Zep: «Uderzo était un comédien du dessin»

HommagePour le créateur de Titeuf, qui l’a souvent rencontré, le dessinateur d’Astérix a contribué à écrire les codes de la BD.

Image: Steeve Iuncker-Gomez / Archives

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«À la fin des années 1990, je lui ai envoyé un album dans lequel j’avais représenté Astérix. En réponse, Uderzo m’a écrit une lettre hypergentille, m’invitant à venir prendre le thé chez lui. On a passé presque une journée ensemble durant laquelle je l’ai bombardé de questions. Par la suite, on s’est vus régulièrement pendant une bonne dizaine d’années. C’est quelqu'un que j’aimais beaucoup. Un homme d’une gentillesse exceptionnelle, ce que confirment tous les gens qui l’ont côtoyé. Quelqu’un aussi d’hypergénéreux dans sa manière de transmettre ce qu’il savait.»

«Uderzo fait partie des gens comme Franquin et Hergé qui ont écrit les codes de la bande dessinée. C’était un comédien du dessin. On sent qu’il jubilait lorsqu’il mettait en scène ses personnages. Il aimait les faire jouer, appréciant le style d’acteurs de son époque, comme Raimu, Louis de Funès ou Lino Ventura. Il excellait aussi dans les mises en scènes très compliquées, qu’il savait rendre d’une incroyable limpidité. Dans Astérix, on trouve des personnages au premier plan, tandis qu’une bagarre se déroule à l’arrière plan. Un truc complètement fou avec trente personnages en action dans une case minuscule. Même si apparemment on pourrait penser le contraire, son style reste très difficile à reproduire. Didier Conrad, qui a repris Astérix, en sait quelque chose.»

«Son métier, Uderzo l’a débuté à une époque où celui-ci était totalement méprisé. Quand il avait 25 ans, il ne disait pas qu’il faisait de la bande dessinée, préférant le terme d’illustrateur. Le succès lui était tombé dessus de manière totalement démesurée, à une période - les années 1960 - où la réussite et l'argent restaient assez mal vus. Alors qu’il vendait déjà des millions d’albums avec Goscinny, beaucoup de gens lui demandaient encore ce qu’il exerçait comme métier à côté! Lui-même ne s’est jamais qualifié d’artiste, s’estimant tout au plus un bon artisan.»

«Modeste, il restait toujours un peu surpris par un succès dont il a mis longtemps à profiter. À l’époque où il travaillait pour «Pilote», il devait alimenter le journal avec deux séries par semaines (ndlr: «Astérix» mais aussi «Tanguy et Laverdure»). En plus il réalisait quantité de dessins pour animer les pages de l’hebdomadaire, ainsi que des couvertures, des affiches et des dessins de promotion pour les albums d’Astérix. Par ailleurs, il supervisait les dessins animés. Il travaillait entre 60 et 80 heures par semaine, ne partant jamais en vacances. Pendant longtemps il n’a pas voyagé. Je crois que le premier déplacement qu’il s’est autorisé, c’est lorsqu’il a dessiné «Astérix chez les Helvètes». Avec René Goscinny, ils sont venus deux ou trois jours à Genève...»

Créé: 24.03.2020, 14h27

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