étoile montante. À côté de chez lui, les gens ne le connaissent pas, ou le dévisagent. «Ça fait partie du jeu. Mais c’est embêtant.»

En tant que joueur, j’ai marqué à la Praille, mais je préfère largement le genre de frissons que je vis avec les réseaux sociaux»

Daniel Soares

Alors le jeune homme des Libellules tente des rapprochements. Auprès du Servette FC, par exemple, en ayant pour idée de réaliser une vidéo freestyle avec certains joueurs grenat. «On a tous les deux à y gagner. Peut-être le club plus que moi encore en termes de visibilités.»

L’avantage d’internet, c’est que Daniel Soares peut être qui il veut dans son quartier, son avenir dépend surtout de qui il est sur les réseaux. «L’idée, c’est de pouvoir en vivre, ce qui semble réalisable à terme. Le premier pas sera de créer ma marque de vêtement. Ensuite, il y aura la rémunération au nombre de vues, les contenus sponsorisés aussi. Si les chiffres continuent de monter, bien sûr.»

Rien de narcissique ou de déconnecté là-dedans. «Les chiffres, les statistiques, ce sont mon salaire, la valeur de mon boulot.» Et pour ne pas être oublié, mis de côté par les algorithmes, le travail ne s’arrête jamais vraiment.

Le jour où Daniel Soares a marqué en Super League.
Le jour où Daniel Soares a marqué en Super League.
Keystone
Daniel Soares dans ses œuvres.
Daniel Soares dans ses œuvres.
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